Jeudi 4 Avril 1897


95e jour de l'année


Aujourd'hui,


 femme avocate

CHRONIQUE DE L'ÉLÉGANCE

La promptitude avec laquelle on saisit chez nous les moindres incidents de la vie parisienne a déjà donné naissance à une charmante fantaisie, la femme avocate.

Une délicieuse poupée, vêtue de satin blanc, à la dernière mode, à laquelle on fait endosser la toge et le bonnet d'avocat.

Le portefeuille sous le bras, ce nouveau bibelot n'est autre qu'une boîte à bonbons. On pourra marivauder agréablement sur les « douceurs » de l'éloquence féminine, en offrant, sous cette nouvelle forme, fondants et chocolats.

Une recette
de
Mme de Bonnechere

 Débris de canard à la choucroute.

Débris de canard à la choucroute. — Mettez à cuire de la choucroute dans du bouillon avec lard et cervelas ; lorsque la choucroute est à demi cuite, retirez lard et cervelas et mettez à la place les débris de canard ; laissez la choucroute finir de cuire et servez les débris de canard entourés de la choucroute, du lard et du cervelas coupés en morceaux.

 Pommade contre  les gerçures des

Pommade contre
les gerçures des lèvres

Par le temps de froid, les lèvres se gercent et se coupent ; nos lectrices nous sauront gré de leur donner en ce moment la recette d’une très bonne pommade qui guérit ces gerçures et peut même en prévenir la formation :

Cire vierge 12 gr

Huile d’olive.. 66 gr

Faire fondre la cire sur un feu doux ; y ajouter l’huile ; bien mélanger et laisser refroidir.

 DISTINCTION - APENTA

DISTINCTION

II y a fagots et fagots. Il y a de même eaux purgatives et eaux purgatives. Mais pour ces dernières le choix est plus délicat, car de leur emploi dépend la santé, notre bien le plus précieux. C'est se tromper grossièrement que de croire qu'il suffit à une eau du purger pour être bonne. Il lui faut évidemment débarrasser l'intestin, mais elle doit, de plus, éliminer et neutraliser les principes morbides que celui-ci peut contenir. C'est le cas de l'Eau Apenta qui, la plus riche en sulfate de magnésie, est la seule où se trouvent aussi en solution les sels de lithine, de fer, etc., composés qui produisent une influence très heureuse sur nos organes.

Le rapport de l'éminent professeur Pouchet prouve surabondamment la supériorité de l’Apenta sur les autres eaux purgatives.

Voici du reste en quels termes il s'explique

« C'est une eau constante dans sa composition. La prédominance du sulfate de magnésie, la présence du fer, du lithium, du bicarbonate  de soude, les traces de brome, de bore, de fluor et de thallium sont autant d'avantages qui appellent sur cette eau purgative l'attention des thérapeutes et la recommandent aux médecins. »

 Fleurs et bijoux du jour de l'an - Fig 1/01/97

Jour de l'an


Fleurs et bijoux
du jour de l'an

Etes-vous superstitieuse, madame ? Si oui, vous avez à coup sûr éprouvé quelques appréhensions en recevant des bouquets que la politesse commande de vous offrir à cette fin. d'année, et vous ne serez pas sans vous demander si les bijoux qu'on vous donnera ce matin vont être pour vous un présage heureux ou néfaste de cette année 1897 qui va débuter.

Il est bien entendu que je ne discute pas vos idées sur cette matière on croit à l'influence des pierres, on attache de l'importance aux fleurs et aux couleurs, mais on ne raisonne pas ces impressions-là, je n'ose pas dire ces convictions. Toujours est-il que nombreuses sont les Parisiennes qui ont ces idées-là, ces préjugés si vous voulez. Demandez aux bijoutiers et aux grands fleuristes, ils vous diront combien ces menus détails ont de l'importance dans le choix d'un bijou ou d'un bouquet de prix.

Tous connaissent la signification des couleurs et le langage des fleurs.

Ainsi voici le dictionnaire de quelques nuances que ces spécialistes connaissent bien

Rouge : signifie ardeur, lutte.

Violet : puissance, consolation.

Bleu : confiancgjftendresse.

Vert : mauvaise chance.

Jaune : joie, richesse.

Marron : passé, défiance.

 

Les fleurs aussi ont leur langage et leur signification

 

Le chrysanthème c'est la fleur de l'amitié elle est incompatible avec toute idée d'amour.

Dahlia blanc reconnaissance et remerciement.

Gardènia, blanc élégance, plaisir, honneur.

Jacinthe fidélité.

Marguerite blanche Veuillez croire à mon amour.

Marguerite jaune la fleur des tombes; «Je ne vous aime plus. »

Œillet rouge aventure d'amour, intrigue.

Œillet blanc J'ai confiance.

Lilas blanc amour, volupté.

Lilas mauve amitié, souvenir.

Jonquille le désir.

Camélia talent.

Rose beauté.

 

Ce sont là des énonciations fort connues de ceux que ces détails intéressent mais il est d'autres indications minutieuses qui font partie des sciences occultes et que seuls quelques initiés savent. Afin de ne pas errer sur ce sujet frivole mais d'une importance réelle pour les esprits prévenus, je suis allé demander des détails précis, certains, à Mme de-Thèbes, la chiromancienne qu'Alexandre Dumas fils, qui croyait fort à tous ces à-côté de l'invisible, à lancée dans la voie tracée par Desbarolles. Détail curieux: quand Alexandre Dumas fils est mort, il a laissé inachevé un article sur Mme de Thèbes et sur la science des mains. Je voudrais que cela paraisse dans- le Figaro, disait-il à un intime.

La mort ne lui a pas permis d'achever cette étude il serait peut-être intéressant de retrouver les feuillets commencés.

Mme de Thèbes a hérité du moulage des deux mains du célèbre écrivain, et de la plume avec laquelle il écrivit Frartcillon. Je lui montre les énonciations que je viens de transcrire et elle me donne ma petite consultation, sachant que je n'en abuserai ni pour la raillerie ni pour la médisance.

— Aux couleurs, me dit.elle, vous pouvez ajouter que le vert est l'indice de la mauvaise chance, du manque d'argent; le jaune, celle de l'infidélité. Pour les fleurs, ajoutez aussi que la bruyère est la fleur triste, la pensée la fleur de deuil et la tulipe la fleur souvent fatale.

J'interroge étonné.

— Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien, mais on a remarqué qu'en Hollande presque tous les fleuristes qui se livrent à la culture des tulipes meurent de mort violente ou éprouvent des désastres. Cela est facile à vérifier; je pourrais vous citer vingt exemples. Les occultistes vous diront que si vous voulez porter malheur à un ennemi, vous pouvez lui envoyer des tulipes.

— Nous supprimons donc les tulipes ?

— Absolument. Par exemple je.vous recommande les roses, les lilas et les violettes; la corbeille qui les contiendra devra toujours avoir un ruban rouge, couleur de chance. Voulez-vous qu'il arrive un. événement heureux à une dame ? envoyez-lui un bouquet à un moment où elle ne s'y attend pas, c'est immanquable. Pourquoi? Je ne sais pas exactement, c'est encore le produit de l'observation.

— Et les bijoux, madame, les bijoux, n'ont-ils pas aussi leurs avantages et leurs défaveurs ?

— Je crois bien; tout dépend.du reste de la couleur de la personne qui offre le bijou.

— Vous n'enverrez pas à une brune les même pierres qu'à une blonde le métal lui-même a une influence, c'est un conducteur de la joie et des maléfices. A une brune vous enverrez des bijoux ou l'argent dominera; l'argent est le métal qui donne l'inspiration, la fantaisie les brunes étant d'habitude plus positives, l'argent leur donnera ce qui leur manque l'amour, de l'idéal et de la poésie.

— Et les blondes ?

— C'est tout le contraire,; les blondes sont des impulsives elles sont, sous ll'influence de la lune, des «lunatiques», comme on dit; elles n'ont pas besoin d'être poussées vers l'idéal : à celles-là envoyez des bijoux où l'or domine; l'or les pondérera, calmera-leurs fantaisies et au besoin arrêtera leurs écarts.

— Voici pour les montures; mais pour les pierres ?

— Aux blondes, donnez des rubis ou des grenats, pierres de sagesse qui sont comme des serre-freins de l'instinct. Aux brunes offrez l'améthyste, la pierre de l'espérance, l'émeraude qui est un porte-veine la topaze est excellente pour les blondes, de même la turquoise et le saphir.

— Et les diamants ?

— Tout le monde peut en porter, c'est la pierre de l'élégance sans propriétés et sans dangers.

— Alors, vous croyez à l'influence des pierres sur les personnes qui les portent ?

— Mais oui; les pointes attirent bien la foudre, pourquoi des pierres n'attireraient-elles pas les sensations et les sentiments gais, tristes, mélancoliques ou folâtres ?

Mme de Thêbes me fait là-dessus une longue théorie fort originale.

Sans prendre parti entre les incrédules qui raillent par principe et les croyants qui admettent tout les yeux fermés, il était curieux de résumer ces données qui reposent sur des légendes anciennes, des superstitions parfois, des expériences souvent et des traditions conservées avec respect. Pourquoi les Italiens, même les plus graves, portent-ils une branche de corail à leur chaîne de montre, croyant annihiler l'influence des gens qui ont le mauvais œil ?

Mais, favorables ou funestes, vraies ou erronées, ces croyances étaient bonnes à résumer, comme fantaisie mondaine, au matin du jour de l'an.

Jean-Bernard.
Le Figaro — 1er janvier 1897
 Hygiène - Beauté

Hygiène - Beauté

Il est probable, Mesdames, que beaucoup d’entre vous ont déjà eu recours aux nombreux laxatifs connus pour combattre cette malheureuse indisposition dont on ne se préoccupe pas assez, et dont les malaises consécutifs sont l’origine de bien des maladies. Non seulement la constipation altère la santé, mais on peut dire qu’elle détruit la beauté. Ce n’est un secret pour personne que la constipation est la cause de migraines, qu’elle trouble la digestion, qu’elle donne mauvaise haleine et, ce qui est pis encore pour vous, Mesdames, elle vous fait perdre votre joli teint, elle cerne vos beaux yeux, et, conséquence grave, elle épaissit votre taille jusqu’à l’embonpoint.

Le professeur Trousseau écrivait : « Un grand nombre d’accidents morbides dont la cause paraît inconnue sont dus à un état de constipation habituelle. Loin de moduler heureusement la constipation, les purgatifs l’augmentent et la rendent presque invincible.

Seul un léger laxatif peut vaincre la constipation. La thérapeutique française s’est enrichie d’un laxatif qui a fait ses preuves dans les hôpitaux et n’a aucun des inconvénients des produits similaires : ce n’est autre chose qu’une plante de nos pays, La Bourdaine.

Étudié depuis plusieurs années, grâce à sa pureté absolue, ce laxatif donne des résultats merveilleux et ne dégrade pas l’estomac. C’est pourquoi je n’hésite pas à recommander à mes lectrices ce laxatif présenté sous forme de pilules sous le nom de Grains de Plombières, une à deux le soir avant le repas pour obtenir le lendemain un effet certain sans malaise.

Dr A.-V.

Il y a des poudres de riz à tous les prix, mais les personnes soucieuses de leur santé ont adopté la Poudre Simon, dont le suave parfum obtient partout le plus vif succès.

N°12 ― Le feuilleton du journal

 La réponse offrait matière à réf

La réponse offrait matière à réflexion et quelqu'un qui eût été de sang-froid, ne se fût pas fait faute sur-le-champ de demander pourquoi M. Guépin avait pris le parti d'éloigner sa fille. Mais la présence de celle qu'il aimait avait en quelque sorte affolé Daniel. Il ne songeait qu'à la regarder, à lui prendre les mains, et surtout à l'entraîner du côté d'un petit jardin qui s'ouvrait à eux, propice aux confidences. Florence, qui sans doute préférait, s'il y avait des explications à donner, ne les risquer qu'en tête à tête, se laissa conduire par son fiancé hors de la salle, et laissa égoïstement Bernard en présence de la tante ravie d'avoir à faire les honneurs de chez elle à un aussi beau monsieur. Or, pendant que le naïf Daniel se laissait conter par Mlle Guépin tout ce qu'elle voulait lui faire croire, le malin Letourneur s'était mis en tête de confesser la vieille dame et de lui tirer la vérité sur le cas de sa nièce.

Il manœuvrait si bien que, au bout de vingt minutes, grâce à quelques questions habilement posées, il avait acquis la certitude que le père Guépin était décidé à ne pas donner suite au mariage de sa fille avec le professeur de philosophie. Certes c'était une union très sortable, mais on lui avait offert un gendre plus avantageux. Le petit séjour de Florence, chez sa tante, était tout bonnement destiné à couper court aux relations quotidiennes des deux jeunes gens, et à préparer une rupture en douceur. La vieille dame se lamenta beaucoup sur le triste sort de ce pauvre jeune homme, qui paraissait si honnête, elle blâma la duplicité du menuisier qui « du reste était peu droit de nature et n'avait pas donné à la défunte Mme Guépin tout le bonheur qu'elle méritait ». Elle ne craignit pas d'insinuer qu'il buvait un peu, ce qui était vrai, et qu'en conséquence il n'avait pas toujours sa tête à lui. Quant à Florence, c'était un bijou, une vraie perle, qui méritait d'être la femme d'un prince. Le prince rêvé par la jeune fille, et dont elle avait vaguement parlé à sa tante, apparaissait là, pour expliquer la trahison.

Bernard voulut pousser la tante à des révélations plus précises, mais comme elle ne savait rien, elle ne put rien raconter. L'heure s'avançant, les fiancés abandonnèrent leurs plates-bandes et reparurent dans la maison parfaitement d'accord en apparence. La belle Guépin avait prodigué à son fiancé les assurances les plus satisfaisantes, et promis de revenir à Beaumont vers la fin de la semaine. Comme ce n'était que trois jours à attendre, Daniel s'accommodait du délai, et, après quelques politesses à la tante, afin de réparer, autant qu'il était en lui, l'effet, qu'il jugeait fâcheux, de son arrivée inattendue, il reprit avec son ami la route du chemin de fer.

Il était si parfaitement content que Bernard eut conscience de, le troubler par ses appréciations sur l'attitude de sa fiancée, et les confidences de la tante. Il attendit que le train fût parti pour poser à son ami quelques questions qui parurent à celui-ci tellement anormales qu'une inquiétude soudaine succéda à sa rayonnante sérénité.

— En somme, qu'est-ce qu'elle t'a dit, ta bonne amie, demanda Bernard, pendant que vous vous promeniez dans le jardin le long du buis familial ?

— Elle m'a dit que son père avait exigé qu'elle allât voir sa tante, qui est sa seule parente, et dont elle doit hériter, afin de la bien disposer pour moi...

— Ah ! Et tu crois qu'il fallait huit jours pour obtenir ce résultat ? Et surtout qu'il était indispensable de ne pas te prévenir ?

Les soupçons de Daniel, dissipés par la joie de l'entrevue, reparurent plus pressants et plus nombreux. Il se retrouva tel qu'au départ de Beaumont, avant d'avoir causé une heure avec Florence. Il s'avoua qu'il était furieusement naïf, et que Mlle Guépin avait l'air de ne lui raconter que ce qu'elle voulait qu'il crût. Bernard ne lui laissa aucun doute à cet égard. Il poursuivit :

— Pendant que tu marivaudais, en effeuillant des marguerites, avec cette jolie blonde, car elle est bien jolie, il n'y a pas à le nier, moi je tirais les vers du nez de sa vieille bécasse de tante qui m'avouait avec candeur que le pochard de menuisier... car tu ignores peut-être que Guépin a une fâcheuse tendance à lever le coude, — que ton pseudo-beau-père enfin, avait en vue un candidat nouveau, avec lequel tu ne pouvais pas entrer en comparaison, et qui, par sa situation, mettrait sa femme à la hauteur de tout ce qu'il y a de plus huppé dans le département. Il s'agirait du petit vicomte de Perceval, qui a trois cent mille francs de rentes, et le bateau de Marquiset, ou du baron de Larmoise qui fait courir, ou de Goguelat le sénateur, que la bonne dame n'en aurait pas eu plus gros dans le bec. Mais tout cela importe peu ! Ce qui est à retenir c'est que tu es berné, qu'on est en train de se servir de toi pour amorcer un gros prétendant, et que la petite, si tu n'y mets pas bon ordre, va te passer devant le nez.

Daniel tomba dans un silence morne. L'hypocrisie lui faisait horreur, il ne comprenait pas qu'on pût tromper, et, pendant une heure, il en avait la preuve, Florence n'avait fait qu'abuser de sa confiance, de sa tendresse, et entassé mensonges sur mensonges. Il dit d'une voix étouffée :

— Comment croire à une pareille infamie ? C'est à douter de tout !

GEORGES OHNET