Entete index
267e jour de l'année — Septième année — N°3593 Lundi 23 Septembre 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 Une visite intéressante

Une visite intéressante

Toutes les vraies élégantes soucieuses de conserver l’éclat de leur teint et la ligne pure de leur visage, toutes celles que l’excès d’embonpoint désole, se hâtent de rendre visite à Scientifique Beauté, 416, rue Saint- Honoré (près la rue Royale) qui, au moyen d’un procédé nouveau, les débarrasse des rides, des bajoues et de tout empâtement du corps et du visage; les bains de lumière, bains hydroélectriques réalisent des cures réalisent des cures merveilleuses d’amincissement.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 Simplicité administrative

Simplicité administrative.

Un médecin a une note de trois francs à toucher à l'administration des ponts et chaussées. Les honoraires du prix d'une visite sont fixés a deux francs, plus vingt-cinq centimes par kilomètre quand l'Esculape est appelé hors de son domicile.

Et voici ce qui se passe suivez-moi bien Le docteur adresse son mémoire au conducteur, qui le transmet à l'ingénieur ordinaire, lequel l'expédie, avec son « rapport », à l'ingénieur en chef, lequel le fait parvenir avec « son avis » au préfet du département, qui l'envoie finalement avec une lettre au ministère.

Le ministère approuve sereinement la dépense de trois francs et le dossier s'en retourne avec la série de lettres, comme il convient, en resaluant au passage préfet, ingénieur en chef, ingénieur ordinaire, conducteur, etc.

Pour trois francs, un fiacre n'en ferait pas tant !

Le Gaulois — 17 nov. 1897

 LE BILAN DE LA MORGUE POUR 1896

LE BILAN DE LA MORGUE
POUR 1896

La statistique de la Morgue n'est peut-être pas un document d'une excessive gaieté. Il a cependant ceci de consolant que pendant l'année 1896 le funèbre monument n'a reçu que 846 corps, alors qu'en 1895 il en avait reçu 890. C'est une différence de 44 en moins. Ajoutons que c'est, depuis vingt-six ans, le chiffre le moins élevé.

Ces 846 corps, dont 541 appartiennent au sexe masculin et 305 au sexe féminin, ont donné lieu à 711 reconnaissances, soit par les parents ou les amis des décédés, soit par le fait d'une visite d'un curieux quelconque à la Morgue.

Le corps qui a clos l'inventaire de l'année est celui d'un nommé Bizot, repêché à Pantin, dans le canal, le 31 décembre 1.896, à, sept heures du soir.

Comme toujours, c'est pendant la saison chaude que la Morgue reçoit le plus de corps alors qu'en juillet on y amenait 109 cadavres, en décembre il n'y en avait que 39. Quant aux genres de décès, la submersion continue à tenir la tète sur 816 corps, 213 proviennent de repêchages.

Les dépenses de la Morgue pour 1896 ont été de 89,524 francs. Mais dans ce chiffre est compris le service du Laboratoire de toxicologie.

Et, revenant à ce que nous disions en commençant, si pour la généralité du public la Morgue comporte une idée sinistre, il faut ajouter cependant que c'est pour beaucoup de gens une attraction et un lieu de promenade favori. Enfin, bien mieux encore, l'ancien greffier en chef, l'aimable M. Clovis Pierre, qui, pendant plusieurs années, a dirigé l'établissement, n'a-t-il pas chanté en un volume de vers humoristiques les Gaités de la Morgue ?

Le Figaro – 12 janvier 1897

 De Vienne - 1897

De Vienne

« Les soldats de la garnison de Vienne, pour peu qu'ils aient la reconnaissance de l'estomac, garderont un excellent souvenir de la journée du 4 janvier prochain, où s'ouvrira la deuxième exposition culinaire internationale. Le Comité de l'exposition a décidé de prendre à sa charge, ce jour-là, l'entretien des troupes viennoises et de remplacer l'ordinaire par des quantités fantastiques de saucisses, de goulash et autres spécialités de la cuisine austrô-hongroise.

» Il ne sera pas distribué moins de 50,000 paires de saucisses les régiments hongrois recevront des saucisses de Debreczin, et les régiments autrichiens des saucisses de Vienne au raifort. Comme chaque paire de saucisses a au moins une longueur moyenne de 25 centimètres, les 50,000 paires placées bout à bout représenteront une longueur totale de douze kilomètres et demi ».

Le Figaro - 17 décembre 1897

 Abbé Brisset - 1897

A Travers Paris

M. l'abbé Brisset, curé de Saint-Augustin, dont nous avons annoncé la grave maladie, a reçu hier 15 décembre 1897, à trois heures, les derniers sacrements des mains de M. Captier, supérieur général de Saint-Sulpice, assisté de M. l'abbé Picard, premier vicaire, en présence de tout le clergé de la paroisse et de plusieurs amis, parmi lesquels M. Chesnelong.

L'abbé Brisset n'a pas été, comme on l'a dit, victime d'un accident de voiture. Il souffre depuis, trois semaines d'une maladie d'estomac qui l'obligeait il y a dix jours à s'aliter et qui a nécessité une opération extrêmement délicate.

Le cardinal Richard s'est rendu avant- hier au presbytère de l'avenue Portalis et s'est longuement entretenu avec M. Brisset, 'qui avait encore, hier soir, toute sa connaissance, mais dont l'état laisse peu d'espoir.

Le Figaro

 Vers le pôle Nord.- 1897

Vers le pôle Nord.

L'envoyé spécial d'un journal allemand au Spitzberg raconte, dans une longue dépêche, l'émouvant départ du ballon de M. Andrée pour les régions polaires.

Dimanche dernier, à deux heures de l'après-midi, le vent soufflant du Sud-Ouest, MM. Andrée, Fraenkel et Strindberg sont montés dans la nacelle de l'aérostat, tandis que M. Machuron présidait à terre aux manœuvres du départ. Au commandement de M. Andrée, les cordes ont été coupées et, aux cris de « Vive la Suède! vive la Norvège! » les explorateurs sont montés dans les airs.

Presque aussitôt, un coup de venta failli précipiter le ballon dans la mer. On s'est aperçu à ce moment que trois guideropes sur lesquels M. Andrée comptait particulièrement s'étaient détachés pendant l'ascension. Les aéronautes, fort heureusement, en ont d'autres dans la nacelle.

A deux heures et demie, le ballon prenait la direction du Nord. Une demi- heure plus tard, il avait disparu de l'horizon.

Avant le départ, M. Andrée avait adressé à S. M. le roi de Suède la dépêche suivante

« Au moment de leur départ, les membres de l'expédition au pôle Nord prient Votre Majesté d'accepter leurs très humbles salutations et l'expression de leur très vive reconnaissance. ANDRÉE. »

Le Figaro - 18 juillet 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 Fernand Clément

LA BICYCLETTE IDÉALE.

Cyclistes, dans votre intérêt, avant «acheter une bicyclette au comptant ou à crédit, demandez le catalogue artistique illustré envoyé par M. Fernand Clément, 101, rue de Courcelles à Levallois-Perret.

Les attestations des plus grands coureurs, l’opinion de la Presse, et le grand choix de machines à tous prix, vous feront certainement arrêter votre choix sur la marque Fernand Clément Téléph. 544-84.

NOUVELLES À LA MAIN
Entendu à l'Hôtel des Ventes

Entendu à l'Hôtel des Ventes

— Il y a beaucoup de femmes nues dans cette collection des Goncourt.

— Dame, mon cher, la fameuse Académie !


Une pensée de M. Prud’homme :

Une pensée de M. Prud’homme :

«  Si le feu est un fléau terrible, l’eau est plus terrible encore.

« Un incendie, cela s’éteint toujours... mais l’inondation, jamais.


Dans le monde : Un jeune poète symbolique

Dans le monde :

Un jeune poète symbolique, aux longs cheveux bouclés, à une jeune fille : — Mademoiselle, permettez-moi de vous demander une faveur... Voudriez-vous être assez bonne pour me prêter...

— Une épingle à cheveux, peut-être ?


On a, comme de juste, arrêté dimanche,

On a, comme de juste, arrêté dimanche, au Grand Prix, un certain nombre de pickpockets.

L'un d'eux, amené au poste, est interrogé :

— Expliquez-nous comment on a trouvé sur vous la montre de monsieur.

— Eh bien, voilà : je voulais voir combien les chevaux mettraient de temps à faire le parcours. Une minute vingt- huit secondes, monsieur le commissaire ! J'en étais écœuré.


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


Si on se mettait à composer les journaux avec de seules véracités, ils tomberaient du coup au format de la feuille de papier à cigarette.