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271e jour de l'année — Septième année — N°3963 Dimanche 28 Septembre 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 «Muller et Blaisot»

Le Français est, cela est admis par tous, le peuple le plus spirituel de la terre mais non le plus pratique.
Partout à l'étranger, le voyageur, la négociant, l’homme d'affaires trouvent dès le matin, dans tous les établissements, un petit déjeuner complet, composé d’œufs, jambon, poisson, avec le café au lait, thé ou chocolat, et ce à des prix modérée.
Il va en être de même à Paris.
Dès sept heures du matin, le déjeuner tout prêt sera servi chez «Muller et Blaisot», café-restaurant de Madrid, boulevard Montmartre.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 LES VOIES NOUVELLES

LES VOIES NOUVELLES

La rue de Nevers, une des plus étroites de l'ancien Paris, est l'objet de travaux importants qui ne sont que des amorces de grands travaux de viabilité qui vont se continuer dans le sixième arrondissement. On creuse un égout sur toute sa longueur. Cette galerie souterraine est plus large que la voie sous laquelle elle s'étendra et touche aux maisons qui la bordent à droite et à gauche; ce voisinage rend le travail plus lent, à cause des précautions à prendre pour ne pas compromettre les fondations des immeubles. La rue de Rennes, qui viendra aboutir sur la place formée en face du pont Neuf, s'étendra en ligne directe de la place Saint-Germain-des-Prés, où est actuellement son point de départ, jusqu'à la Seine, traversant écornant ou supprimant les rues de l'Abbaye, Furstemberg, de l'Echaudé, le passage du Pont-Neuf et suivant dans toute sa longueur la rue Guénégaud, qu'elle absorbera.

Le Matin — 11 juin 1897

 Un nouveau mode de chasse aux perdreaux - nov 1897

Un nouveau mode de chasse aux perdreaux

Un nouveau mode de chasse aux perdreaux vient d'être inauguré dans un département limitrophe de ta Seine. Voici en quoi il .consiste.

On lance un cerf-volant ayant la forme et l'aspect d'un oiseau de proie. Les perdreaux se figurent que c'est un de leurs ennemis redoutables qui plane pour les surprendre. Terrorisés à cette vue, les naïfs volatiles se cachent sous les touffes d'herbe ou au milieu des luzernes, où on peut les tuer au visé les uns après les autres sans qu'ils cherchent à fuir. On peut même parfois les prendre avec la main.

Reste à savoir si le cerf-volant ne sera pas bientôt classé parmi les engins prohibés.

Le Figaro – 2 novembre 1897

 Le premier mouchoir de poche - 1897

Le premier mouchoir de poche

A propos des coryzas que déterminent les premiers froids de l'automne, il n'est point sans actualité de parler du mouchoir de poche.

Empruntons quelques détails à l'Echo du Public. Le premier mouchoir de poche connu fut porté en Europe, il y a trois cent cinquante ans. La femme qui fit faire ce grand pas à la civilisation était une belle Vénitienne à laquelle son fazzoletto valut un légitime succès.

L'Italie est donc le berceau des mouchoirs de poche ; bientôt, ils passèrent les Alpes et se répandirent en France, où ils furent adoptés par les seigneurs et les dames de la cour de Henri II.

Le mouchoir de cette époque, fabriqué avec les tissus les plus coûteux, orné de précieuses broderies, était un objet de grand luxe. Sous Henri III, on eut l'idée de le parfumer.

Ce n'est guère qu'en 1580 que l'Allemagne se familiarisa avec cet objet de toilette. Il ne servait qu'aux princes, aux personnes très riches. C'était aussi un cadeau que l'on faisait aux fiancés illustres. Il fut l'objet de lois somptuaires, et un édit, publié à Dresde en 1595, en interdit formellement l'usage aux gens du peuple.

Depuis, il s'est beaucoup vulgarisé, heureusement. Il convient donc, dit notre confrère, de rendre grâces à la belle Vénitienne qui inventa le mouchoir. N'est-il pas pénible, en effet, de songer que les beautés les plus célèbres du moyen âge ne connurent pas cet utile petit morceau d'étoffe, et que la Béatrice de Dante, par exemple, et la Laure de Pétrarque se mouchèrent peut-être dans leurs doigts ?...

APL - 3 octobre 1897

 Le « jeteur de sel » - APL 31/01/97

Le « jeteur de sel »

Le « jeteur de sel » est un personnage que l'on a vu fonctionner, à Paris, ces huit derniers jours — depuis la neige.

Le sel est employé pour hâter la fonte des neiges. Répandu à la surface de la chaussée, il forme avec la neige un mélange réfrigérant que l'action de la circulation transforme généralement assez vite en boue noirâtre demi-liquide — ô combien ! — pouvant être facilement poussée à l'égout soit au moyen de raclettes et de balais, soit à l'aide de machines balayeuses.

Il faut 150 grammes de sel par mètre carre pour provoquer la fonte d'une couche de neige de 4 à 5 centimètres.

On emploie peu les tombereaux, ce procédé coûtant très cher, la décharge des neiges se fait en Seine pour les dix arrondissements qui y confinent, et en égout pour les autres.

Aux termes de son traité, la Compagnie des Omnibus doit mettre 50 tombereaux à la disposition des ingénieurs municipaux. Au commencement de chaque hiver, elle effectue aussi le transport de 4,000 mètres cubes de sable.

La statistique nous apprend enfin que les dépenses de l'enlèvement des neiges se sont élevées, en 1893, à 950,000 fr. environ ; en 1894, à 205,000 fr., et en 1895, à 758,000 fr.

Voilà beaucoup d'argent gaspillé. Mais, enfin, il n'est pas perdu pour tout le monde !...

APL – 31 janvier 1897

 ŒUFS CAOUTCHOUTÉS - H. de Parville - 1897

ŒUFS CAOUTCHOUTÉS

S'il y a bien cinquante manières de préparer les œufs et de les servir aux gourmets, il y a bien au moins autant de procédés pour les conserver frais : frais est une façon de s'exprimer. Le moyen le plus répandu consiste à les plonger dans un lait de chaux. La chaux bouche les pores de la coquille et, si l'œuf était bien plein, sans air et sans microbe, il se conserve, en effet, très long- temps sans altération. Le tout est donc de revêtir sa coquille d'un enrobement imperméable.

Le caoutchouc rend aisément les tissus imperméables : des tissus à la coquille d'un œuf, il n'y a pas loin pour une imagination en éveil. C'est pourquoi M. W. Jessen, de Copenhague, a pensé, en regardant sa pèlerine caoutchoutée, que les œufs se trouve- raient bien d'être caoutchoutés à leur tour. Ainsi il a l'ait. Il plonge les œufs au milieu d'une solution de caoutchouc dans le naphte ou la benzine, et il les retire aussitôt. La benzine s'évapore et l'œuf est recouvert d'une mince pellicule de caoutchouc, qui le met à l'abri de l'air. Voilà comment on vend, à Copenhague, des œufs frais du printemps dernier et pourquoi on nous vendra peut- être bientôt à Paris des œufs caoutchoutés. Le caoutchouc continue à faire son chemin.

HENRI DE PARVILLE. (1897)

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 Apenta

Constance
Les eaux minérales, ainsi que les vins, subissent en vieillissant des transformations qui en dénaturent l'essence rares sont celles qui échappent à la loi commune. De ce nombre est l’Apenta, qui, mise en bouteille, conserve une composition constante et constitue le purgatif par excellence.

NOUVELLES À LA MAIN
Un philanthrope s'arrête, dans la rue,

Un philanthrope s'arrête, dans la rue, devant une vieille mendiante qui, sur seuil d'une porte cochère, tend'la main,:

- Quel âge avez-vous, Ma pauvre ,femme? lui demande-t-il.

 Soixante-quinze ans, monsieur.

- On ne vous les donnerait pas.

- Aussi,: n'est-ce pas ça que je demande c'est la charité !


Dans le monde : — Il paraît que ce pauvre X...

Dans le monde :

— Il paraît que ce pauvre X... a épousé une femme horriblement laide?...

— Oui... mais il a obtenu des parents cinq cent mille francs de dommages-intérêts...


Au Palais de justice - C'est bien invraisemblable cette accusation

Au Palais de justice

— C'est bien invraisemblable cette accusation contre Goirand. Riche comme il est, à la tête d'une importante étude d'avoué.

— En tout cas, péché d'avoué est à moitié pardonné.


Gontranfurette dans la garçonnière de son ami Gaston

Gontranfurette dans la garçonnière de son ami Gaston, et, ouvrant un petit meuble :

— Mon bon, ta provision de cigares commence à s'épuiser.

— C'est vrai. Il y a déjà longtemps que je n'ai pas assisté à un grand dîner officiel !


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


Chexpire! On croirait entendre mourir un Auvergnat.