Dimanche 28 Septembre 1897


271e jour de l'année


Aujourd'hui,


 La culture des fleurs sur les fenêtres

CHRONIQUE DE L'ÉLÉGANCE

La culture des fleurs sur les fenêtres, très en faveur à Londres, ne suffit plus au goût si vif des Anglais pour les fleurs. A l'exemple de l'Amérique, on crée de véritables jardins sur le toit des habitations construites en terrasse.

Une des plus importantes maisons de Piccadilly a créé ainsi un véritable jardin, et, par suite de soins très entendus, on est arrivé à des résultats merveilleux. C'est une des parures de Londres, où l'aspect générai des maisons est beaucoup moins architectural qu'à Paris, que ces longs cordons de fleurs disposées avec goût, s'enchaînant de façade en façade, et entretenues avec un soin méticuleux. Ce décor de fleurs, artistement disposé dans les bow-window, donne beaucoup de gaieté et de fraîcheur à l'intérieur des appartements. On s'étonne qu'à Paris, où l'amour des fleurs est poussé également à un très haut point, cette coutume ne soit pas plus générale. Il n'y faut qu'un peu d'organisation et de soins. Les fleurs cultivées ainsi à l'extérieur demandent moins d'entretien que les plantes d'appartement, si encombrantes dès qu'on ne dispose pas d'un vaste espace. Si elles n'excluent pas les bouquets, elles font aux pièces que l'on habite une sorte d'horizon naturel beaucoup plus riant que le mur du voisin.

Une recette
de
Mme de Bonnechere

 Poulets aux petit pois.

Poulets aux petit pois. — Mettez du beurre dans une casserole, faites-y revenir un quart de lard, puis le poulet, mouillez à l’eau tiède mélangée d’extrait de viande, ajoutez petits pois, oignons, sucre en poudre, couvrez la casserole, laissez cuire à feu doux une heure, dressez sur un plat chaud et servez.

 Sirop Follet

Vaincre l'insomnie

Chacun de nous a été visité à ses heures par l’insomnie. Que ne donnerais-je pas pour dormir, avons-nous dit les uns ou les autres à certains jours de malaise ou de souffrance ? Eh bien, voici le sommeil à bon marché : dans un flacon de Sirop de Follet, il y a cinq ou six nuits d’un repos complet, naturel, sans cauchemar, sans aucune suite fâcheuse.

 Les médecins recommandent Boboeufé

Les médecins recommandent le Phénol Boboeuf comme le désinfectant le plus puissant et le plus hygiénique. Répandu dans l’atmosphère, il assainit et purifie l’air. Ce précieux antiseptique est aussi le préservatif le plus efficace contre les épidémies et les épizooties.

 Fleurs et bijoux du jour de l'an - Fig 1/01/97

Jour de l'an


Fleurs et bijoux
du jour de l'an

Etes-vous superstitieuse, madame ? Si oui, vous avez à coup sûr éprouvé quelques appréhensions en recevant des bouquets que la politesse commande de vous offrir à cette fin. d'année, et vous ne serez pas sans vous demander si les bijoux qu'on vous donnera ce matin vont être pour vous un présage heureux ou néfaste de cette année 1897 qui va débuter.

Il est bien entendu que je ne discute pas vos idées sur cette matière on croit à l'influence des pierres, on attache de l'importance aux fleurs et aux couleurs, mais on ne raisonne pas ces impressions-là, je n'ose pas dire ces convictions. Toujours est-il que nombreuses sont les Parisiennes qui ont ces idées-là, ces préjugés si vous voulez. Demandez aux bijoutiers et aux grands fleuristes, ils vous diront combien ces menus détails ont de l'importance dans le choix d'un bijou ou d'un bouquet de prix.

Tous connaissent la signification des couleurs et le langage des fleurs.

Ainsi voici le dictionnaire de quelques nuances que ces spécialistes connaissent bien

Rouge : signifie ardeur, lutte.

Violet : puissance, consolation.

Bleu : confiancgjftendresse.

Vert : mauvaise chance.

Jaune : joie, richesse.

Marron : passé, défiance.

 

Les fleurs aussi ont leur langage et leur signification

 

Le chrysanthème c'est la fleur de l'amitié elle est incompatible avec toute idée d'amour.

Dahlia blanc reconnaissance et remerciement.

Gardènia, blanc élégance, plaisir, honneur.

Jacinthe fidélité.

Marguerite blanche Veuillez croire à mon amour.

Marguerite jaune la fleur des tombes; «Je ne vous aime plus. »

Œillet rouge aventure d'amour, intrigue.

Œillet blanc J'ai confiance.

Lilas blanc amour, volupté.

Lilas mauve amitié, souvenir.

Jonquille le désir.

Camélia talent.

Rose beauté.

 

Ce sont là des énonciations fort connues de ceux que ces détails intéressent mais il est d'autres indications minutieuses qui font partie des sciences occultes et que seuls quelques initiés savent. Afin de ne pas errer sur ce sujet frivole mais d'une importance réelle pour les esprits prévenus, je suis allé demander des détails précis, certains, à Mme de-Thèbes, la chiromancienne qu'Alexandre Dumas fils, qui croyait fort à tous ces à-côté de l'invisible, à lancée dans la voie tracée par Desbarolles. Détail curieux: quand Alexandre Dumas fils est mort, il a laissé inachevé un article sur Mme de Thèbes et sur la science des mains. Je voudrais que cela paraisse dans- le Figaro, disait-il à un intime.

La mort ne lui a pas permis d'achever cette étude il serait peut-être intéressant de retrouver les feuillets commencés.

Mme de Thèbes a hérité du moulage des deux mains du célèbre écrivain, et de la plume avec laquelle il écrivit Frartcillon. Je lui montre les énonciations que je viens de transcrire et elle me donne ma petite consultation, sachant que je n'en abuserai ni pour la raillerie ni pour la médisance.

— Aux couleurs, me dit.elle, vous pouvez ajouter que le vert est l'indice de la mauvaise chance, du manque d'argent; le jaune, celle de l'infidélité. Pour les fleurs, ajoutez aussi que la bruyère est la fleur triste, la pensée la fleur de deuil et la tulipe la fleur souvent fatale.

J'interroge étonné.

— Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien, mais on a remarqué qu'en Hollande presque tous les fleuristes qui se livrent à la culture des tulipes meurent de mort violente ou éprouvent des désastres. Cela est facile à vérifier; je pourrais vous citer vingt exemples. Les occultistes vous diront que si vous voulez porter malheur à un ennemi, vous pouvez lui envoyer des tulipes.

— Nous supprimons donc les tulipes ?

— Absolument. Par exemple je.vous recommande les roses, les lilas et les violettes; la corbeille qui les contiendra devra toujours avoir un ruban rouge, couleur de chance. Voulez-vous qu'il arrive un. événement heureux à une dame ? envoyez-lui un bouquet à un moment où elle ne s'y attend pas, c'est immanquable. Pourquoi? Je ne sais pas exactement, c'est encore le produit de l'observation.

— Et les bijoux, madame, les bijoux, n'ont-ils pas aussi leurs avantages et leurs défaveurs ?

— Je crois bien; tout dépend.du reste de la couleur de la personne qui offre le bijou.

— Vous n'enverrez pas à une brune les même pierres qu'à une blonde le métal lui-même a une influence, c'est un conducteur de la joie et des maléfices. A une brune vous enverrez des bijoux ou l'argent dominera; l'argent est le métal qui donne l'inspiration, la fantaisie les brunes étant d'habitude plus positives, l'argent leur donnera ce qui leur manque l'amour, de l'idéal et de la poésie.

— Et les blondes ?

— C'est tout le contraire,; les blondes sont des impulsives elles sont, sous ll'influence de la lune, des «lunatiques», comme on dit; elles n'ont pas besoin d'être poussées vers l'idéal : à celles-là envoyez des bijoux où l'or domine; l'or les pondérera, calmera-leurs fantaisies et au besoin arrêtera leurs écarts.

— Voici pour les montures; mais pour les pierres ?

— Aux blondes, donnez des rubis ou des grenats, pierres de sagesse qui sont comme des serre-freins de l'instinct. Aux brunes offrez l'améthyste, la pierre de l'espérance, l'émeraude qui est un porte-veine la topaze est excellente pour les blondes, de même la turquoise et le saphir.

— Et les diamants ?

— Tout le monde peut en porter, c'est la pierre de l'élégance sans propriétés et sans dangers.

— Alors, vous croyez à l'influence des pierres sur les personnes qui les portent ?

— Mais oui; les pointes attirent bien la foudre, pourquoi des pierres n'attireraient-elles pas les sensations et les sentiments gais, tristes, mélancoliques ou folâtres ?

Mme de Thêbes me fait là-dessus une longue théorie fort originale.

Sans prendre parti entre les incrédules qui raillent par principe et les croyants qui admettent tout les yeux fermés, il était curieux de résumer ces données qui reposent sur des légendes anciennes, des superstitions parfois, des expériences souvent et des traditions conservées avec respect. Pourquoi les Italiens, même les plus graves, portent-ils une branche de corail à leur chaîne de montre, croyant annihiler l'influence des gens qui ont le mauvais œil ?

Mais, favorables ou funestes, vraies ou erronées, ces croyances étaient bonnes à résumer, comme fantaisie mondaine, au matin du jour de l'an.

Jean-Bernard.
Le Figaro — 1er janvier 1897
 Bijou argent noir

Voici le moment où l’on part pour la campagne ou les bains de mer. Pour ces villégiatures, le bijou précieux n’est pas de mise, et les femmes élégantes laissent dans leurs écrins perles et diamants pour ne porter que des bijoux de fantaisie. Parmi ceux-ci, le plus en vogue est le bijou en argent noir qui a été adopté par toutes à cause de son élégance et de son cachet comme il faut. Il est inaltérable et l’action de l’air ou de l’eau salée est nulle sur lui. Il joue à ravir la perle noire et constitue un ravissant bijou de deuil. Nos lectrices peuvent le demander chez tous les bons bijoutiers ou à la fabrique, 17, rue du Cygne, au coin de la rue Turbigo.

Il y a des poudres de riz à tous les prix, mais les personnes soucieuses de leur santé ont adopté la Poudre Simon, dont le suave parfum obtient partout le plus vif succès.

N°8 ― Le feuilleton du journal

 — Je ne peux pas vous exprimer c

II

Tout ce que le jeune abbé de Préfont avait raconté à son évêque était rigoureusement exact et il n'était pas un seul des habitants de la ville qui n'eût au moins entendu parler des incidents qui avaient accompagné le mariage du riche M. Lefrançois avec la charmante Florence Guépin. Il y avait eu trop de jalousie soulevée par la fortune imprévue de cette jolie fille épousant le plus riche bourgeois de l'arrondissement, pour que les langues ne se fussent pas exercées aux dépens de ceux qui leur donnaient ainsi de l'occupation. Et si l'on avait pu faire un reproche au secrétaire de Mgr Espérandieu, c'eût été de se montrer trop indulgent dans ses appréciations.

Au demeurant, Paul Daniel était agréé. Les personnes, à qui le père Guépin avait résolu de demander conseil, s'étaient sans doute montrées favorables aux prétentions du jeune professeur, car au bout de la semaine il fut admis à faire sa cour. Après des alternatives de confiance et de désespoir, la joie de Paul Daniel fut presque surhumaine. Il ne pouvait pas y croire, malgré les assurances de Guépin, les larmes de sa mère et les sourires de sa fiancée. Le printemps commençait. Il fut convenu qu'on attendrait les vacances pour faire le mariage. C'était une raisonnable idée. Les jeunes gens iraient à Berthencourt, dans la petite propriété de Mme Daniel, chercher la tranquillité propice au bonheur. On éviterait une noce officielle, tous les professeurs et employés du lycée étant dans leurs familles. Il n'y avait donc que des avantages à la résolution prise et cependant ce fut cette prudence qui fut cause de tous les malheurs.

Il y avait trois mois que Mlle Guépin et Paul Daniel étaient accordés, et jouissaient du plus parfait contentement, La bonne harmonie régnait entre les beaux-parents. On se réunissait, trois fois par semaine, pour dîner en famille. Tout allait pour le mieux, la route était sans une ornière, et le ciel était sans un nuage, lorsque, par le plus grand des hasards, un matin, vers dix heures, M. Lefrançois, qui faisait réparer des parquets par Guépin dans son hôtel, eut la fantaisie d'aller lui-même adresser des reproches à son entrepreneur pour une malfaçon qu'il avait remarquée la veille. Il entra dans l'atelier, l'air rogue, sans même effleurer son chapeau du bout du doigt et il commençait à « sabouler » d'importance le menuisier lorsqu'une porte s'ouvrit et Mlle Florence entra.

Lefrançois demeura muet, ses yeux se voilèrent, il se découvrit instantanément et, coupant court à ses remontrances, il demanda à son entrepreneur qui était cette charmante personne. « C'est ma fille », dit Guépin heureux de cette diversion qui lui épargnait la seconde moitié de la mercuriale. Le banquier, pour la première fois de sa vie, se montra gracieux et aimable. Il fit à Mlle Guépin les compliments les plus flatteurs, et comme s'il ne pouvait se détacher d'elle, il s'assit tout bonnement sur un établi et resta à causer avec son menuisier, lui qui était si fier, qu'à un subalterne il ne répondait jamais que par oui ou par non.

Il revint le lendemain, mais il n'eut pas la bonne fortune de rencontrer la jeune fille, et il en fut pour son dérangement. Mais, comme il lui fallait un prétexte pour obtenir ses entrées libres dans la maison, il commanda à Guépin, pour son château d'Orcimont, une armoire à fusils, très compliquée, dont il manifesta l'intention de surveiller lui-même la fabrication. Dès lors, il parut tous les jours dans l'atelier, et eut le plaisir de revoir Florence. Le père Guépin, qui n'était pas sot, s'était vite effarouché de l'assiduité de son riche client. Il connaissait les façons habituelles de M. Lefrançois. Il savait que le banquier n'avait jamais accordé rien pour rien. Et sa familiarité même devait, à un moment donné, se payer comme autre chose. Il ne pouvait penser que Lefrançois à quarante-cinq ans, et avec sa mine de marchand de bestiaux, eût la prétention de séduire Florence. Cependant il était clair que son client avait un projet, et ce projet ne promettait assurément rien d'avantageux pour autrui. Le menuisier jugea convenable d'éclairer M. Lefrançois sur les projets qu'il avait formé pour sa fille.

Un après-midi que celui-ci était installé dans l'atelier, étudiant pour la dixième fois le plan du fameux meuble, qui lui fournissait régulièrement l'occasion d'une critique destinée à allonger le travail de préparation et à permettre de faire intervenir Mlle Guépin dans le débat pour l'animer, le menuisier dit d'un air futé :

— Si j'étais aussi minutieux pour le mobilier de ma fille que vous l'êtes pour votre armoire à fusils, la pauvre enfant ne pourrait pas entrer en ménage avant deux ans et son mariage serait reculé d'autant.

Lefrançois, à ces paroles, changea de couleur. Il fit sa grimace des mauvais jours, et regardant son entrepreneur comme s'il s'apprêtait à le faire saisir :  

— Qu'est-ce que j'apprends, dit-il du ton d'un grand parent qu'on a négligé de consulter, vous mariez Mlle Florence ?

— Oui, monsieur Lefrançois, et j'ai l'honneur de vous l'annoncer. La nouvelle est encore toute fraîche.

— Et avec qui la mariez-vous ? demanda le banquier dont la voix devint cassante.

— Avec M. Paul Daniel, professeur de philosophie au lycée de la ville. C'est un homme très savant, agrégé, docteur, tout ce qu'il faut pour arriver aux plus hautes fonctions.

Lefrançois interrompit Guépin par un sifflement si méprisant que celui-ci en fut interloqué :  

— Un professeur ? Un mauvais petit professeur de philosophie, comme mari à cette ravissante fille ? dit-il en commentant ses paroles d'un geste qui mettait le fiancé plus bas que la terre. Un pédagogue râpé, pauvre, et sans avenir ? Vous êtes fou, Guépin !

C'était si net, si affirmatif, si probant, si indiscutable presque, que le menuisier en fut aplati, et qu'il eut le soupçon brusque qu'il avait fait une sottise. Il demeura silencieux, les pieds dans les copeaux, le nez dans son gilet, se disant : Mais M. Lefrançois a peut-être raison. Quelle idée de se presser tant pour marier Florence ! Était-on embarrassé de lui trouver chaussure à son pied, et n'ai-je pas agi bien à la légère ? Comme s'il lisait dans la pensée de son auditeur, le banquier reprit :  

— Il est vrai que tant qu'il n'y a pas de publications affichées, autant dire que rien n'est conclu, ce sont des pourparlers.

— Eh ! j'ai autorisé le garçon à courtiser ma fille ! cria Guépin, déjà inquiet comme si le feu était à sa maison.

— Eh bien ! vous direz à Mlle Florence de le tenir à distance. Est-ce qu'il lui plaît ?

— Il ne lui est pas désagréable.

— Est-ce suffisant ? Allons, Guépin, vous vous êtes trompé, mon ami, vous avez fait fausse route. Je vous trouverai mieux que votre maître d'école, fiez-vous-en à moi. Une si jolie fille, mariée à un meurt-de-faim, quel meurtre ! Je ne le permettrai pas.

GEORGES OHNET