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206e jour de l'année — Septième année — N°2437 Dimanche 25 Juillet 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 LE CACAO VAN HOUTEN

LE CACAO VAN HOUTEN

Beaucoup de personnes ne peuvent consommer habituellement du chocolat sans éprouver tôt ou tard des troubles digestifs plus ou moins prononcés. Cela tient à ce qu'il renferme un excès de substances grasses.

Elles n'ont qu'à le remplacer par le Cacao van Houten, d'un goût plus fin et d'une digestion plus aisée, et elles verront rapidement disparaître toute trace d'indisposition.

Le Cacao van Houten constitue le breuvage par excellence pour le repas du matin.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 LES ABONNES SECRETS DU TÉLÉPHONE - 1897

LES ABONNES SECRETS
DU TÉLÉPHONE

Du Figaro

On aurait tort de croire que tous les abonnés sont inscrits à l'Annuaire des téléphones plusieurs demandent, au contraire, à ne pas figurer sur les listes. Ils sont une centaine environ qui peuvent communiquer, mais avec lesquels, il est impossible de parler par téléphone si l'on n'est pas appelé par eux, car leur numéro est gardé secret par l'administration.

Ces gens-là ont la sainte terreur des raseurs à domicile qui, éconduits par les domestiqués, trouvent moyen d'exercer leur cruauté par le fil et la sonnerie téléphoniques.

Le Matin – 13 septembre 1897

Statistique Hebdomadaire de la Ville de Paris - 1897

Statistique Hebdomadaire
de la Ville de Paris
1897 - 45ème semaine

Le service de la statistique municipale a compté pendant la 45e semaine, 865 décès, au lieu de 847, moyenne ordinaire des semaines de novembre.

Les maladies zymotiques continuent être rares. La fièvre typhoïde n'a causé que 3 décès, la rougeole 4, la diphtérie, 3.

La diarrhée infantile n'a causé que 23 décès.

Les maladies inflammatoires des organes de la respiration ont causé 114 décès. Ce chiffre se décompose ainsi qu'il suit: bronchite aiguë, 18 décès; bronchite chronique, 23 décès; broncho-pneumonie, 23 décès; pneumonie. 50 décès.

Les autres maladies de l'appareil respiratoire ont entraîné 45 décès, dont 32 sont dus la congestion pulmonaire; en outre, 2 décès ont été attribués à la grippe.

La phtisie pulmonaire a causé 190 décès, la méningite tuberculeuse, 10 décès; la méningite simple, 16. Les tuberculoses autres que celles qui précèdent ont causé 19 décès; l'apoplexie, la paralysie et le ramollissement cérébral, 66 décès; les maladies organiques du cœur, le cancer a fait périr 68 personnes; enfin, 29 vieillards sont morts de débilité sénile.

Il y a eu 16 suicides et 22 autres morts violentes.

On a célébré à Paris 448 mariages.

On a enregistré la naissance de 1.118 enfants vivants (575 garçons et 543 filles), dont 778 légitimes et 440 illégitimes. Parmi ces derniers, 42 ont été reconnus immédiatement.

Le Petit Parisien
19 novembre 1897

 Le temps

Le temps.

Il y a une phrase devenue depuis longtemps classique, et que les petits enfants commencent très correctement à bégayer.

Les saisons se détraquent !

Quand on a dit cela, on croit avoir expliqué la venue de quelques jours tièdes en hiver et celle de quelques brises fraîches en été. Ma foi, à force de dire que les saisons se détraquent on finit comme le Marseillais de la baleine par croire que c'est arrivé Notre système planétaire ne subirait-il pas, par hasard, une influence perturbatrice ?

A M. Faye, l'éminent astronome, nous avons demandé à ce sujet quelques éclaircissements Ce sont les concierges, nous a dit, en riant, l'aimable savant, qui croient au dérangement des saisons. En réalité, les saisons se portent aussi bien que possible. Elles suivent leur cours régulier et il n'y a pas lieu de s'étonner de la clémence de la température en ce mois de novembre. » Les hivers ne sont rigoureux que tous les dix ans et très rigoureux que tous les quarante ans. Les années intermédiaires, comme l'année 1897, jouissent d'une température assez douce. » D'ailleurs, conclut sagement notre savant interlocuteur, il se peut très bien, malgré la loi qui règle les hivers rigoureux, que nous ayons à nous plaindre, avant la fin de l'année, de la trop grande vivacité du froid. »

Donc, pour ne pas passer pour « concierge », ne répétons plus que les saisons se détraquent.

Le Gaulois — 21 novembre 1897

 Bicyclisme - 1897

Bicyclisme

On s'est souvent demandé à quoi pensent les jeunes filles. Voilà qu'un reporter anglais s'est avisé de savoir à quoi pouvait bien penser le coureur bicycliste pendant ses exercices. Le célèbre Michaël a répondu et, comme tout ce qui est sincère et réellement éprouvé, sa réponse est un enseignement. M. Pierre Valdagne nous la donne telle quelle : le coureur vélocipédique ne pense à rien.

Quoi ! direz-vous, il ne pense même pas à arriver premier? Non... même pas. Il n'y pense pas parce qu'il ne peut pas : l'effort qu'il est obligé de donner absorbe toutes ses facultés musculaires et toutes ses facultés mentales. Vraiment il ne pense à rien.

Quant à ce qu'il éprouve, c'est tout à fait particulier. Le pédalage à haute pression enlève d'abord le sens de l'ouïe. Michaël déclare qu'après quelques tours de piste, il n'entend plus rien... à peine les avertissements de ses entraîneurs. Les cris de la fouie, les hourras, les encouragements de la galerie, il les perçoit lointains, comme venant à lui à travers de considérables distances. Du reste, il ne voit rien. Vers le milieu de la course, il perd conscience de la lumière du jour Il lui semble être environné de nuit ; il avance dans l'obscurité la plus dense. Et enfin l'absence complète de renseignements que nous donne le coureur sur les derniers instants de la course nous permet de croire qu'à ce moment-là il n'y a plus, absolument, que ses pieds qui vivent en lui. Il ne reprend conscience de lui-même que peu à peu et longtemps après être descendu de machine.

Ce témoignage me semble d'une capitale importance. Il établit que la gloire et le succès ne s'attachent pas exclusivement aux travaux de l'esprit, et il y a là de quoi consoler bien des gens. On a dit que lorsqu'un peuple devenait trop intellectuel, il n'était pas loin de sa décadence. Rassurons-nous ! Les sports athlétiques, et la bicyclette en particulier, retarderont cette dégringolade. Les impressions d'un coureur sur piste nous donnent sur ce point toute quiétude.

Henri de Parville
Les Annales Politiques et Littéraires – 19 décembre 1897

 Docteur Ghirelli - Fig. 24/05/97

Nous apprenons avec plaisir que le traitement du docteur Ghirelli, dont la réussite pour la guérison des maladies de poitrine s'affirme de plus en plus, est mis tous les jours à la disposition des malades, rue de La Boëtie.

Les appareils d'inhalation fonctionnent le matin et l'après-midi et peuvent, si on le désire, être transportés ou envoyés au domicile des malades.

Le Figaro - 24 mai 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 Renseignement mondain - Ninon

Renseignement mondain. — La beauté est immortelle; si elle s’en va, nous pouvons la faire revenir par le véritable Lait de Ninon, produit spécial pour blanchir la peau et lui donner l’éclat de la jeunesse. Il est employé avec beaucoup de succès pour le visage, le cou, les épaules et les bras et existe en trois teintes: blanc, rosé et rachel.

Prix 5 francs le flacon, franco contre mandat-poste de fr. 85 adressé à. la Parfumerie Ninon, 31, rue du Quatre-Septembre.

NOUVELLES À LA MAIN
X. auteur dramatique, a reçu les palmes académiques.

X. auteur dramatique, a reçu les palmes académiques.
Z. son collaborateur, après l'avoir félicité, a ajouté avec conviction :
— Cette récompense était bien due à un homme de notre valeur.


Chalumeau vient de servir de témoin au mariage

Chalumeau vient de servir de'témoin au mariage d'un ami qui régularisait une liaison déjà ancienne..

— Mon. cher, lui a-t-il dit après la cérémonie, tout bien considéré, tu as eu raison. Je n'aurais pas osé te donner un pareil conseil, mais je t'approuve de l'avoir suivi.


Entre époux :

Entre époux :
MONSIEUR. — Il est à remarquer que ce sont les plus grands imbéciles qui épousent les plus jolies femmes...
MADAME, souriante. — Oh !... flatteur !...


Mme de B. fait mander le nouveau précepteur de son fils

Mme de B... fait mander le nouveau précepteur de son fils, frais émoulu du baccalauréat -.pas le précepteur et lui reproche avec une véhémente, indignation d'avoir été rencontré, avec son élève dans un établissement aussi chorégraphique que peu édifiant.

Le précepteur, faisant bonne contenance :

— Cela entre, madame, dans mon système d'éducation, Je commence par montrer à votre fils le monde qu'il ne faut pas fréquenter !


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


Je suis une nature plutôt intime, qui préfère à tout autre plaisir la solitude à deux.