Samedi 1er Juin 1897


153e jour de l'année


Aujourd'hui,


 Pour entreprendre une longue course en bicyclette

CHRONIQUE DE L’ÉLÉGANCE

Pour entreprendre une longue course en bicyclette, les médecins recommandent une alimentation légère, composée particulièrement de laitage et de viande blanche. En cours de route, boire modérément et particulièrement du lait, que l'on trouve partout, avec quelques biscuits secs dont on peut se munir au départ. En un mot, l'estomac ne doit point être chargé, ce qui procure un grand bien-être et contribue à diminuer la fatigue.

De belles journées telles que celles dont nous jouissons sont entre toutes favorables aux longues excursions.

Une recette
de
Mme de Bonnechere

 Côtelettes de porc frais.

Côtelettes de porc frais — Faites mariner 2 ou 3 jours avec de l’huile, du sel, poivre, persil laurier et girofle, faites-les cuire à la poêle ou sur le gril, servez-les sur une sauce Robert avec des tranches de cornichons. Vous pouvez encore les servir sur une sauce piquante, une sauce ravigote, une sauce tomate, une farce à l’oseille, etc.

 Sirop Follet

Vaincre l'insomnie

Chacun de nous a été visité à ses heures par l’insomnie. Que ne donnerais-je pas pour dormir, avons-nous dit les uns ou les autres à certains jours de malaise ou de souffrance ? Eh bien, voici le sommeil à bon marché : dans un flacon de Sirop de Follet, il y a cinq ou six nuits d’un repos complet, naturel, sans cauchemar, sans aucune suite fâcheuse.

 Nos musées - Fig - 16/12/97

Nos musées.  Si nos musées nationaux sont certes  un des éléments principaux de l'exten-  sion, sans cesse croissante, du sentiment  et du goût artistiques, il faut avouer que  les éditeurs d'objets d'art ont bien droit  à une part dans la propagation de ce  goût et de ce sentiment. Aussi les gale-  ries que l'un d'eux et non des moins  réputés, Frédéric Goldscheider, a  créées avenue de l'Opéra, à l'angle de la  rue des Petits-Champs, jouissent-elles  des préférences justifiées des amateurs  du beau.

 Fleurs et bijoux du jour de l'an - Fig 1/01/97

Jour de l'an


Fleurs et bijoux
du jour de l'an

Etes-vous superstitieuse, madame ? Si oui, vous avez à coup sûr éprouvé quelques appréhensions en recevant des bouquets que la politesse commande de vous offrir à cette fin. d'année, et vous ne serez pas sans vous demander si les bijoux qu'on vous donnera ce matin vont être pour vous un présage heureux ou néfaste de cette année 1897 qui va débuter.

Il est bien entendu que je ne discute pas vos idées sur cette matière on croit à l'influence des pierres, on attache de l'importance aux fleurs et aux couleurs, mais on ne raisonne pas ces impressions-là, je n'ose pas dire ces convictions. Toujours est-il que nombreuses sont les Parisiennes qui ont ces idées-là, ces préjugés si vous voulez. Demandez aux bijoutiers et aux grands fleuristes, ils vous diront combien ces menus détails ont de l'importance dans le choix d'un bijou ou d'un bouquet de prix.

Tous connaissent la signification des couleurs et le langage des fleurs.

Ainsi voici le dictionnaire de quelques nuances que ces spécialistes connaissent bien

Rouge : signifie ardeur, lutte.

Violet : puissance, consolation.

Bleu : confiancgjftendresse.

Vert : mauvaise chance.

Jaune : joie, richesse.

Marron : passé, défiance.

 

Les fleurs aussi ont leur langage et leur signification

 

Le chrysanthème c'est la fleur de l'amitié elle est incompatible avec toute idée d'amour.

Dahlia blanc reconnaissance et remerciement.

Gardènia, blanc élégance, plaisir, honneur.

Jacinthe fidélité.

Marguerite blanche Veuillez croire à mon amour.

Marguerite jaune la fleur des tombes; «Je ne vous aime plus. »

Œillet rouge aventure d'amour, intrigue.

Œillet blanc J'ai confiance.

Lilas blanc amour, volupté.

Lilas mauve amitié, souvenir.

Jonquille le désir.

Camélia talent.

Rose beauté.

 

Ce sont là des énonciations fort connues de ceux que ces détails intéressent mais il est d'autres indications minutieuses qui font partie des sciences occultes et que seuls quelques initiés savent. Afin de ne pas errer sur ce sujet frivole mais d'une importance réelle pour les esprits prévenus, je suis allé demander des détails précis, certains, à Mme de-Thèbes, la chiromancienne qu'Alexandre Dumas fils, qui croyait fort à tous ces à-côté de l'invisible, à lancée dans la voie tracée par Desbarolles. Détail curieux: quand Alexandre Dumas fils est mort, il a laissé inachevé un article sur Mme de Thèbes et sur la science des mains. Je voudrais que cela paraisse dans- le Figaro, disait-il à un intime.

La mort ne lui a pas permis d'achever cette étude il serait peut-être intéressant de retrouver les feuillets commencés.

Mme de Thèbes a hérité du moulage des deux mains du célèbre écrivain, et de la plume avec laquelle il écrivit Frartcillon. Je lui montre les énonciations que je viens de transcrire et elle me donne ma petite consultation, sachant que je n'en abuserai ni pour la raillerie ni pour la médisance.

— Aux couleurs, me dit.elle, vous pouvez ajouter que le vert est l'indice de la mauvaise chance, du manque d'argent; le jaune, celle de l'infidélité. Pour les fleurs, ajoutez aussi que la bruyère est la fleur triste, la pensée la fleur de deuil et la tulipe la fleur souvent fatale.

J'interroge étonné.

— Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien, mais on a remarqué qu'en Hollande presque tous les fleuristes qui se livrent à la culture des tulipes meurent de mort violente ou éprouvent des désastres. Cela est facile à vérifier; je pourrais vous citer vingt exemples. Les occultistes vous diront que si vous voulez porter malheur à un ennemi, vous pouvez lui envoyer des tulipes.

— Nous supprimons donc les tulipes ?

— Absolument. Par exemple je.vous recommande les roses, les lilas et les violettes; la corbeille qui les contiendra devra toujours avoir un ruban rouge, couleur de chance. Voulez-vous qu'il arrive un. événement heureux à une dame ? envoyez-lui un bouquet à un moment où elle ne s'y attend pas, c'est immanquable. Pourquoi? Je ne sais pas exactement, c'est encore le produit de l'observation.

— Et les bijoux, madame, les bijoux, n'ont-ils pas aussi leurs avantages et leurs défaveurs ?

— Je crois bien; tout dépend.du reste de la couleur de la personne qui offre le bijou.

— Vous n'enverrez pas à une brune les même pierres qu'à une blonde le métal lui-même a une influence, c'est un conducteur de la joie et des maléfices. A une brune vous enverrez des bijoux ou l'argent dominera; l'argent est le métal qui donne l'inspiration, la fantaisie les brunes étant d'habitude plus positives, l'argent leur donnera ce qui leur manque l'amour, de l'idéal et de la poésie.

— Et les blondes ?

— C'est tout le contraire,; les blondes sont des impulsives elles sont, sous ll'influence de la lune, des «lunatiques», comme on dit; elles n'ont pas besoin d'être poussées vers l'idéal : à celles-là envoyez des bijoux où l'or domine; l'or les pondérera, calmera-leurs fantaisies et au besoin arrêtera leurs écarts.

— Voici pour les montures; mais pour les pierres ?

— Aux blondes, donnez des rubis ou des grenats, pierres de sagesse qui sont comme des serre-freins de l'instinct. Aux brunes offrez l'améthyste, la pierre de l'espérance, l'émeraude qui est un porte-veine la topaze est excellente pour les blondes, de même la turquoise et le saphir.

— Et les diamants ?

— Tout le monde peut en porter, c'est la pierre de l'élégance sans propriétés et sans dangers.

— Alors, vous croyez à l'influence des pierres sur les personnes qui les portent ?

— Mais oui; les pointes attirent bien la foudre, pourquoi des pierres n'attireraient-elles pas les sensations et les sentiments gais, tristes, mélancoliques ou folâtres ?

Mme de Thêbes me fait là-dessus une longue théorie fort originale.

Sans prendre parti entre les incrédules qui raillent par principe et les croyants qui admettent tout les yeux fermés, il était curieux de résumer ces données qui reposent sur des légendes anciennes, des superstitions parfois, des expériences souvent et des traditions conservées avec respect. Pourquoi les Italiens, même les plus graves, portent-ils une branche de corail à leur chaîne de montre, croyant annihiler l'influence des gens qui ont le mauvais œil ?

Mais, favorables ou funestes, vraies ou erronées, ces croyances étaient bonnes à résumer, comme fantaisie mondaine, au matin du jour de l'an.

Jean-Bernard.
Le Figaro — 1er janvier 1897
 La Brodéine

La Brodéine

Le moment est venu de signaler à nos aimables lectrices le succès toujours grandissant de cette intéressante nouveauté qui permet de faire en, quelques instants, sur n’importe quel tissu, les broderies les plus variées et les plus charmantes.

Nous avons pu admirer chez Plan et Cie, 24, rue des Petites-Écuries, des ouvrages en broderie qui sont de petits chefs-d’œuvre que toute personne de goût voudra faire elle-même, d’autant plus que MM. Plan et Cie, contrairement à nombre d’inventeurs, au lieu de garder jalousement leur secret, le donnent à tout le monde. À cet effet, ils viennent de faire paraître un supplément à leur notice qui donne toutes les indications utiles pour faire immédiatement les plus ravissantes broderies. Cette notice et le supplément sont envoyés franco. La maison Plan et Cie met en vente ses merveilleux coffrets contenant tout ce qui est nécessaire pour l’exécution de la Brodéine, payables en mandat- poste, au prix franco de la boite scolaire, 5 fr. 80 ; la boite primaire, 10 fr. 80; coffret n° 1,15 fr. 80 ; coffret no 2. 20fr. 80; coffret n° 3, 25fr. 80.

C’est le plus joli cadeau à faire à une dame.

Il y a des poudres de riz à tous les prix, mais les personnes soucieuses de leur santé ont adopté la Poudre Simon, dont le suave parfum obtient partout le plus vif succès.

N°4 ― Le feuilleton du journal

 Le prélat, sans répondre, fit quelques pas dans la bibliothèque

Le prélat, sans répondre, fit quelques pas dans la bibliothèque, réfléchissant, puis sans dissimuler son ennuî :

— Le curé de Favières est trop ardent, ce n'est pas douteux, et pourtant je ne puis blâmer son zèle, puisqu'il ne s'exerce qu'au pro- fit de la Religion. Ah ! le tact ! Le tact ! Dans la situation où le clergé se trouve, c'est la première des qualités, la seule peut-être qu'il faille exiger d'un prêtre. Et voilà cet abbé Daniel qui met sens des- sus dessous tout l'arrondissement, à l'heure où nous avons besoin de temporiser, presque de nous effacer. Vous voyez ce qui se passe dans le monde politique. Les modérés sont aux prises avec les violents. Le socialisme, par son audace, essaie de donner l'illusion de la force. Soixante insurgés prétendent opprimer le pays tout entier et détruire les assises séculaires de la société française. Il ne s'écoulera pas deux ans, avant que le gouvernement débordé se voie obligé, pour se défendre, de recourir à l'influence de l'Église, qui ne lui marchandera pas ses oflices pour une œuvre de sauvetage. Il faudrait donc ne fournir aucun motif d'inquiétude, ne se prêter à aucun conflit, tout apaiser, tout calmer, tout endormir. Et c'est juste le moment que le curé choisit pour déchaîner la guerre !

— Mais, Monseigneur, ce n'est pas lui qui la déchaîne, c'est ce Lefrançois. L'abbé Daniel fait, dans son village, ce que Votre Grandeur fait dans son diocèse. Seulement, au lieu d'avoir affaire, comme vous, à des indifférents, il se heurte, lui, à des ennemis. La religion, croyez-le bien, n'a rien à voir dans l'hostilité du maire. Si vous voulez que je vous dise les raisons véritables de cette animosité, vous comprendrez que, sous peine de livrer une victime à son bour- reau, vous ne pouvez abandonner votre curé à son maire. Mais vous allez me reprocher encore de faire des cancans, aussi je m'abstiens...

L'évêque s'assit près de la table, et regardant son jeune secrétaire avec une spirituelle bonhomie :

— Il faut bien que je vous entende, maintenant, sous peine de paraître ne pas vouloir m'éclairer. Allons, parlez, puisque vous avez tant de choses à dire. Mais tâchez de n'être pas trop scandaleux.

— Monseigneur, dit l'abbé de Préfont en riant, je n'ajouterai pas aux faits, ils suffiront. Mais votre curé Daniel, comme son glorieux patron, a eu affaire aux lions dévorants, et il les a domptés par la pureté de son regard. Il a été plongé dans la fournaise et il l'a traversée sans dommage, incessit per ignés, et il ne s'est pas brûlé.

— Allons ! Vous ne prêchez pas. Épargnez-moi les citations, interrompit gaiement Mgr Espérandieu.

— Donc, Monseigneur, l’abbé Daniel est né à Beaumont. Son père était ingénieur des ponts et chaussées. Il mourut jeune encore, lorsque son fils venait de faire sa première communion, ne laissant aucune fortune à sa veuve. Mme Daniel prit des résolutions très promptes et très fermes. Elle mit le petit Paul interne au collège de Beauvais, et se retira à Berthencourt, dans une modeste maison qui lui venait de ses parents, et où elle savait pouvoir vivre avec ses très faibles ressources. Pendant que Mme Daniel cultivait son jardin et se distrayait du binage des pommes de terre par la greffe des rosiers, son fils faisait de brillantes études. C'était un cerveau bien conformé que le travail échauffait sans le lasser. C'était aussi une nature ardente et très passionnée, incapable d'indifférence. Il aimait ou détestait, sans moyen terme. Vous voyez. Monseigneur, dès le début de sa vie, il se montrait tel qu'il devait être plus tard, avec ses larges enthousiasmes, ses répugnances obstinées, tout d'une pièce, et assurément déplacé dans le siècle d'opportunisme où nous vivons. Mettez ce tempérament d'apôtre et de martyr aux prises avec les convulsions religieuses et politiques du XVè siècle, vous avez un Savonarole, peut-être un Luther. Il s'était pris d'affection pour un de ses camarades de classe, Bernard Letourneur.

— Le fils de l'ancien Président du Conseil général de l'Oise ?

— Oui, Monseigneur, le grand éleveur de Sarmonville, celui qui possédait des trotteurs si extraordinaires et qui faisait courir. Ber nard était donc un gros garçon, beau, taillé en force, très paresseux, ayant beaucoup d'argent dans sa poche, car son père avait la main large avec lui. Tout l'opposé de Paul Daniel. Et peut-être ce contraste si complet entre l'insuffisance physique de l'un et la faiblesse intellectuelle de l'autre fut-il la raison déterminante de l'affection qui unit les deux écoliers. Dans toutes les circonstances on les trouvait unis. Quand il s'agissait de se battre, c'était Letourneur qui retroussait ses manches. Quand il fallait traduire une version ou débrouiller un thème, c'était Daniel qui fouillait le dictionnaire. Ils finirent ainsi leurs études. Seulement quand il s'agit de passer des examens, chacun dut s'y présenter pour son compte, et Daniel ne put aider Letourneur. Le beau garçon resta sur le carreau, pendant que son camarade triomphait. Mais il ne lui en voulut pas de cette différence de traitement. Ses puissants pectoraux et sa haute taille le consolèrent des succès scolaires de Paul. Et, à tout considérer, si on lui eût donné le choix entre les fortes connaissances acquises par son ami et la solide charpente dont l'avait doué la nature, il est plus que probable qu'il eût préféré rester un homme superbe que de devenir un savant remarquable. Mais l'existence qui s'offrait aux deux amis devait être si différente à raison de leurs tendances et de leurs aptitudes que l'intimité presque fraternelle qui les avait unis jusqu'à ce jour cessa brusquement. Daniel entra à l'École normale et Letourneur demeura auprès de son père, dans la large et plantureuse vie que menait le riche propriétaire de Sarmonville. Pendant que Paul continuait son labeur de bénédictin et se préparait à l'agrégation de philosophie, Bernard chassait, dépensait beaucoup d'argent, et obtenait de brillants succès auprès des dames. On connaît ses bonnes fortunes. Il n'était pas très discret. J'épargnerai ce dénombrement à Votre Grandeur pour arriver plus vite au point capital de mon récit, c'est-à-dire à l'entrée de Daniel dans les ordres et à ses différends avec M. Lefrançois.

GEORGES OHNET