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213e jour de l'année — Septième année — N°3905 Vendredi 1er Août 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 L’ART HERNIAIRE

UN ADMIRABLE PERFECTIONNEMENT DANS L’ART HERNIAIRE

Une véritable révolution a été accomplie dans l’art herniaire par le médecin spécialiste L. Barrière, qui, en remplaçant le ressort par des liens élastiques, a permis de contenir désormais toutes les hernies sans aucune gêne. Tous les sports, tous les travaux sont rendus faciles à ceux qui, jusque-là, étaient véritablement infirmes. On peut essayer gratuitement les appareils ou demander une brochure gratis 3, boulevard du Palais, Paris.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 L'ÉTERNEL FÉMININ - 1897

L'ÉTERNEL FÉMININ

Du Passant, dans le Figaro, à propos des femmes-avocates :

On dit que, dans certains procès, la présence d'une femme à la barre pourra être scabreuse. Quels procès ? ceux qui nécessitent le huis-clos ? Mais c'est ceux-là surtout qui sont courus par les femmes on a beau faire évacuer la salle, elles restent fermes au poste, sur leurs chaises. Elles en sont quittes pour écouter derrière leur éventail, comme au théâtre, où elles en entendent d'ailleurs d'aussi raides. Il y aura, malgré tout, des procès où la tâche de l'avocate sera difficile : ces diables d'hommes commettent parfois de ces crimes bien délicats à plaider pour une femme. Ces jours-là, on fera sortir les assistants, et le président pourra reprendre la phrase célèbre : — Maintenant que nous sommes entre hommes, vous pouvez parler, madame…

Dans bien d'autres procès, par contre, il n'y aurait qu'à gagner il être défendu par des femmes. Chaque jour, il se produit entre les deux sexes des malentendus infiniment regrettables : c'est tantôt l'homme -qui- tire un coup de revolver, tantôt la femme qui lance du vitriol. Il y aurait avantage, en cas pareils, à ce que les hommes fussent défendus par des femmes et les femmes par des hommes. Cela ferait -beaucoup pour la pacification. Les jurés se sentiraient plus à l'aise lorsqu'une jolie femme viendrait leur expliquer à la barre qu'il n'y a rien de plus légitime, pou un amant, que d'abandonner sa maîtresse ou, pour un mari, que de tromper sa femme. Ce sont toujours les hommes qui disent ces choses-là : on finit par les croire intéressés. Le jour où les femmes, à leur tour, le diront, il faudra bien qu'on l'admette !

Le Matin – 19 septembre 1897

 LE « TUBE » DU PRESIDENT - 1897

LE « TUBE » DU PRESIDENT

M. Léo Claretie dans l’Illustration a consacré une une étude au chapeau haut de forme. Il nous donne le signalement du chapeau de M. Félix Faure

Entrée (tour de tête), 5. points (57 centimètres) Ballon (calotte), peu évidé Hauteur, 5.8 (15 centimètres fort) Bord, 21 lignes. (4 centimètres 3/4) ; Tournure, relevé sans bridé (bourrelet), avec petite bordure gallon. Ajoutons que ce' chapeau mesure 23 centimètres d'envergure que la calotte, très peu cintrée, est ceinte a sa basé d'un ruban de 2 centimètres et demi ; que les bords affectent une" légère cambrure forme bateau et se retroussent en ailes bien accusées, mais sans bourrelet enfin que l'entrée indique une forte tête. La coiffe blanche garnie d'un cuir crème, est-en satin avec fond de faille portant imprimées en noir-les initiales très' simples de M. Félix Faure) au-dessus d'une marque anglaise singulièrement rapprochée du nom bien français du chapelier.

M. Félix Faure paye ses « tubes »25 francs il en use à peu près une douzaine par an.

Le bord est renforcé à l'endroit où la main le saisit.

Le Matin - 22 janvier 1897

 Un nouveau mode de chasse aux perdreaux - nov 1897

Un nouveau mode de chasse aux perdreaux

Un nouveau mode de chasse aux perdreaux vient d'être inauguré dans un département limitrophe de ta Seine. Voici en quoi il .consiste.

On lance un cerf-volant ayant la forme et l'aspect d'un oiseau de proie. Les perdreaux se figurent que c'est un de leurs ennemis redoutables qui plane pour les surprendre. Terrorisés à cette vue, les naïfs volatiles se cachent sous les touffes d'herbe ou au milieu des luzernes, où on peut les tuer au visé les uns après les autres sans qu'ils cherchent à fuir. On peut même parfois les prendre avec la main.

Reste à savoir si le cerf-volant ne sera pas bientôt classé parmi les engins prohibés.

Le Figaro – 2 novembre 1897

 LA LUNE A QUARANTE KILOMÈTRES - 1897

LA LUNE A QUARANTE KILOMÈTRES

Cette fois-ci, c'est sérieux. Il ne s'agit pas du. projet plus ou moins fantaisiste de la lune à un mètre dont le moindre défaut est d'être matériellement impossible à réaliser. Un astronome anglais, le professeur Edmer, Gates, vient d'inventer un appareil d'optique, appelé le télémicroscope , lequel, combiné avec le télescope ordinaire, permet d'obtenir des grossissements inconnus jusqu'à ce jour.

L'appareil, expérimenté à l'observatoire de Greenwich avec une lunette de 22 centimètres d'une puissance moyenne, a donné un grossissement de vingt-cinq mille diamètres.

De nouveaux essais vont être faits le mois ; prochain à l'Observatoire de Lick, aux Etats- Unis, où se trouve le plus grand équatorial dont on puisse se servir actuellement pour les recherches astronomiques. D'après les calculs de l'inventeur, que les premiers résultats obtenus ont pleinement confirmés, la lune sera rapprochée à une distance maxima de quarante kilomètres, de telle sorte que l'on pourra très bien distinguer à sa surface des objets de huit à dix mètres, pourvu qu'ils soient assez fortement éclairés. ― par exemple, les arbres, les maisons (s'il : y en a), ou bien encore les vagues de la fameuse mer des Tempêtes.

APL - 28 novembre 1897

 A la Chambre... - Figaro 04/02/1897

A la Chambre...

Pour une fois, on s'est occupé, au Palais-Bourbon, d'une question d'actualité.

La Commission de la réforme judiciaire s'est, en effet, réunie et elle a examiné le projet du ministre de la justice, dont l'adoption simplifierait singulièrement les vieux rouages judiciaires qui, par ces temps de bicyclettes et d'automobiles, grincent comme des roues de vieille diligence.

M. Darlan, qu'il faut féliciter de s'attacher à ces réformes d'ordre pratique au lieu de se perdre dans les réformes à fracas qui n'aboutissent jamais, a clairement exposé à la Commission les avantages de son projet et les excellentes raisons qu'il a données paraissent avoir très favorablement impressionné les commissaires. Il est donc probable que la réforme aboutira prochainement.

Ce n'est pas les justiciables qui s'en plaindront !

Le Figaro - 4 février 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 Sur une voiturette

Sur une voiturette, une simple, une légère voiturette, MM. Paul et Georges ont entrepris d’accomplir le tour du monde en, automobile, tentative téméraire qui paraissait irréalisable de par les difficultés hivernales.
Or, partis de New-York, les aventureux chauffeurs viennent de terminer le traversée du continent américain ; eux et leur voiturette Werner ont, en effet, atteint Seattle où ils vont s’embarquer à destination de Yokohama et Vladivostok.
Ils ont ainsi réalisé un invraisemblable exploit grâce à la vaillance, à la robustesse, à la régularité du moteur de Dion-Bouton que la voiturette qu’il, actionnait portait dans ses flancs.
Leçon : si vous voulez une voiturette au moteur vaillant choisissez-en une munie d’un de Dion-Bouton.

Le Figaro - 24 avril 1908
NOUVELLES À LA MAIN
Entendu le 1er mai

Entendu le 1er mai :

— Je ne sais pas ce qu'a ma montre ; je l'ai sans doute achetée chez un horloger socialiste impossible de la faire marcher plus de huit heures par jour.


Entendu ce dialogue

Entendu ce dialogue :

— Savez-vous où siègera le député musulman ?

— En bonne logique, il devrait siéger sur les plus hauts gradins de l'extrême gauche.

— ?...

— Mahomet n'est-il pas allé à la Montagne ?


A la brasserie. Un consommateur est assis à une table.

A la brasserie.

Un consommateur est assis à une table. Entre un ami.

— Veux-tu prendre un bock ? dit le premier.

— Volontiers. Garçon, un demi.


Chalumeau assistait l'autre jour, avec sa femme

Chalumeau assistait l'autre jour, avec sa femme, à la manifestation du Père- Lachaise.

— Tiens, dit-il, voilà X. l'ancien combattant de là Commune.

— Mais il est manchot !

— Oui ! Il a eu un bras fracassé eh défendant une barricade.

Mme Chalumeau, très étonnée

— Je croyais qu'il y avait eu une amnistie !


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


Faire la charité, c'est bien. La faire faire par les autres, c'est mieux. - On oblige ainsi son prochain, sans se gêner soi-même.