Vendredi 1er Août 1897


213e jour de l'année


Aujourd'hui,


 couvre-lits en soie ancienne

CHRONIQUE DE L'ÉLÉGANCE

Les couvre-lits en soie ancienne, tels qu'on tes faisait au dix-huitième siècle, entourés d'un haut volant de taffetas froncé, sont fort recherchés. Ce qui est encore plus joli, c'est de les copier avec les nouvelles étoffes, si parfaitement imitées qu'on a peine à les distinguer du vrai ancien. En voici un refait en étoffe genre Louis XVI pompadour, fond blanc, à rayures jaunes, moirées d'argent, avec des petits jetés de fleurettes et de rosés.

Le tour du couvre-lit est encadré d'une bande de taffetas rose hauts de dix centimètres sur laquelle sont posées des dents en taffetas vert chou dont le bord est marqué par une très étroite faveur de satin blanc pailleté d'or, d'argent et d'acier. Un haut volant de taffetas jaune simplement ourlé garnit le tour du couvre-lit. Ce votant est à demi voilé par un gros tronçonne double en mousseline de soie blanche.

En variant cette combinaison, on pourra utiliser d'anciennes robes pompadour et voir pour l'hiver un couvre-lit qui est du plus joli effet.

Une recette
de
Mme de Bonnechere

 Débris de canard à la choucroute.

Débris de canard à la choucroute. — Mettez à cuire de la choucroute dans du bouillon avec lard et cervelas ; lorsque la choucroute est à demi cuite, retirez lard et cervelas et mettez à la place les débris de canard ; laissez la choucroute finir de cuire et servez les débris de canard entourés de la choucroute, du lard et du cervelas coupés en morceaux.

 Diaphaneine - 1887

Conseil aux lectrices

Nouvellement arrivée à la campagne, ou sur la plage, la Parisienne rit beaucoup de la paysanne hâlée et des taches de rousseur qui défigurent la pauvre pêcheuse de crevettes. « Rira bien qui rira le dernier », dit en la chauffant à blanc le soleil perfide ou l’air vif de la mer qui murmure sournoisement en soufflant sur son teint. Ces deux compagnons moqueurs flétrissent à qui mieux mieux sa peau fraîche et rose ! Pour recouvrer sa blancheur diaphane l’élégante mondaine n’a plus qu’à faire usage d’un flacon de Diaphanéine, 5 francs le flacon, de la Parfumerie Ninon, rue du 4 septembre, 31 qui rend bientôt son éclat primitif au visage, le plus compromis en supprimant les points roussâtres et les tons bistrés.

 Hygiène - Beauté

Hygiène - Beauté

Il est probable, Mesdames, que beaucoup d’entre vous ont déjà eu recours aux nombreux laxatifs connus pour combattre cette malheureuse indisposition dont on ne se préoccupe pas assez, et dont les malaises consécutifs sont l’origine de bien des maladies. Non seulement la constipation altère la santé, mais on peut dire qu’elle détruit la beauté. Ce n’est un secret pour personne que la constipation est la cause de migraines, qu’elle trouble la digestion, qu’elle donne mauvaise haleine et, ce qui est pis encore pour vous, Mesdames, elle vous fait perdre votre joli teint, elle cerne vos beaux yeux, et, conséquence grave, elle épaissit votre taille jusqu’à l’embonpoint.

Le professeur Trousseau écrivait : « Un grand nombre d’accidents morbides dont la cause paraît inconnue sont dus à un état de constipation habituelle. Loin de moduler heureusement la constipation, les purgatifs l’augmentent et la rendent presque invincible.

Seul un léger laxatif peut vaincre la constipation. La thérapeutique française s’est enrichie d’un laxatif qui a fait ses preuves dans les hôpitaux et n’a aucun des inconvénients des produits similaires : ce n’est autre chose qu’une plante de nos pays, La Bourdaine.

Étudié depuis plusieurs années, grâce à sa pureté absolue, ce laxatif donne des résultats merveilleux et ne dégrade pas l’estomac. C’est pourquoi je n’hésite pas à recommander à mes lectrices ce laxatif présenté sous forme de pilules sous le nom de Grains de Plombières, une à deux le soir avant le repas pour obtenir le lendemain un effet certain sans malaise.

Dr A.-V.
 Fleurs et bijoux du jour de l'an - Fig 1/01/97

Jour de l'an


Fleurs et bijoux
du jour de l'an

Etes-vous superstitieuse, madame ? Si oui, vous avez à coup sûr éprouvé quelques appréhensions en recevant des bouquets que la politesse commande de vous offrir à cette fin. d'année, et vous ne serez pas sans vous demander si les bijoux qu'on vous donnera ce matin vont être pour vous un présage heureux ou néfaste de cette année 1897 qui va débuter.

Il est bien entendu que je ne discute pas vos idées sur cette matière on croit à l'influence des pierres, on attache de l'importance aux fleurs et aux couleurs, mais on ne raisonne pas ces impressions-là, je n'ose pas dire ces convictions. Toujours est-il que nombreuses sont les Parisiennes qui ont ces idées-là, ces préjugés si vous voulez. Demandez aux bijoutiers et aux grands fleuristes, ils vous diront combien ces menus détails ont de l'importance dans le choix d'un bijou ou d'un bouquet de prix.

Tous connaissent la signification des couleurs et le langage des fleurs.

Ainsi voici le dictionnaire de quelques nuances que ces spécialistes connaissent bien

Rouge : signifie ardeur, lutte.

Violet : puissance, consolation.

Bleu : confiancgjftendresse.

Vert : mauvaise chance.

Jaune : joie, richesse.

Marron : passé, défiance.

 

Les fleurs aussi ont leur langage et leur signification

 

Le chrysanthème c'est la fleur de l'amitié elle est incompatible avec toute idée d'amour.

Dahlia blanc reconnaissance et remerciement.

Gardènia, blanc élégance, plaisir, honneur.

Jacinthe fidélité.

Marguerite blanche Veuillez croire à mon amour.

Marguerite jaune la fleur des tombes; «Je ne vous aime plus. »

Œillet rouge aventure d'amour, intrigue.

Œillet blanc J'ai confiance.

Lilas blanc amour, volupté.

Lilas mauve amitié, souvenir.

Jonquille le désir.

Camélia talent.

Rose beauté.

 

Ce sont là des énonciations fort connues de ceux que ces détails intéressent mais il est d'autres indications minutieuses qui font partie des sciences occultes et que seuls quelques initiés savent. Afin de ne pas errer sur ce sujet frivole mais d'une importance réelle pour les esprits prévenus, je suis allé demander des détails précis, certains, à Mme de-Thèbes, la chiromancienne qu'Alexandre Dumas fils, qui croyait fort à tous ces à-côté de l'invisible, à lancée dans la voie tracée par Desbarolles. Détail curieux: quand Alexandre Dumas fils est mort, il a laissé inachevé un article sur Mme de Thèbes et sur la science des mains. Je voudrais que cela paraisse dans- le Figaro, disait-il à un intime.

La mort ne lui a pas permis d'achever cette étude il serait peut-être intéressant de retrouver les feuillets commencés.

Mme de Thèbes a hérité du moulage des deux mains du célèbre écrivain, et de la plume avec laquelle il écrivit Frartcillon. Je lui montre les énonciations que je viens de transcrire et elle me donne ma petite consultation, sachant que je n'en abuserai ni pour la raillerie ni pour la médisance.

— Aux couleurs, me dit.elle, vous pouvez ajouter que le vert est l'indice de la mauvaise chance, du manque d'argent; le jaune, celle de l'infidélité. Pour les fleurs, ajoutez aussi que la bruyère est la fleur triste, la pensée la fleur de deuil et la tulipe la fleur souvent fatale.

J'interroge étonné.

— Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien, mais on a remarqué qu'en Hollande presque tous les fleuristes qui se livrent à la culture des tulipes meurent de mort violente ou éprouvent des désastres. Cela est facile à vérifier; je pourrais vous citer vingt exemples. Les occultistes vous diront que si vous voulez porter malheur à un ennemi, vous pouvez lui envoyer des tulipes.

— Nous supprimons donc les tulipes ?

— Absolument. Par exemple je.vous recommande les roses, les lilas et les violettes; la corbeille qui les contiendra devra toujours avoir un ruban rouge, couleur de chance. Voulez-vous qu'il arrive un. événement heureux à une dame ? envoyez-lui un bouquet à un moment où elle ne s'y attend pas, c'est immanquable. Pourquoi? Je ne sais pas exactement, c'est encore le produit de l'observation.

— Et les bijoux, madame, les bijoux, n'ont-ils pas aussi leurs avantages et leurs défaveurs ?

— Je crois bien; tout dépend.du reste de la couleur de la personne qui offre le bijou.

— Vous n'enverrez pas à une brune les même pierres qu'à une blonde le métal lui-même a une influence, c'est un conducteur de la joie et des maléfices. A une brune vous enverrez des bijoux ou l'argent dominera; l'argent est le métal qui donne l'inspiration, la fantaisie les brunes étant d'habitude plus positives, l'argent leur donnera ce qui leur manque l'amour, de l'idéal et de la poésie.

— Et les blondes ?

— C'est tout le contraire,; les blondes sont des impulsives elles sont, sous ll'influence de la lune, des «lunatiques», comme on dit; elles n'ont pas besoin d'être poussées vers l'idéal : à celles-là envoyez des bijoux où l'or domine; l'or les pondérera, calmera-leurs fantaisies et au besoin arrêtera leurs écarts.

— Voici pour les montures; mais pour les pierres ?

— Aux blondes, donnez des rubis ou des grenats, pierres de sagesse qui sont comme des serre-freins de l'instinct. Aux brunes offrez l'améthyste, la pierre de l'espérance, l'émeraude qui est un porte-veine la topaze est excellente pour les blondes, de même la turquoise et le saphir.

— Et les diamants ?

— Tout le monde peut en porter, c'est la pierre de l'élégance sans propriétés et sans dangers.

— Alors, vous croyez à l'influence des pierres sur les personnes qui les portent ?

— Mais oui; les pointes attirent bien la foudre, pourquoi des pierres n'attireraient-elles pas les sensations et les sentiments gais, tristes, mélancoliques ou folâtres ?

Mme de Thêbes me fait là-dessus une longue théorie fort originale.

Sans prendre parti entre les incrédules qui raillent par principe et les croyants qui admettent tout les yeux fermés, il était curieux de résumer ces données qui reposent sur des légendes anciennes, des superstitions parfois, des expériences souvent et des traditions conservées avec respect. Pourquoi les Italiens, même les plus graves, portent-ils une branche de corail à leur chaîne de montre, croyant annihiler l'influence des gens qui ont le mauvais œil ?

Mais, favorables ou funestes, vraies ou erronées, ces croyances étaient bonnes à résumer, comme fantaisie mondaine, au matin du jour de l'an.

Jean-Bernard.
Le Figaro — 1er janvier 1897
 Fernand Clément

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N°7 ― Le feuilleton du journal

 Il ferma la porte

Les trois jours, pendant lesquels Guépin, très affairé, fit attendre sa décision parurent à Paul une éternité. Il était trop discret pour se montrer à Florence, et passait comme une ombre dans l'escalier commun pour se rendre au lycée. Il avait le cœur battant d'angoisse, le cerveau rongé par l'incertitude. Il supputait ce que pouvaient produire tous ses efforts de travail. En dehors de ses trois mille huit cents francs d'appointements, il avait la répétition qu'il donnait au fils du préfet, et le cours de littérature du pensionnat de Mlle Magimel, en tout quatre mille neuf. Était-ce assez pour être agréé par Mlle Guépin ? Il se plaisait à mettre la fille du menuisier sur un piédestal. Il l'avait transfigurée. Ce n'était plus une gentille petite personne appartenant à la classe ouvrière de Beaumont, quelque chose comme une grisette. C'était une jeune princesse égarée dans un milieu qui n'était pas le sien, et sur lequel, par la grâce de ses charmes, elle rayonnait d'un éclat merveilleux. Le brave Paul était en pleine féérie. Il commençait à douter qu'il fût digne de sa bien-aimée, et cherchait avec angoisse quel homme, dans le département, serait en mesure d'épouser Florence, sans que celle-ci parût être une victime de la destinée.

— Mon cher enfant, interrompit Mgr Espérandieu, vous devenez étrangement prolixe, votre récit entamé avec sobriété commence à se noyer dans les développements.

— Ah ! Monseigneur, si vous ne me permettez pas de vous dépeindre mes personnages, comment puis-je espérer vous inté- resser à leurs aventures ?

— Il va donc y avoir des aventures ?

— Votre Grandeur ne croit pas qu'une préparation pareille ne servira à rien ? Je pensais que mes articles de la Semaine religieuse avaient donné à Monseigneur une opinion plus favorable de mes facultés imaginatives.

— Poursuivez donc, puisqu'il faut que je subisse vos explications...

— « Subisse » est dur... Eh bien. Monseigneur, puisqu'il en est ainsi, je vais passer sur les accordailles de Paul Daniel et de Florence Guépin, qui m'auraient fourni cependant la matière d'un petit tableau de la vie provinciale tout à fait piquant. Je comptais tirer parti du jardin ensoleillé, comme cadre, et de la margelle du puits, comme siège, pour asseoir mes amoureux. Vous voyez la belle jeune fille blonde, dans un rayon de lumière, et les pampres de la vigne grimpante verdissant au-dessus d'elle. Son fiancé presque à ses pieds... C'eût été très joli. Mais vous m'accuseriez de me perdre dans le détail... J'en viens donc tout de suite à l'évènement grave, à l'acte décisif, à la péripétie dramatique de cette histoire d'amour.

— Je ne peux pas vous exprimer combien je trouve choquante cette intrigue d'un homme destiné à être prêtre, dit Mgr Espérandieu. Ces passions mondaines jettent dans ma pensée un insurmontable discrédit sur l'abbé Daniel. Il me semble qu'il est impossible qu'un cœur qui a éprouvé des sentiments si violents, soit jamais pacifié.

— Ah ! Monseigneur, et les Saints : saint Paul, saint Augustin, et Marie-Magdeleine...

— Oui, mon enfant, sans doute, mais tous ces personnages sont jugés par nous, dans le lointain du passé, ils ne sont pas nos contemporains, nous avons devant l'esprit, en même temps que la connaissance de leurs fautes premières, l'exemple des vertus qu'ils montrèrent par la suite. Tandis que ce prêtre, qui a subi tous les entraînements des hommes, j'ai beau savoir que c'est un modèle de charité, de sagesse et de piété, j'ai toujours peur qu'à un moment donné les passions ne recommencent à bouillonner en lui et qu'il ne retourne à son vomissement... Je crois que vous avez tort de vouloir me faire pénétrer le mystère de sa vie passée : il n'aura qu'à y perdre.

— Non, Monseigneur, car nous arrivons aux évènements qui ont décidé de son entrée dans les ordres, et vous jugerez qu'un renoncement aussi complet aux espérances et aux joies humaines ne peut être que définitif.

— Avez-vous la prétention de me faire croire que la douleur d'avoir été supplanté par M. Lefrançois ait poussé Paul Daniel à un tel excès de désespoir qu'il se soit jeté dans le sein de l'Église, comme dans un précipice, pour y engloutir sa vie, sa pensée, ses regrets, tout de lui enfin ?

— Mais, Monseigneur, cela est; je n'aurai pas à vous le faire croire. Vous le croirez de vous-même et par la suite naturelle du récit. Vous êtes trop bien informé des choses de la religion pour ne pas savoir comJiien ces conversions sont courantes. ? N'a-t-on pas raconté qu'un soir, à la table du roi des Belges, pas celui d'aujourd'hui, le précédent; celui qui, chaque fois que son peuple s'agitait, commandait de faire ses malles, de sorte que les émeutes s'apaisaient comme par enchantement tant la Belgique avait peur de rester sans roi, — à la table donc de ce singulier monarque, il y avait des généraux et un évêque, Mgr de Mercy-Argenteau. On se mit à causer de l'armée, des soldats, des manœuvres. Le prélat parlait avec tant de compétence qu'on l'interrogea curieusement et il fut établi que, de tous les convives, dont la plupart commandaient des divisions, le prêtre seul avait fait campagne et vu le feu. Il est vrai que c'était comme colonel de hussards et sous Napoléon qui l'avait décoré de sa main. Ce brillant soldat avait eu le malheur de perdre sa fiancée qu'il adorait, et de chagrin il était entré dans les ordres. Je vous en citerais cent autres exemples, Monseigneur, et qui seraient tous aussi probants. Et je n'irai pas jusqu'à invoquer la Trappe comme argument, quoique ce soit de circonstance.

— Ah ! Richard, notre curé de Favières a en vous un avocat bien éloquent, dit Mgr Espérandieu. Mais je ne sais pas si vous lui rendez service en le défendant comme vous le faites. La prudence commanderait de biaiser et déterminer les choses en douceur, au lieu de pousser ce maire aux dernières extrémités par une résistance qui va l'exaspérer. Je me reprochais déjà d'avoir été, ce matin, trop autoritaire, et voilà, mon cher enfant, que vous l'êtes plus que moi.

— Oh ! Monseigneur, je ne suis rien, dit le jeune abbé avec une souriante humilité, rien que votre fidèle serviteur... Et, si vous me commandez de me taire, je ne prononcerai plus une parole.

Au même moment, une cloche au son voilé tinta dans la cour agitée par une main discrète. Le prélat se leva et regardant son secrétaire :

— Voici le déjeuner. Donnez-moi votre bras, Richard; à table vous me continuerez votre récit; car maintenant que vous l'avez commencé, je regretterais de n'en pas connaître la suite.

Et appuyé sur son favori, plus par affectueuse familiarité que par maladive faiblesse, l’Évêque se dirigea vers la salle à manger.

GEORGES OHNET