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58e jour de l'année — Septième année — N°3750 Jeudi 27 Février 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 Pour sauver une jeune fille - Fer Bravais

Pour sauver
une jeune fille

Nous avons, il y a près d'un mois, publié un avis concernant une jeune fille anémique au dernier degré, en priant ceux de nos lecteurs ayant connu des cas analogues de faire savoir quel remède avait le mieux réussi et d'adresser leurs réponses au Courrier français. Or, sur les quatre mille réponses environ reçues par notre confrère, près de la moitié témoignaient en faveur des vertus énergiques et reconstituantes du Véritable Fer Bravais. Quant aux autres lettres, elles donnaient l’énumération de quatre cent remèdes divers Nous apprenons que cette jeune fille, mise il a quinze jours au régime du Fer Bravais, dès que le résultat de ce plébiscite fut connu, a déjà repris ses forces et ses couleurs et que la gaieté est revenue avec l'appétit! Voilà un renseignement précieux pour les anémiques, et c'est vraiment faire preuve d'humanité que de l'indiquer au public.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 CHRONIQUE DE L'ÉLÉGANCE

CHRONIQUE DE L'ÉLÉGANCE

La pendule phonographe est le dernier cri du progrès. Ce n'est plus la sonnerie intermittente dont il faut soigneusement recueillir les sons qui annoncent l'heure, mais une voix nette et distincte. Le mécanisme remporte également une petite figure qui, à l'heure fixée, apparaît pour prononcer « Diner est servi ». Pour finir la soirée, la même figure apparaît de nouveau et formule: « Messieurs et mesdames, il est l'heure de se coucher. Bonsoir. » Cette dernière façon d'abréger une soirée est particulièrement utile aux maîtresses de maison qui, la plupart du temps, hésitent à donner le signal du départ. A quand la pendule des gens distraits qui leur rappellera leurs occupations à heures fixes, et la pendule conscience destinée à nous guider dans le chemin de la vertu ? Des mécanismes délicats et perfectionnés, capables d'accomplir une œuvre morale aussi élevée, mériteraient la plus grande admiration.

Le Gaulois — 26 septembre 1897

 L'électricité statique - 1897 - pub

L'électricité statique, cette force merveilleuse si longtemps méconnue avant qu'on l'eût appliquée au transport direct des médicaments dans l'organisme, est appelée à devenir l'un des éléments principaux de la médecine de demain. Associée aux inhalations d'aldéhyde formique et aux injections de sérum de bouc, elle donne des guérisons inespérées dans le traitement de la tuberculose.
Employée conjointement avec le radioscope Rœntgen, elle assure d'une façon certaine et absolue, la guérison des douleurs rhumatismales, goutteuses, des déformations articulaires, coxalgies, tumeurs blanches, etc. L'Institut médical de Paris, 28, rue de La Boëtie, qui réunit ces divers traitements dans une admirable installation, obtient des résultats qui tiennent du prodige.

Le Figaro - 15 juin 1897

 BATEAU AÉRIEN

BATEAU AÉRIEN

Le grand problème serait résolu — Est-ce une mystification ?

Les Américains sont-ils en train de nous monter un de ces énormes « bateaux » que ces mystificateurs par excellence prennent plaisir à lancer de temps à autre? Le bateau, cette fois, serait de taille, et aérien, pardessus le marché.

Il n'est plus question, en effet, aux États-Unis, que d'une immense aéronef qui traverserait les airs dans toute la largeur du continent américain. C'est à qui l'aurait aperçu, à telle enseigne que les journaux ne craignent pas de publier une carte de son parcours.

A Greenbourg, dans l'État d'Indiana, le professeur Keely aurait pu observer la machine volante au télescope. Elle se composerait d'un appareil de soixante pieds de long, complété par un ballon d'un diamètre de cinquante pieds; à trente pieds au-dessous de l'aéronef pendait une sorte de nacelle en forme de cigare, à l'intérieur de laquelle l'observateur aurait distingué un homme barbu d'environ cinquante ans et un jeune, homme.

Hier, on annonçait que la machine avait fait explosion dans les airs, au-dessus d'une localité du Michigan. Aujourd'hui, on tient la nouvelle pour fausse, puisqu'elle aurait été vue depuis, dans la journée du 13, dans le Visconsin et l'Indiana.

Il y a mieux si l'on en croit une dépêche d'Appleton, une lettre attachée à un poids en fer aurait été ramassée près de cette localité. D'après le New York herald elle est ainsi conçue :

«« A bord de l'aéronef Pégase,

9 avril 1897.

» Le problème de la navigation aérienne est résolu. Ceux qui écrivent cette lettre ont passé tout le mois dernier à croiser dans les airs à bord du Pégase et ont démontré de toute évidence que leur invention eut un succès complet.

» Nous avons pu atteindre une vitesse de 250 kilomètres à l'heure, et une altitude de 2,5000 pieds au-dessus du niveau de la mer.

» Le Pégase a été construit dans un lieu isolé, à seize kilomètres de Lafayette (Tennessee). Les diverses pièces de la machine y ont été apportées de Glasgow (Kentucky). Dans un mois, notre demande de brevets pour une aéronef à plans parallèles sera télégraphiée simultanément à Washington et dans les capitales européennes.

» L'appareil est mû par la vapeur, éclairé par l'électricité et peut porter jusqu'à 500 kilos. »

Ce document (?) ne porte malheureusement pas de signature.

Il y a même, aux États-Unis, des gens qui continuent à se montrer encore sceptiques à l'égard de la prodigieuse invention. De ce nombre est le professeur Willis Moore, chef du bureau météorologique de Washington.

Il a déclaré à un correspondant du Journal de New-York qu'il n'avait reçu aucune information de l'observatoire de Kansas City où l'aéronef aurait été prétendument aperçue.

Il croit qu'il s'agit peut-être de quelque gigantesque farce comme celle qu'imaginèrent, il y a quelque temps, des mauvais plaisants de San-Francisco, qui lancèrent des ballons auxquels étaient attachés des produits chimiques lumineux.

Le Matin — 17 avril 1897

 eau de Pougues - 1897

Les Compagnies de chemins de fer en Amérique sont menacées d'une grève de mécaniciens. Ceux-ci seraient, au dire des médecins américains, beaucoup plus sujets au diabète que les autres professionnels, par suite de la difficulté pour eux de respirer la quantité d'oxygène nécessaire ; d'où cette altération du sang.

Les nombreux chargements d'eau de Pougues embarqués par la Compagnie transatlantique, pour New-York, sont destinés à ces victimes de la vie à toute vapeur.

Le Figaro - 1er juillet 1897

 Tout le monde sait que la reine d'angleterre - 1897

D'Angleterre...

Tout le monde sait que la reine d'Angleterre adore le théâtre elle a même fait construire à Balmoral et à Windsor des scènes minuscules où de temps à autre des représentations sont organisées. Chaque artiste, à son arrivée à Balmoral et à Windsor, a à sa disposition une petite chambre contenant tout ce dont un artiste peut avoir besoin, jusqu'à une boîte de fard. La Reine, pourtant, n'aime pas que les artistes abusent du fard, elle estime que les visages trop poudrés et trop maquillés détruisent l'illusion.

Une fois la représentation terminée, les artistes ont dix minutes pour changer de costume. Un souper leur est servi ensuite. Après le souper vient le moment le plus solennel de la soirée. La Reine fait mander chez elle les principaux rôles et, avec une impartialité qui ferait honneur à tout critique de profession, loue les uns et blâme les autres. L'artiste qui mérite tous ses éloges a le droit d'inscrire son nom dans un livre spécial. Chaque artiste reçoit ensuite un souvenir, une bague, une broche, une épingle de cravate, etc., et la soirée se termine régulièrement à dix heures.

Le Figaro - 9 janvier 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 La Brodéine

La Brodéine

Le moment est venu de signaler à nos aimables lectrices le succès toujours grandissant de cette intéressante nouveauté qui permet de faire en, quelques instants, sur n’importe quel tissu, les broderies les plus variées et les plus charmantes.

Nous avons pu admirer chez Plan et Cie, 24, rue des Petites-Écuries, des ouvrages en broderie qui sont de petits chefs-d’œuvre que toute personne de goût voudra faire elle-même, d’autant plus que MM. Plan et Cie, contrairement à nombre d’inventeurs, au lieu de garder jalousement leur secret, le donnent à tout le monde. À cet effet, ils viennent de faire paraître un supplément à leur notice qui donne toutes les indications utiles pour faire immédiatement les plus ravissantes broderies. Cette notice et le supplément sont envoyés franco. La maison Plan et Cie met en vente ses merveilleux coffrets contenant tout ce qui est nécessaire pour l’exécution de la Brodéine, payables en mandat- poste, au prix franco de la boite scolaire, 5 fr. 80 ; la boite primaire, 10 fr. 80; coffret n° 1,15 fr. 80 ; coffret no 2. 20fr. 80; coffret n° 3, 25fr. 80.

C’est le plus joli cadeau à faire à une dame.

NOUVELLES À LA MAIN
Le valet de chambre Hector

Le valet de chambre Hector, bellâtre plein de suffisance, à son ami et collègue Jasmin :

— Il est venu aujourd'hui une petite Femme délicieuse demander le vicomte… Crois-tu que j'ai peu de veine il était justement là!...


Que cette pauvre Amélie est donc sotte

Que cette pauvre Amélie est donc sotte disait une dame en parlant d'une de ses amies.

— Comment le savez- vous? Elle ne dit jamais rien.

— Oui, c'est vrai ; mais on voit qu'elle pense des bêtises !


Le père Abraham, dit la Providence des fils de famille

Le père Abraham, dit la Providence des fils de famille décavés, est entré chez un papetier-graveur pour s'approvisionner de papier à lettres et d'enveloppes.

— Quel est votre chiffre ? lui demande le marchand.

— Guarande bour zent !


Dans le monde. Pour une veuve de trois mois,

Dans le monde

— Pour une veuve de trois mois, la petite vicomtesse est ce soir d'un entrain.

— Avouez que le rire va joliment bien à son genre de douleur !


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


La médecine n'est pas une affaire de science : c'est une affaire de veine. C'est parfois dans des erreurs de diagnostic à foudroyer un troupeau de rhinocéros qu'on obtient des guérisons miraculeuses.