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217e jour de l'année — Septième année — N°3543 Dimanche 4 Août 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 Le Vin et le Sirop de Despinoy

Le Vin et le Sirop
de Despinoy

Tout le monde connaît l’efficacité de l’huile de foie de morue; mais, outre sa saveur nauséabonde, elle provoque de graves désordres dans l’organisme. On la remplace avantageusement par le Vin ou le Sirop de Despinoy à l’extrait pur de foie de morue, sans odeur, d’un goût agréable et d’une tolérance parfaite. — L’extrait pur de foie de morue de Despinoy est le seul approuvé par l’Académie de médecine.

Dépôt général : 3, rue Turgot, Paris, et toutes pharmacies.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 UN DESCENDANT DE VIRGILE - Le Temps – 9 janvier 1897

UN DESCENDANT DE VIRGILE.

Quatre ou cinq personnes suivaient hier un corbillard qui, sortant de l'église Saint-Germain-des-Prés, se rendait à Bagneux. Les passants auraient éprouvé une certaine surprise, si on leur avait appris que le mort que l'on conduisait si modestement au cimetière, était un descendant de Virgile.

Charles Maron, en effet, né en 1817, à Nevers, se disait originaire d'un petit village des environs de Mantoue, et affirmait, non sans orgueil, que Publius Virgilius Maro était un de ses ancêtres.

Frère d'Eugène Maron, le secrétaire de Lamennais, et l'auteur de plusieurs ouvrages estimés sur l'histoire de la Révolution, Charles Maron était lui-même un lettré et un érudit fort distingué. Il avait été bibliothécaire de la ville d'Autun, et rédacteur en chef d'un journal qui eut quelque importance au commencement.de l'empire.

Venu à Paris vers 1854, il collabora à la rédaction du Magasin pittoresque pendant plus de vingt ans. Ses recherches se portèrent surtout sur l'histoire de l'architecture et de la sculpture française. Il laisse, sur ce sujet, le manuscrit d'un ouvrage qui doit paraître en quatre volumes in-8°.

Ces dernières années, dans les cafés du quartier Latin, on pouvait voir souvent ce grand vieillard maigre, aux allures d'officier retraité, à la même table que Paul Verlaine et Paul Arène. Les conversations étaient alors fort gaies, car C. Maron savait parler avec beaucoup d'esprit, et avait gardé dans sa mémoire mille anecdotes sur presque toutes les célébrités contemporaines. Il était précieux aux jeunes journalistes en quête de sujets « d'échos ». Chaque année, au 1er janvier, il recevait une lettre assez curieuse Les habitants du hameau mantouin, dont il était originaire, portent tous le nom de Maro. Ils considéraient le mort d'hier comme le doyen de leur famille et ne manquaient jamais de venir annuellement lui exprimer leurs vœux dans un patois qui n'avait que de vagues rapports avec la langue des Géorgiques.

Le Temps – 9 janvier 1897

 Mme Tarpet - 1897

Mme Tarpet, professeur au Conservatoire, a donné hier (7 janvier 1897) une matinée enfantine qui a fait la joie des bébés.

La troupe Rehm y a inauguré le Petit Châtelet, un théâtre de marionnettes nouvelles qui sont vraiment merveilleuses, même à la lorgnette. On a joué Cendrillon, une féerie lyrique en six tableaux extrêmement machinés.

On y voit un naufrage, un ballet, une apothéose, avec projections électriques. C'était à se croire au Châtelet... de Lilliput.

Le Figaro - 8 janvier 1897

 Simplicité administrative

Simplicité administrative.

Un médecin a une note de trois francs à toucher à l'administration des ponts et chaussées. Les honoraires du prix d'une visite sont fixés a deux francs, plus vingt-cinq centimes par kilomètre quand l'Esculape est appelé hors de son domicile.

Et voici ce qui se passe suivez-moi bien Le docteur adresse son mémoire au conducteur, qui le transmet à l'ingénieur ordinaire, lequel l'expédie, avec son « rapport », à l'ingénieur en chef, lequel le fait parvenir avec « son avis » au préfet du département, qui l'envoie finalement avec une lettre au ministère.

Le ministère approuve sereinement la dépense de trois francs et le dossier s'en retourne avec la série de lettres, comme il convient, en resaluant au passage préfet, ingénieur en chef, ingénieur ordinaire, conducteur, etc.

Pour trois francs, un fiacre n'en ferait pas tant !

Le Gaulois — 17 nov. 1897

 eau de Pougues - 1897

Les Compagnies de chemins de fer en Amérique sont menacées d'une grève de mécaniciens. Ceux-ci seraient, au dire des médecins américains, beaucoup plus sujets au diabète que les autres professionnels, par suite de la difficulté pour eux de respirer la quantité d'oxygène nécessaire ; d'où cette altération du sang.

Les nombreux chargements d'eau de Pougues embarqués par la Compagnie transatlantique, pour New-York, sont destinés à ces victimes de la vie à toute vapeur.

Le Figaro - 1er juillet 1897

 LA GUERRE SANS EFFUSION DE SANG - 1897

LA GUERRE
SANS EFFUSION DE SANG

De nombreux romanciers écrivant spécialement ad usum juventutis ont souvent fait intervenir, dans le récit d'héroïques combats très invraisemblables, l'usage de gaz soporifiques qui réduisent à l'impuissance l'un ou l'autre des belligérants. Ce rêve serait-il sur le point de devenir une réalité ?

On annonce, en effet, qu'un humble chimiste de Varsovie, nommé Simon Pavlowski, a découvert un nouvel anesthésique jouissant des plus merveilleuses propriétés. L'inventeur assure que lorsque ses obus inoffensifs, à enveloppe de gélatine et chargés de gaz, feront explosion sur un champ de bataille, les combattants tomberont doucement et instantanément sur le sol, en proie , à une profonde léthargie d'où ils ne sortiront qu'au bout de quinze heures, sains et saufs, mais sans armes, sans drapeaux, sans bagages, et prisonniers de leurs adversaires.

Cela ne vaudrait-il pas mieux que la future charcuterie à la mélinite ?

APL - 28 novembre 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 «Muller et Blaisot»

Le Français est, cela est admis par tous, le peuple le plus spirituel de la terre mais non le plus pratique.
Partout à l'étranger, le voyageur, la négociant, l’homme d'affaires trouvent dès le matin, dans tous les établissements, un petit déjeuner complet, composé d’œufs, jambon, poisson, avec le café au lait, thé ou chocolat, et ce à des prix modérée.
Il va en être de même à Paris.
Dès sept heures du matin, le déjeuner tout prêt sera servi chez «Muller et Blaisot», café-restaurant de Madrid, boulevard Montmartre.

NOUVELLES À LA MAIN
Machinchose, vague rimeur

Machinchose, vague rimeur qui végète et mourra dans la bohème finale, lit dans les feuilles que l'administration charitable dont le siège central est rue des Blancs-Manteaux vient d'acheter plusieurs maisons pour agrandir une de ses succursales.

— Alors, conclut-il, le Mont-de-Piété se met dans nos meubles.


Au restaurant, à Montmartre

Au restaurant, à Montmartre

— Comment vous appelez-vous, garçon?

— Calino, monsieur.

— Fort bien. Alors, Calino, dites-moi si vous êtes sûr que ce que vous m'avez servi soit du canard sauvage.

— Certain, très certain. Et la preuve c'est que je l'ai poursuivi moi-même pendant plus d'une heure dans la basse-cour avant de pouvoir l'attraper.


Le valet de chambre Hector

Le valet de chambre Hector, bellâtre plein de suffisance, à son ami et collègue Jasmin :

— Il est venu aujourd'hui une petite Femme délicieuse demander le vicomte… Crois-tu que j'ai peu de veine il était justement là!...


On n'a tiré les Rois, chez le romancier X.

On n'a tiré les Rois, chez le romancier X. qu'hier dimanche, jour de sortie de son fils, jeune potache de seconde, lequel bon chien chasse de race s'essaye déjà à faire des mots.

Comme X. disait à sa femme :

— Ma chère, tous mes compliments ta galette est agréablement feuilletée.

Notre lycéen, cet âge est sans pitié, eut un vrai succès parmi les invités en s'écriant :

— Hein, papa ! si on pouvait en dire autant de tes bouquins...


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


Le comble de l'inattention : se perdre dans une foule et aller chez le commissaire de police donner son signalement.