Lundi 23 Septembre 1897


267e jour de l'année


Aujourd'hui,


 pots-pourris

CHRONIQUE DE L'ÉLÉGANCE

C'est l'époque de la récolte des dernières roses dont l'arôme est si vif, si pénétrant. On en composait jadis, en les mêlant avec d'autres parfums, ce que nos aïeules nommaient des pots-pourris, mélange de fleurs et de poudre, que l'on déposait dans des potiches et qui répandaient dans les appartements des senteurs exquises. On trouve différentes recettes de ces pots-pourris dans d'anciens recueils. Leur composition était presqu'un secret de famille, et les femmes se montraient très jalouses de ces mystérieuses recettes. On peut s'essayer, en les séchant, à en composer de diverses essences, les fleurs d'automne ayant une senteur plus durable. 

Une recette
de
Mme de Bonnechere

 Poulet à la peau de goret.

Poulet à la peau de goret. — Plumez, troussez un poulet, mettez en broche, placez à l’extrémité d’une brochette un morceau de lard enveloppé de papier, mettez le feu au papier, faites tomber sur le poulet; les gouttes de lard qui tombent sur le poulet forment des boursouflures semblables à celles qui éclosent sur la peau d’un cochon de lait.

 Sirop Follet

Vaincre l'insomnie

Chacun de nous a été visité à ses heures par l’insomnie. Que ne donnerais-je pas pour dormir, avons-nous dit les uns ou les autres à certains jours de malaise ou de souffrance ? Eh bien, voici le sommeil à bon marché : dans un flacon de Sirop de Follet, il y a cinq ou six nuits d’un repos complet, naturel, sans cauchemar, sans aucune suite fâcheuse.

 Capillus

La recoloration des cheveux est l’objet de grandes recherches et les personnes qui arrivent au moment du blanchiment essaient de bien des produits qu’elles ne tardent pas à rejeter bien loin, soit qu’ils ne produisent aucun résultat.

Très facile d’emploi, inoffensive et d’une réussite certaine est la Poudre Capillus que l’on trouve à la Parfumerie Ninon, 31, rue du Quatre-Septembre, par boîtes de 5 fr. , 8 fr. et 12 fr. et que l’on reçoit franco chez soi en envoyant un mandat-poste de 5 fr. 50, 8 fr. 50 12 fr. 85. La Poudre Capillus recolore à sec et rend aux cheveux leur couleur naturelle.

 Fleurs et bijoux du jour de l'an - Fig 1/01/97

Jour de l'an


Fleurs et bijoux
du jour de l'an

Etes-vous superstitieuse, madame ? Si oui, vous avez à coup sûr éprouvé quelques appréhensions en recevant des bouquets que la politesse commande de vous offrir à cette fin. d'année, et vous ne serez pas sans vous demander si les bijoux qu'on vous donnera ce matin vont être pour vous un présage heureux ou néfaste de cette année 1897 qui va débuter.

Il est bien entendu que je ne discute pas vos idées sur cette matière on croit à l'influence des pierres, on attache de l'importance aux fleurs et aux couleurs, mais on ne raisonne pas ces impressions-là, je n'ose pas dire ces convictions. Toujours est-il que nombreuses sont les Parisiennes qui ont ces idées-là, ces préjugés si vous voulez. Demandez aux bijoutiers et aux grands fleuristes, ils vous diront combien ces menus détails ont de l'importance dans le choix d'un bijou ou d'un bouquet de prix.

Tous connaissent la signification des couleurs et le langage des fleurs.

Ainsi voici le dictionnaire de quelques nuances que ces spécialistes connaissent bien

Rouge : signifie ardeur, lutte.

Violet : puissance, consolation.

Bleu : confiancgjftendresse.

Vert : mauvaise chance.

Jaune : joie, richesse.

Marron : passé, défiance.

 

Les fleurs aussi ont leur langage et leur signification

 

Le chrysanthème c'est la fleur de l'amitié elle est incompatible avec toute idée d'amour.

Dahlia blanc reconnaissance et remerciement.

Gardènia, blanc élégance, plaisir, honneur.

Jacinthe fidélité.

Marguerite blanche Veuillez croire à mon amour.

Marguerite jaune la fleur des tombes; «Je ne vous aime plus. »

Œillet rouge aventure d'amour, intrigue.

Œillet blanc J'ai confiance.

Lilas blanc amour, volupté.

Lilas mauve amitié, souvenir.

Jonquille le désir.

Camélia talent.

Rose beauté.

 

Ce sont là des énonciations fort connues de ceux que ces détails intéressent mais il est d'autres indications minutieuses qui font partie des sciences occultes et que seuls quelques initiés savent. Afin de ne pas errer sur ce sujet frivole mais d'une importance réelle pour les esprits prévenus, je suis allé demander des détails précis, certains, à Mme de-Thèbes, la chiromancienne qu'Alexandre Dumas fils, qui croyait fort à tous ces à-côté de l'invisible, à lancée dans la voie tracée par Desbarolles. Détail curieux: quand Alexandre Dumas fils est mort, il a laissé inachevé un article sur Mme de Thèbes et sur la science des mains. Je voudrais que cela paraisse dans- le Figaro, disait-il à un intime.

La mort ne lui a pas permis d'achever cette étude il serait peut-être intéressant de retrouver les feuillets commencés.

Mme de Thèbes a hérité du moulage des deux mains du célèbre écrivain, et de la plume avec laquelle il écrivit Frartcillon. Je lui montre les énonciations que je viens de transcrire et elle me donne ma petite consultation, sachant que je n'en abuserai ni pour la raillerie ni pour la médisance.

— Aux couleurs, me dit.elle, vous pouvez ajouter que le vert est l'indice de la mauvaise chance, du manque d'argent; le jaune, celle de l'infidélité. Pour les fleurs, ajoutez aussi que la bruyère est la fleur triste, la pensée la fleur de deuil et la tulipe la fleur souvent fatale.

J'interroge étonné.

— Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien, mais on a remarqué qu'en Hollande presque tous les fleuristes qui se livrent à la culture des tulipes meurent de mort violente ou éprouvent des désastres. Cela est facile à vérifier; je pourrais vous citer vingt exemples. Les occultistes vous diront que si vous voulez porter malheur à un ennemi, vous pouvez lui envoyer des tulipes.

— Nous supprimons donc les tulipes ?

— Absolument. Par exemple je.vous recommande les roses, les lilas et les violettes; la corbeille qui les contiendra devra toujours avoir un ruban rouge, couleur de chance. Voulez-vous qu'il arrive un. événement heureux à une dame ? envoyez-lui un bouquet à un moment où elle ne s'y attend pas, c'est immanquable. Pourquoi? Je ne sais pas exactement, c'est encore le produit de l'observation.

— Et les bijoux, madame, les bijoux, n'ont-ils pas aussi leurs avantages et leurs défaveurs ?

— Je crois bien; tout dépend.du reste de la couleur de la personne qui offre le bijou.

— Vous n'enverrez pas à une brune les même pierres qu'à une blonde le métal lui-même a une influence, c'est un conducteur de la joie et des maléfices. A une brune vous enverrez des bijoux ou l'argent dominera; l'argent est le métal qui donne l'inspiration, la fantaisie les brunes étant d'habitude plus positives, l'argent leur donnera ce qui leur manque l'amour, de l'idéal et de la poésie.

— Et les blondes ?

— C'est tout le contraire,; les blondes sont des impulsives elles sont, sous ll'influence de la lune, des «lunatiques», comme on dit; elles n'ont pas besoin d'être poussées vers l'idéal : à celles-là envoyez des bijoux où l'or domine; l'or les pondérera, calmera-leurs fantaisies et au besoin arrêtera leurs écarts.

— Voici pour les montures; mais pour les pierres ?

— Aux blondes, donnez des rubis ou des grenats, pierres de sagesse qui sont comme des serre-freins de l'instinct. Aux brunes offrez l'améthyste, la pierre de l'espérance, l'émeraude qui est un porte-veine la topaze est excellente pour les blondes, de même la turquoise et le saphir.

— Et les diamants ?

— Tout le monde peut en porter, c'est la pierre de l'élégance sans propriétés et sans dangers.

— Alors, vous croyez à l'influence des pierres sur les personnes qui les portent ?

— Mais oui; les pointes attirent bien la foudre, pourquoi des pierres n'attireraient-elles pas les sensations et les sentiments gais, tristes, mélancoliques ou folâtres ?

Mme de Thêbes me fait là-dessus une longue théorie fort originale.

Sans prendre parti entre les incrédules qui raillent par principe et les croyants qui admettent tout les yeux fermés, il était curieux de résumer ces données qui reposent sur des légendes anciennes, des superstitions parfois, des expériences souvent et des traditions conservées avec respect. Pourquoi les Italiens, même les plus graves, portent-ils une branche de corail à leur chaîne de montre, croyant annihiler l'influence des gens qui ont le mauvais œil ?

Mais, favorables ou funestes, vraies ou erronées, ces croyances étaient bonnes à résumer, comme fantaisie mondaine, au matin du jour de l'an.

Jean-Bernard.
Le Figaro — 1er janvier 1897
 POUR OBEIR A CE TYRAN QU

POUR OBEIR A CE TYRAN QU'EST LA MODE

Combien ont eu recours à des teintures dont le résultat a été de leur causer des maux de tête violents et quelquefois pis encore. Qu'on souffre pour être belle, nulle ne saurait y reprendre, mais encore est-il inutile de risquer l'érésipèle, l'eczéma ou toute autre maladie du même genre, pour le plaisir de modifier la couleur de ses cheveux, surtout lorsqu'on peut obtenir les mêmes résultats sans qu'il en coûte le moindre malaise, en fixant son choix sur une teinture absolument inoffensive. Il en est trop, malheureusement qui, alléchées par certaines réclames, se servent de produits excessivement dangereux, et ce sont à celles-là surtout que nous adressons, en leur redisant une fois encore, les dangers présentés par la grande majorité des teintures, et par contre l'innocuité absolue des produits du chimiste H. Chabrier, 48, passage Jouffroy, Paris, produits faits exclusivement d'extraits de plantes.

Il y a des poudres de riz à tous les prix, mais les personnes soucieuses de leur santé ont adopté la Poudre Simon, dont le suave parfum obtient partout le plus vif succès.

N°6 ― Le feuilleton du journal

 La malicieuse personne avait app

La malicieuse personne avait appris à son pensionnat que les jeunes gens n'ont été créés que pour la commodité et la distraction des belles personnes, et comme elle se savait très jolie, elle cherchait en quoi le voisin de son père pourrait lui être utile ou agréable. Elle l'avait trouvé assez gauche dans ses mouvements, assez mal tourné dans ses vêtements noirs. Son visage, à vrai dire, lui avait paru sup- portable, encore qu'il fût déparé par un air de timidité qui le rendait glacial. Ce monsieur riait-il quelquefois, causait-il seulement, était-il capable de danser ? Enfin quelle ressource pouvait-il être pour une jeune fille, qui sortait des classes de Mlle Formentin, après dix ans de compression pédagogique, avec un désir immodéré de s'amuser ?

Paul Daniel ne paraissait pas vraiment offrir de sérieuses garanties, et il faut avouer que la première impression qu'il produisit fut défavorable. Mais il n'avait pas encore parlé, et tous ceux qui le connaissent savent quelle puissance de grâce et de séduction réside dans sa voix et dans son regard, quand il s'anime et veut convaincre. Le lendemain, après avoir étonné ses élèves par la distraction inusitée qu'il eut en faisant son cours, vers quatre heures, comme Mlle Guépin se promenait dans le petit jardinet qui s'étendait derrière la maison, juste assez grand pour contenir deux carrés de légumes, un puits et une plate-bande de giroflées, Paul se hasarda à pénétrer dans cet Éden. La jeune fille paraissait s'y ennuyer prodigieusement. Depuis le déjeuner, elle y faisait prendre l'air à sa rêverie, peut-être y cherchait-elle le serpent. Elle n'y trouva qu'un professeur de philosophie. Mais, ce jour-là, Daniel n'était plus paralysé par une terreur folle, il osa faire la conversation, et comme il avait de l'esprit, et surtout comme il désirait plaire, il sut distraire la charmante Florence qui dut s'avouer que la vie serait vraiment acceptable, à Beaumont, pour peu qu'il s'y trouvât une demi-douzaine de jeunes gens, professeurs ou autres, qui songeraient à mettre en commun leur ingéniosité et leur verve afin de lui procurer de l'amusement.

En attendant elle s'accommoda de son voisin, lui prodigua les sourires, les coquetteries, et l'affola si bien qu'il s'en ouvrit naïvement à sa mère, comme un véritable enfant qu'il était resté pour elle, lui déclarant que, hors de la possession de cette aimable fille, il ne connaissait pas de bonheur possible pour lui dans la vie. La mère Daniel fut très étonnée de cette soudaine éruption que rien n'avait fait prévoir, elle en fut même inquiète. Elle avait à peine soupçonné la présence de la jeune Florence dans la maison, et déjà elle en voyait les effets foudroyants. Son fils, à n'en pas douter, était en proie à une fièvre d'amour qui ne lui laissait plus la libre disposition de ses facultés. Et si le malheur voulait que du côté de la jeune fille il se heurtât à une résistance, très possible sinon probable, qu'allait-il devenir et qu'en pourrait-elle faire ?

Elle essaya de le raisonner, de lui remontrer qu'il était bien jeune, que sa situation, pour assurée qu'elle fût, n'était pas brillante, que la fille de M. Guépin montrait un goût d'élégance et un raffinement de toilette qui détonnaient avec le métier modeste de son père. Elle insinua que la jeune Florence lui semblait évaporée et coquette, et que la gravité du caractère de Paul s'accommoderait mal de cette légèreté. Les femmes de messieurs les professeurs étaient toutes personnes sérieuses et même un peu sévères; elle n'ajouta pas qu'elles étaient toutes laides, ce qui était vrai, et qu'il fallait que la femme de Paul le fût aussi. Il ne lui parut pas que le devoir d'un membre de l'Université dût aller jusqu'à un pareil renoncement professionnel. Elle ajouta à son discours beaucoup d'exclamations et un nombre considérable de soupirs, mais elle n'eut aucune prise sur l'esprit de son fils qui lui déclara, après comme avant, qu'il voulait devenir le mari de Mlle Florence, sous peine de ne prendre aucun plaisir à la vie. La mère Daniel était une brave femme, elle n'avait pas pensé une seule fois à elle-même, à son avenir, en tenant à son fils le langage raisonnable qui venait de le laisser si insensible. Elle dit alors : « Tu veux épouser cette jeune personne. C'est bien, je vais demain en parler à son père. »

Guépin était extrêmement appliqué à cheviller une persienne, quand Mme Daniel se présenta pour parler à son voisin. Celui-ci, sans remettre sa veste, introduisit la mère du jeune professeur dans sa salle à manger, qui était contigüe à son atelier, et pendant que ses ouvriers sciaient, rabotaient, clouaient avec un bruit diabolique, il fit asseoir la visiteuse et lui demanda, en criant, pour se faire entendre, ce qui lui valait le plaisir de la voir. Il se disait en lui-même : « Voilà une brave dame qui a besoin d'une bonne caisse pour serrer ses affaires à l'abri des mites et des papillons, pendant l'été, et qui vient me la commander. » Mme Daniel aussitôt, sans précaution oratoire déclara, en criant aussi, que son fils était amoureux fou de Mlle Florence et qu'il en perdait le boire et le manger. Le menuisier dit : « Fichtre ! » et comprenant qu'il n'était guère possible de continuer une conversation aussi importante au milieu d'un pareil vacarme, il se leva, ouvrit la porte de l'atelier, regarda l'heure au coucou qui battait, ajoutant son tic tac à tous les bruits du travail, et dit : « Garçons, il est 4 heures, tournez-moi les talons, allez goûter. Vous reviendrez à la demie. »

Il ferma la porte, se rapprocha de Mme Daniel et la regardant avec une surprise attendrie : « Alors comme ça, votre fils trouve ma Florence à son gré ? Ça ne m'étonne pas, car c'est une personne très instruite et qui sait se tenir comme dans la société. Il est sûr qu'elle n'est point faite pour épouser un ouvrier comme son père. Mais vous savez, ma voisine, je ne la contrarierai pas, et avant tout il faut que M. le professeur lui plaise. Pour ce qui est de l'instruction, je trouve flatteur d'avoir un gendre savant, moi qui ne suis qu'un âne. Ma Florence aura un joli sac, quand j'aurai fini de travailler le bois, et pour l'instant je lui constitue dix mille francs en dot. » Mme Daniel dut confesser avec un peu de souci que son fils n'aurait rien que ses appointements, mais qu'il pouvait compter sur l'avenir. Un homme de sa valeur n'était pas fait pour s'enterrer toute sa vie dans un lycée de province. Elle prononça le mot de « Paris » et vit la figure du menuisier s'épanouir. Il était évident que le brave homme, si simple et presque humble quand il s'agissait de lui-même, avait rêvé pour sa fille de brillantes destinées. Mais il devint réservé, presque silencieux, à partir de ce moment-là, et accueillit les amplifications de Mme Daniel avec un air de gravité. Il déclara à la voisine qu'il parlerait à sa fille de la proposition qui lui était faite, et que si elle ne la repoussait pas de prime abord, il consulterait certaines gens dans lesquels il avait grande confiance, afin de savoir au juste ce que la carrière d'un professeur de philosophie pouvait offrir de satisfaction à la juste ambition d'une femme.

Mme Daniel, comprenant qu'il n'y avait plus une parole utile à échanger avec Guépin, prit congé de lui en le priant de ne pas laisser languir son fils qui se morfondrait en attendant une réponse. Le menuisier retrouva sa langue pour dire qu'il savait ce que c'était qu'aimer, et qu'il ne voulait faire de chagrin à personne. Il se montra bonhomme, comme au début de l'entretien, et ses ouvriers recommençant à faire rage dans l'atelier, il reconduisit Mme Daniel jusqu'à l'escalier, et lui fit ses adieux en pantomime.

GEORGES OHNET