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153e jour de l'année — Septième année — N°3479 Samedi 1er Juin 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 Pour sauver une jeune fille - Fer Bravais

Pour sauver
une jeune fille

Nous avons, il y a près d'un mois, publié un avis concernant une jeune fille anémique au dernier degré, en priant ceux de nos lecteurs ayant connu des cas analogues de faire savoir quel remède avait le mieux réussi et d'adresser leurs réponses au Courrier français. Or, sur les quatre mille réponses environ reçues par notre confrère, près de la moitié témoignaient en faveur des vertus énergiques et reconstituantes du Véritable Fer Bravais. Quant aux autres lettres, elles donnaient l’énumération de quatre cent remèdes divers Nous apprenons que cette jeune fille, mise il a quinze jours au régime du Fer Bravais, dès que le résultat de ce plébiscite fut connu, a déjà repris ses forces et ses couleurs et que la gaieté est revenue avec l'appétit! Voilà un renseignement précieux pour les anémiques, et c'est vraiment faire preuve d'humanité que de l'indiquer au public.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 LA SANTÉ DE NOS SOLDATS - 1897

LA SANTÉ DE NOS SOLDATS

Depuis quelque temps, les dépêches se succèdent annonçant la fièvre typhoïde s'est déclarée parmi des troupes en garnison.

C'est Senlis, Reims, Saint-Dié, Troyes, Ancenis, d'autres villes encore peut-être. Et toujours et partout, c'est l'eau qui engendre la maladie,

Quand il s'agit d'obtenir des troupes qui, apportent un mouvement d'affaires dans une ville, les municipalités n'épargnent ni les démarches, ni les sollicitations ; ni les promesses. La plupart du temps, la faveur demandée est accordée pour des motifs politiques, avec la constante préoccupation des élections.

Aussi, comme les villes n'ignorent pas ce détail, elles se gardent bien de faire les- dépenses qui peuvent assurer .le bien-être et la santé des garnisons qu'un leur donne. L'armée devient ainsi, dans bien des cas, une marchandise électorale, quoique ce ne soit pas précisément pour cela qu'elle existe.

Il devrait être entendu que, lorsqu'il s'agit d'établir une garnison dans une localité, la question d'hygiène — en dehors des considérations stratégiques — peut seule entrer en ligne de compte.

Il faudrait, par exemple, que, quelqu'envie qu'il en ait, un ministre soit lié à ce point qu'il ne puisse accorder une garnison à une ville, où la question de l'eau potable, cette nécessité première, n'est pas résolue.

A Troyes et à Sainte-Savine, les cabarets viennent d'être consignés à la troupe, et il en sera ainsi tant que Troyes ne sera pas pourvu d'eau, potable. Pourquoi de semblables mesures ne sont-elles prises que quand une épidémie a déjà éclaté et fait des victimes ? On sait bien, cependant, que, partout où l'eau n'est pas saine, la lièvre typhoïde, si elle n'éclate pas aujourd'hui, éclatera demain...

Le Matin - 20 septembre 1897

 Les brouillards de Mars - Le Matin - 2 janvier 1897

Les brouillards de Mars.

La planète Mars, dont la constitution se rapproche si sensiblement de celle de la terre, possède-t elle une atmosphère propre et partant offre-t-elle les conditions nécessaires pour être Habitable?

La. question semble en partie résolue par de. nouvelles et récentes observations dues à M. Flammarion. Le directeur de l'observatoire de Juvisy a constaté, en effet, l'existence de brouillards suspendus sur une large étendue, tout autour de la calotte polaire — accumulations de neige ou de glace — dont est coiffée chaque extrémité de la planète.

Le Matin - 2 janvier 1897

 Un exemple à suivre - Fig. 15 mai 1897
UN. EXEMPLE A SUIVRE

Le maire de Courbevoie, M. Boursier, vient d'avoir une idée très heureuse et il serait à désirer que ses collègues des autres communes suburbaines de Paris suivissent son exemple.

M. Boursier a fait installer une « chambre de secours a dans les locaux nouvellement aménagés du commissariat de police. Le but poursuivi est d'y recevoir les personnes blessées sur la voie publique et de leur donner les premiers soins qu’exige leur état. Si la blessure ne présente qu'une gravité relative, les soins sont donnés à la victime par les agents du commissariat, dont le docteur Ramonat, de la Société de sauvetage, a fait d'excellents infirmiers. En revanche, le cas est-il très sérieux, on appelle par téléphone un médecin et, s'il y a lieu, une voiture des Ambulances urbaines pour transporter le malade à l'hôpital ou chez lui, s'il le demande. Inutile d'ajouter que l'aménagement de cette « chambre de secours » a été combiné de la façon la plus intelligente et dans des conditions d'hygiène ne laissant aucune place à la critique.

La municipalité peut être fière de cette œuvre appelée à rendre de si grands services à la population.

Le Figaro - 15 mai 1897

 CHRONIQUE DE L'ELEGANCE

CHRONIQUE DE L'ÉLÉGANCE

Au point de vue culinaire les mœurs françaises se sont complètement transformées depuis un demi-siècle. La coutume de servir un grand nombre de plats à chaque repas est absolument démodée et même dans les maisons les plus opulentes on a absolument proscrit l'ordonnance ancienne des deux potages, relevé, quatre entrées, double rôti et entremets variés.

On trouve odieux la station prolongée à table et il faut que le service soit promptement achevé. Un dîner qui se prolongerait au delà de trois quarts d'heure serait déclaré insupportable et nous pouvons constater qu'à bien peu d'exceptions près, notre génération s'applique à manger le moins possible. Même on remarque que depuis quelques années l'engouement pour les viandes noires a beaucoup diminué.

Les hommes jeunes et très robustes seuls leur donnent encore la préférence on les défend aux enfants et aux estomacs débiles. Un plat d'œufs, une viande chaude, une viande froide, légumes et salades, un entremets de pâtisserie si l'on veut, tel est le menu habituel des déjeuners dans les maisons les mieux tenues. Un potage, un relevé, une entrée, un rôti chaud, un rôti froid, salade, légumes et plat doux, des fruits, peu ou point de bonbons, voilà pour le dîner lorsque l'on est nombreux, et l'on ne songe même pas, en dehors des grands dîners de cérémonie, à changer le menu si l'on reçoit plusieurs personnes en supplément à sa table. Le vrai luxe consiste à présenter de très grosses pièces, viandes, poissons, volailles ou gibier abondant. En revanche, la cuisine est extrêmement soignée, on est horriblement difficile et le rôti arrosé et cuit à point, les jus savoureux, les assaisonnements délicats sont à chaque repas l'objet des observations d'une maîtresse de maison qui connaît ses devoirs envers ses hôtes. Les détails du service sont très recherchés. 

Le Gaulois — 25 septembre 1897

 Dentiste - Fig. 24/05/97

Nous avons signalé, ces jours derniers, la démonstration faite 21, rue Lauriston, devant un groupe de médecins, par un dentiste américain. Ajoutons que cette expérience est parfaitement concluante et que le docteur américain Sylvestre est le seul de tous les dentistes qui pose les dents artificielles directement sur la gencive, sans attache ni racine. Cette opération est faite sans la moindre douleur et les dents posées par ce procédé sont d'un naturel qui défie l'examen le plus méticuleux. C'est véritablement une invention merveilleuse et, inappréciable au point de vue de la beauté comme de la santé.

Le Figaro  — 24 mai 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 Les médecins recommandent Boboeufé

Les médecins recommandent le Phénol Boboeuf comme le désinfectant le plus puissant et le plus hygiénique. Répandu dans l’atmosphère, il assainit et purifie l’air. Ce précieux antiseptique est aussi le préservatif le plus efficace contre les épidémies et les épizooties.

NOUVELLES À LA MAIN
Un accusé s’attend à une condamnation très sévère

Un accusé s’attend à une condamnation très sévère. Mais le jury a été indulgent et, grâce aux circonstances atténuantes, la cour ne prononce que dix ans de réclusion.

— Dix ans, seulement! s’écrit le condamné tout joyeux. Ah ! - messieurs les jurés, que Dieu vous le rende !


Sur le Pont-Neuf.

Sur le Pont-Neuf. 

Un monsieur passe rapidement, les mains dans ses poches : 

— La charité, mon bon monsieur ? fait le mendiant du coin.

Le monsieur se fouille, et d'un ton de regret: 

— Désolé, mais je n'ai que des pièces de vingt francs... 

Le mendiant, alors, avec dignité : 

— Je puis vous rendre la monnaie, monsieur...


A la brasserie. Un consommateur est assis à une table.

A la brasserie.

Un consommateur est assis à une table. Entre un ami.

— Veux-tu prendre un bock ? dit le premier.

— Volontiers. Garçon, un demi.


Un précepteur explique son élève le mécanisme de la locomotive.

Un précepteur explique son élève le mécanisme de la locomotive.
— J'ai compris à la perfection, seulement un point obscur.
— Et quoi donc ?
— Comment la locomotive peut-elle marcher sans chevaux ?


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


Le rire est à l'homme ce que la bière est à la pression.