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234e jour de l'année — Septième année — N°3195 Mardi 22 Août 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 Les médecins recommandent Boboeufé

Les médecins recommandent le Phénol Boboeuf comme le désinfectant le plus puissant et le plus hygiénique. Répandu dans l’atmosphère, il assainit et purifie l’air. Ce précieux antiseptique est aussi le préservatif le plus efficace contre les épidémies et les épizooties.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 LA SANTÉ DE NOS SOLDATS - 1897

LA SANTÉ DE NOS SOLDATS

Depuis quelque temps, les dépêches se succèdent annonçant la fièvre typhoïde s'est déclarée parmi des troupes en garnison.

C'est Senlis, Reims, Saint-Dié, Troyes, Ancenis, d'autres villes encore peut-être. Et toujours et partout, c'est l'eau qui engendre la maladie,

Quand il s'agit d'obtenir des troupes qui, apportent un mouvement d'affaires dans une ville, les municipalités n'épargnent ni les démarches, ni les sollicitations ; ni les promesses. La plupart du temps, la faveur demandée est accordée pour des motifs politiques, avec la constante préoccupation des élections.

Aussi, comme les villes n'ignorent pas ce détail, elles se gardent bien de faire les- dépenses qui peuvent assurer .le bien-être et la santé des garnisons qu'un leur donne. L'armée devient ainsi, dans bien des cas, une marchandise électorale, quoique ce ne soit pas précisément pour cela qu'elle existe.

Il devrait être entendu que, lorsqu'il s'agit d'établir une garnison dans une localité, la question d'hygiène — en dehors des considérations stratégiques — peut seule entrer en ligne de compte.

Il faudrait, par exemple, que, quelqu'envie qu'il en ait, un ministre soit lié à ce point qu'il ne puisse accorder une garnison à une ville, où la question de l'eau potable, cette nécessité première, n'est pas résolue.

A Troyes et à Sainte-Savine, les cabarets viennent d'être consignés à la troupe, et il en sera ainsi tant que Troyes ne sera pas pourvu d'eau, potable. Pourquoi de semblables mesures ne sont-elles prises que quand une épidémie a déjà éclaté et fait des victimes ? On sait bien, cependant, que, partout où l'eau n'est pas saine, la lièvre typhoïde, si elle n'éclate pas aujourd'hui, éclatera demain...

Le Matin - 20 septembre 1897

 La reine Victoria et le chiffre 9 - 1897

La reine Victoria et le chiffre neuf.

Les personnes qui ont la religion des nombres et, particulièrement, celles qui croient aux vertus du chiffre neuf — neuf Muses, neuf planètes — apprendront avec intérêt que le chiffre neuf a joué un grand rôle dans la vie de la reine Victoria.

Le duc de Kent, père de la reine, faisait partie d'une famille de neuf enfants.

La reine est le neuvième souverain de l'Angleterre depuis la révolution de 1688.

Elle est née dans le dix-neuvième siècle, en 1819, date dont les chiffres additionnés font 19.

Elle est montée sur le trône en 1837, date dont les chiffres additionnés font, également 19, et elle avait alors dix-neuf ans.

Son mari était né en 1819.

Elle a eu neuf enfants.

Enfin, son fils aîné, né le 9 novembre, a épousé la fille de Christian IX de Danemark, laquelle avait alors dix-neuf ans.

Les Annales Politiques et Littéraires - juin 1897

 M. Darlan, ministre des cultes - Fig. 14/01/97

Précisions

Plusieurs de nos confrères ont cru pouvoir annoncer que le gouvernement français était « tombé d'accord avec le Saint-Siège pour offrir l'évêché de Rodez à M. l'abbé Hazera, curé de Là Bastide, à Bordeaux ».
Ce qui est vrai, c'est que M. Darlan, ministre des cultes, a l'intention de nommer à cet évêché M. l'abbé Hazera qui est son cousin.
Le choix du ministre est d'ailleurs excellent à tous égards et il est vraisemblable qu'il lui donnera à bref délai les suites nécessaires.
Mais à l'heure actuelle, il n'y a pas eu à ce sujet ombre de pourparlers entre le ministère des cultes et la nonciature.

Le Figaro - 14 janvier 1897

 LE SIÈGE DE M. DOUMER - Le Matin – 9 janvier 1897

LE SIÈGE DE M. DOUMER

Contrairement à ce qu'on avait pensé à l'origine, il ne sera pas nécessaire que M. Doumer envoie au président de la Chambre une lettre de démission pour que la vacance du siège de député qu'il occupait existe légalement:

Aux termes de la loi du 30 novembre 1875, en effet, aucun député ne peut être nommé ou promu à une fonction publique salariée sans perdre son mandat à partir du jour où il a accepté la fonction. M. Doumer ayant accepté le 28 décembre, jour où a été promulgué le décret le nommant gouverneur général de l'Indo-Chine, son siège de député est devenu vacant ipso facto le même jour.

Le Matin – 9 janvier 1897

 LE HOCKEY - 1897

LE HOCKEY

On parle beaucoup du hockey en ce moment ce jeu, qui nous vient d’Angleterre, a donné lieu ces jours derniers à divers matches très animés qui ont fort intéressé le public. Disons tout d'abord quelques mots de la façon dont il se joue.

Deux équipes composées de six, sept ou huit joueurs, selon la place dont on dispose, se placent de chaque côté de la piste de glace, mais en entremêlant leurs joueurs ces équipes, qui ressemblent beaucoup à celles du football, ont un capitaine, un avant, un arrière et un gardien de but. Ce but est figuré par deux poteaux entre lesquels doit passer un palet que les joueurs font glisser en le poussant avec des maillets.

Il s'agit de faire passer le palet entre les deux poteaux du but et, pour rendre ce résultat plus difficile, les joueurs des camps adverses sont entremêlés comme nous l'avons dit plus haut, afin d'empêcher que ceux d'une même équipe ne passent le palet de bout en bout à leurs camarades.,

Il en résulte un chassé-croisé très amusant, et le palet glissant entre les joueurs vire et volte à toute vitesse; ce jeu qui demande beaucoup d'adresse et d'agilité, a obtenu rapidement une grande vogue.

Comme on ne peut le jouer que sur la glace, les emplacements sont forcément limités; mais il sera pour cet hiver, si le gel est assez fort, un des plus grands attraits des fêtes qui pourront se donner sur les lacs du Bois ou des environs de Paris.

Paul Meyan.
Le Figaro – 14 décembre 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 PLAISIR DE COQUETTE ―  Il consis

PLAISIR DE COQUETTE ― Il consiste à montrer  de jolies dents pour narguer celles qui sont privées de ce charme, Si ces dernières connaissaient les dentifrices des Bénédictins du Mont Majella, elles pourraient bientôt faire de même, car ces produits sont merveilleux pour blanchir et fortifier les dents L’Elixir vaut 3 francs; la Pâte 2 francs; la Poudre 1 fr. 75 ; 50 centimes en sus franco, chez M. Senet, administrateur, 35, rue du Quatre-Septembre. II faut se méfier des nombreuses contrefaçons que suscitent ces excellentes spécialités.

NOUVELLES À LA MAIN
Le père Abraham, dit la Providence des fils de famille

Le père Abraham, dit la Providence des fils de famille décavés, est entré chez un papetier-graveur pour s'approvisionner de papier à lettres et d'enveloppes.

— Quel est votre chiffre ? lui demande le marchand.

— Guarande bour zent !


Machinchose, vague rimeur

Machinchose, vague rimeur qui végète et mourra dans la bohème finale, lit dans les feuilles que l'administration charitable dont le siège central est rue des Blancs-Manteaux vient d'acheter plusieurs maisons pour agrandir une de ses succursales.

— Alors, conclut-il, le Mont-de-Piété se met dans nos meubles.


Dans une soirée : Un peu ravagée, cette pauvre comtesse

Dans une soirée :

— Un peu ravagée, cette pauvre comtesse, mais quels diamants, son collier surtout !

— Oui, dit Poilras, qui a entendu, c'est comme une lanterne sur des démolitions.


 Entre bohêmes :

Entre bohêmes :

— Pourquoi mets-tu un crêpe à ton chapeau ?

— Pour avoir l'air d'avoir une famille.


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


J'offre 50 fr. à ce qui me procurera le moyen de construire une bicyclette qui distancera un boulet de canon.