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322e jour de l'année — Septième année — N°3283 Samedi 18 Novembre 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 Il faut croire que le rhumatisme - Le Figaro 15/12/97

Il faut croire que le rhumatisme et la névralgie sont des maladies distinguées, car aux Grands Thermes de Dax où elles sont admirablement soignées, on ne rencontre guère que des personnes appartenant au meilleur monde armée, grand commerce, diplomatie, -haute -société étrangère. C'est même un des principaux caractères de cette maison, excellente à tant de titres.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 Diethylsulfonedimethylmethane - APL 14/02/97

Voici les noms scientifiques que le Gaulois a relevés dans le rapport de M. Bourrillon, député de la Lozère, sur la nouvelle loi sur l'exercice de la pharmacie :

— Diethylsulfonedimethylmethane.

— L'acide anhydroorthosulfamidebenzoïque.

— Le dimethylphenylpyrazolone.

— Le paraethoxylphenysucciminide.

Ouf! et tout cela pour désigner quoi ? Le sulfonal, la saccharine, l'antipyrine et la pyrantine !

Rivarol disait d'un écrivain de son temps, qui avait un faible pour les phrases courtes :

— Il écrit pour les asthmatiques.

Nos savants, eux, écrivent pour ceux qui ont du souffle !

APL – 14 février 1897

 l'or employé pour l'aurification des dents - 1897

Un statisticien américain ces gens sont sans pitié a calculé que l'or employé pour l'aurification des dents aux États-Unis représente la valeur de vingt millions de dollars.
Et dire que tous les dentistes américains sont en Europe !

Le Figaro – 18 juillet 1897

 ALLUMETTES EN PAPIER - Parville - 1897

ALLUMETTES EN PAPIER

Allumettes anglaises! Le bois est rare en Angleterre et le papier commun. Aussi on cherche à remplacer les allumettes en bois par des allumettes en papier, naturellement beaucoup plus économiques. Et l'on en a fabriqué! Elles ont la vogue, parce que c'est « nouveau ». Peut-être les aurons-nous aussi sur le continent; le bon bois à allumettes devient de plus en plus cher. Il y a bel âge que l'on se sert un peu partout de papiers pliés ou roulés pour l'allumage des feux et des lampes. On trouverait encore cette vieille allumette dans beaucoup de villes de nos départements. Pourquoi dépenser tant d'allumettes de la régie ? Une suffit et ensuite le papier rend le même service.

Les nouvelles allumettes sont constituées par un morceau de papier très serré roulé en spirale ; papier fort et poreux. On plonge ce papier dans une dissolution de cire, de stéarine. Alors il ne se déroule plus et brûle avec une flamme brillante et sans odeur. En Angleterre, on prend des bandes de doux centimètres de large, que l'on trempe dans la solution de stéarine ; après quoi, on les fait passer dans une machine spéciale qui les découpe de la longueur des allumettes de bois. Enfin, on enduit leur extrémité de la composition phosphorée. Et l'on empile par boites.

Ces allumettes, paraît-il, prennent feu très facilement, ne pèsent presque rien et ne s'éteignent pas au premier courant d'air comme les allumettes do bois. Voilà un moyen d'utiliser les vieux livres qui n'ont jamais rapporté un penny à leurs auteurs L'éditeur pourra en faire des allumettes... anglaises.

APL - 10 janvier 1897

 Domestiques Londres - 1897

Angleterre

On ne s'est pas ennuyé, l'autre jour, à la cour de police de Bow-Street, à Londres.

Les bonnes faisaient les frais d'une partie de l'audience, mais ces frais leur ont été remboursés. Notre confrère Montécourt nous nous donne le résumé de ces débats.

L'une, Annie Stamp, engagée par M. Pardrington et renvoyée par madame, en l'absence de son mari, assignait sa maîtresse en dommages-intérêts.

Le juge, sir John Bridge, lui a donné gain de cause.

« Certes, dit son jugement, il semble, à première vue, que le gouvernement intérieur de la maison appartienne à la femme, mais ce n'en est pas moins le mari qui est responsable de l'existence commune et qui gagne l'argent du ménage. A ce titre, il a bien le droit de s'occuper de ce qui s'y passe. Il est, dirai-je, le premier ministre et la femme n'est qu'un sous-secrétaire d'Etat. Elle n'a pas qualité pour rompre un contrat conclu par son mari, et l'engagement d'une domestique est un contrat comme un autre. Jugement et indemnité pour la plaignante. »

Une autre bonne, Margaret Dahill, avait été congédiée par Mme Franklin, sa patronne, parce qu'elle avait un policeman pour amoureux.

- Ce n'est pas là, déclare sir John, un motif suffisant pour renvoyer une domestique.

La défenderesse ne saurait émettre la prétention de n'avoir à son service que des bonnes insensibles à l'amour.

- Nullement, répond Mme Franklin. Ma dernière bonne avait pour amoureux un grenadier rouge et je n'y ai jamais trouvé à redire. Mais je ne veux pas d'un policeman.

- Préférez-vous que vos bonnes introduisent chez vous des cambrioleurs ou des pick-pockets ? Allez, madame, vous devriez encore vous estimer trop heureuse que cette jeune fille eût porté son choix sur un brave homme qui, après avoir veillé sur la sécurité publique par devoir, sera encore venu veiller sur votre domicile particulier par amour.

Et Mme Franklin a été condamnée à payer deux semaines de gages à titre de dommages-intérêts. Autant de gagné pour la dot de Margaret quand elle épousera son policeman.

APL - 3 octobre 1897

 L'importation des chiens en Angleterre - 1897

L'IMPORTATION DES CHIENS EN ANGLETERRE

Les règlements édictés par le ministère anglais de l'agriculture, relativement à l'importation des chiens dans le Royaume-Uni ont été appliqués, mercredi dernier, dans des conditions particulièrement sévères pour un malheureux propriétaire de chiens.

Celui-ci, un M. Halliday, ayant demandé, l'autorisation de débarquer deux chiens à Douvres, l'avait obtenue à la condition qu'il les y garderait pendant quatre-vingt-dix-jours et soigneusement muselés. Quelques jours plus tard, M. Halliday fît une courte absence, laquelle, constatée par un inspecteur du ministère, lui valait, mercredi dernier, une amende de deux schellings et six pence, augmentée des frais qui s'élèvent à une vingtaine de schellings.

Mais ce n'est pas tout. L'infortuné sportsman, qui avait cru pouvoir emmener ses chiens à Worthing, la ville qu'il habite, devra les ramener à Douvres et y rester avec eux pendant trois mois, sous peine d'une nouvelle amende pour chaque infraction.

De par les règlements anglais, on le voit, ce ne sont plus seulement les chiens, maïs bien les maîtres qui sont tenus à l'attache.

APL - 28 novembre 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 Dans bien des cas- Liebig

Dans bien des cas, on n’a pas sous la main de bon bouillon de viande, ni même de quoi en faire rapidement ; parfois aussi, on ne se soucie pas trop d’en préparer à l’avance à cause de l’insipide bouilli qui en résultera. Que l’on fasse usage, alors d’Extrait de viande Liebig, et, grâce à ce produit, on aura toute facilité pour obtenir, en quelques minutes, un excellent bouillon corsé au degré que l’on voudra. Le Liebig n’est, en somme, qu’un parfait bouillon de viande concentré, totalement dégraissé, ce qui le rend encore plus facilement toléré et assimilable. Il contient tous les principes extractifs solubles de la viande de bœuf, c’est-à-dire une quantité considérable d’albumines assimilables, véhiculées par des principes sapides et odorants qui stimulent les forces sans fatiguer l’estomac.

NOUVELLES À LA MAIN
Dans le monde. Pour une veuve de trois mois,

Dans le monde

— Pour une veuve de trois mois, la petite vicomtesse est ce soir d'un entrain.

— Avouez que le rire va joliment bien à son genre de douleur !


Mlle Rapineau est demandée en mariage par deux jeunes gens - APL 28 mars

Mlle Rapineau est demandée en mariage par deux jeunes gens : l'un très beau, mais pauvre ; l'autre bossu, mais très riche...

Elle consulte sa mère.

— Voyons, fillette, répond Mme Rapineau, entre le Droit et l'Avoir... il n'y a pas à hésiter !


Entendu ce dialogue

Entendu ce dialogue :

— Savez-vous où siègera le député musulman ?

— En bonne logique, il devrait siéger sur les plus hauts gradins de l'extrême gauche.

— ?...

— Mahomet n'est-il pas allé à la Montagne ?


Les trucs du petit Z, retour du littoral méditerranéen.

Les trucs du petit Z, retour du littoral méditerranéen.

— Eh bien lui demande un ami, as-tu été heureux à la roulette ?

— Je n'ai ni gagné ni perdu. A propos, mon bon, j'ai mis cinq louis pour toi sur la rouge ; seulement, tu n'as pas eu de veine.

— Mais je ne t'avais pas prié.

— Je sais bien. Aussi tu n'es pas forcé de me les rendre. Ne parlons plus de cette bagatelle.

L'ami, trop scrupuleux, se fouille en dissimulant mal une grimace et insiste pour rembourser la somme, que l'autre empoche en ajoutant avec désinvolture

— A un moment tu gagnais deux mille francs. J'aurais dû m'arrêter, hein ?


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


Il fait rudement chaud pour une si petite ville !