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340e jour de l'année — Septième année — N°3301 Mercredi 6 Décembre 1897

ÉCHOS DU JOUR


 6 décembre

Lundi
6 décembre 1897

L’anniversaire
de la bataille de Champigny

Hier, vingt-septième anniversaire de la bataille de Champigny.

La foule était considérable.

De nombreuses Sociétés d'instruction militaire y étaient représentées par leurs délégations, chacune d'elles avec son drapeau et une couronne.

La solennité a eu lieu au monument commémoratif qui domine tout le plateau sur lequel combattirent les troupes allemandes et les troupes françaises, dans les journées du 30 novembre et du 2. décembre 1870.

Plusieurs allocutions ont été prononcées, notamment par le maire de Champigny, par le président du Conseil général de la Seine, par le président de la Société des Anciens Militaires.

De chaleureuses acclamations ont accueilli le salut à l'Alsace-Lorraine et à la Russie.


L'assassinat de la rue Pierre-le-Grand

M. Cochefert a recueilli hier certains indices de nature à le mettre sur la piste de l'assassin. Entra autres indications, il en a été fourni une assez importante au chef de la Sûreté. La nièce de la concierge de Marie Bigot s'est souvenue que le matin du crime elle avait remis à sa locataire une lettre que Marie Bigot avait lue en sa présence.

Dans cette lettre, un individu écrivait à la jeune femme qu'ayant gagné un gros procès, il viendrait la voir dans l'après-midi et lui ferait un riche cadeau Or, cette lettre n'a pas été retrouvée dans les papiers de la victime. Si elle a disparu, on peut présumer que c'est l'assassin qui l'a détruite. Le chef de la Sûreté posséderait le signalement de l'homme à la lettre.


PETITES NOUVELLES

Le président de la République a quitté Paris hier matin pour aller chasser à Rambouillet. Il était de retour à cinq heures et demie du soir.

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M. Henry Boucher, ministre du commerce, présidera, après-demain, mercredi, au Grand-Hôtel, le banquet au syndicat général de la Bourse de commerce.

***

Par décret rendu sur la proposition du ministre des colonies, M. Barbey, sénateur, est nommé président de la commission supérieure des archives et de la bibliothèque-du ministère des colonies, en remplacement de M. Bardoux, décédé.

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M. Billot, ambassadeur auprès du Quirinal, est nommé grand Officier de la Légion d'Honneur.

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Petit griffon écossais à poils soyeux, gris, tête argentée, pattes feu, perdu le 23 novembre dans les environs de la rue Beudant et du boulevard des Batignolles. Le rapporter à M. Pecqueux, 79, rue de Rome, où il sera remis bonne récompense.


Les gaités du téléphone

Du Petit Journal

Puisque nous parlons du téléphone, relatons l'amusant quiproquo auquel a donné lieu à Berne la distraction d'une des demoiselles du « bout du fil ».

Récemment, un des principaux marchands de bestiaux de Berne demandait il: téléphoner à l'abattoir, où il avait fait conduire un troupeau de veaux.

Mais, par erreur, on lui donna la communication avec l'hôtel de ville, où le conseil municipal était en séance, et l'on juge delà stupéfaction du secrétaire quand il entendit une voix demander dans l'appareil

— Tous les veaux sont-ils arrivés ?


La rencontre que nous avions annoncée entre MM. Joseph Reinach et Millerand, députés, a eu lieu hier matin au plateau de Châtillon.

Ainsi que nous l'avions dit, l'arme choisie était le pistolet.

Deux balles ont été échangées à vingt-cinq pas et au commandement, sans résultat.

MM. A. Bastid et Deloncle, députés, étaient les témoins de M. J. Reinach, qu'assistait le docteur Marieux. M. Millerand avait pour témoins MM. Gérault-Richard et Viviani, députés, et était assisté par le docteur Dubois, président du Conseil général de la Seine.


La Tour.

Du Gaulois

Il résulte d'une communication faite, l'autre jour, à l'Académie des sciences, par le colonel Bassot, que la tour Eiffel fléchit.

La dilatation est seule coupable, ainsi que nous l'a expliqué hier M. le colonel Bassot lui-même.

— Par suite de la dilatation des différentes pièces de cette énorme masse métallique, nous a dit l'aimable savant, la tour subit, du lever du soleil à la nuit, un mouvement de torsion qui se traduit par une courbe de dix centimètres. 

» Ce mouvement se répète, en sens inverse, pendant la nuit, c'est-à-dire quand la température se refroidit. De telle sorte que le paratonnerre, qui est le sommet idéal de la tour, est continuellement en mouvement.

» J'ai pu établir ce résultat après de longues et patientes observations, qui étaient rigoureusement contrôlées. » °

II parait que ce léger mouvement perpétuel n'empêche pas la tour Eiffel d'être aussi stable que jamais.

Après tout, c'est sa respiration à elle !


On doit vraiment de l'admiration et de la reconnaissance à ce « gardien de la beauté » qui a nom James Miller. Ne vient-il pas de découvrir la dent artificielle par excellence, celle qui ne se casse pas, ne se détache plus, n'offre aucune trace d'artifice, et dont la pose est complètement insensible ?

Le Louvre dentaire innove à ce sujet un service de renseignements gratuits.


Aujourd'hui s'ouvre chez Guerchet, 30, boulevard Malesherbes, l'orfèvre connu par ses envois au Salon des Champs-Élysées, une exposition d'une intensité d'art, d'une variété et d'un charme de coloris unique.


Chronique des théâtres

Le boulevard Poissonnière était, hier, littéralement obstrué par la queue interminable des personnes qui voulaient entrer à Parisiana. Aussi, est-ce devant une salle archibondée, tant en matinée qu'en soirée, qu'a été jouée la revue les Pétards de l'année, qui s'affirme comme un des plus gros et des plus joyeux succès de la saison.

***

M. de Chirac, directeur du Théâtre-Réaliste, va nous donner dans quelques jours, au Nouveau-Théâtre, un spectacle rigoureusement « vécu » et par cela même sensationnel, composé de : Neorosée, étude de mœurs féminines en trois périodes, et de l'Œuvre de chair, reproduction d'une liaison fatale en deux parties. Ce spectacle étant, bien entendu, absolument privé, les inscriptions sont reçues d'avance à l'administration, 6, rue Robert-Estienne (Champs-Élysées).


L'élite des élégances parisiennes se réunit au café de la Paix depuis sa récente transformation. On sait que Ledoyen vient de prendre possession de cette maison incomparablement située et installée tout y est prévu et combiné pour attirer la clientèle et la retenir cuisine des plus soignées, service irréprochable et addition modérée; les nouveaux soupers-concert y obtiennent également un succès croissant.

Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 Apenta

Constance
Les eaux minérales, ainsi que les vins, subissent en vieillissant des transformations qui en dénaturent l'essence rares sont celles qui échappent à la loi commune. De ce nombre est l’Apenta, qui, mise en bouteille, conserve une composition constante et constitue le purgatif par excellence.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 VELOCIPEDIE - APL 21/02/97

VELOCIPEDIE

LA BICYCLETTE ET SON DÉVELOPPEMENT

On tend à employer chaque jour des multiplications de plus en plus grandes ce qui n'est pas à la portée de tout le monde. Une machine qui développe 5 mètres par double tour de pédale exige déjà un bon effort dans les côtes et, en dehors des professionnels, nous ne voyons aucun avantage à adopter ces multiplications considérables. La manivelle aussi augmente de longueur ; c'est un tort. On se fatigue vite sur de grandes manivelles. La meilleure dimension est 16 centimètres à 16 centimètres 1/2, à moins d'avoir des jambes de gazelle.

Voici quelques chiffres sur les développements usités chez les divers coureurs : Arend emploie une manivelle de 16 et un développement de 6m 30; Beaugé, manivelle 16 1/2, développement 7m 30 ; Champron, 16 et 7m 20 ; Collomb, 16 et 7m 60 ; Deletienne, 17 et 6m 60 ; Fischer, 17 et 8m 20 ; Fossier, 15 et 7m 30 ; Huret, 16 1/2 et 7m 30; Jaap Eden, 16 1/2 et 6m 50 ; Jacquelin, 16 et 6m 50 ; Mac Gregor, 16 1/2 et 6m 60 ; Morin, 16 et 6m 60 ; Nieuport, 16 et 8m 20 ; Taylor, 16 1/2 et 7m50; van den Born, 18 et 8m 30, etc. Le plus grand nombre de nos sprinters ont adopté 6m 60. Quelques-uns ont préféré l'énorme développement de 8 mètres. Les stayers choisissent en moyenne 7m 50. Le nombre de dents le plus généralement préféré pour le pignon d'arrière est de 7. Nous le répétons, ces développements, bons pour les coureurs, seraient excessifs pour des amateurs qui veulent simplement se promener ou même faire de la route.

A moins d'être très grand, la manivelle de 16 à 16 1/2 doit être préférée. Il peut y avoir des inconvénients à augmenter l'amplitude du mouvement des jambes et à les plier beaucoup plusieurs fois par minute. L'intestin grêle qui est logé tout près du pli de l'aine pourrait en témoigner son mécontentement et les muscles qui le retiennent céder un beau jour à ce mouvement exagéré. Donc, restons dans les limites raisonnables de 16 à 17 centimètres au maximum.

HENRI DE PARVILLE.
APL - 21 février 1897

 L'homme momie - Par. 25/02/97

L’homme-momie

Le Petit Parisien a eu, hier, la visite d'un être étrange, qu'on a surnommé l'homme-momie, et qui, âgé de vingt-huit ans, ne pèse guère plus de vingt kilos. Sa taille est d'environ 1 mètre 45.

Le visage, horrible et tendu de peau parcheminée, et les membres squelettaires, où toutes les saillies osseuses apparaissent, semblent bien, en effet, appartenir à quelque cadavre momifié depuis des siècles.

Et pourtant, ce curieux phénomène, qui porte le nom de Castagna, se porte fort bien. Il est, de plus, fort intelligent et possède les certificats d'étude et de grammaire.

L'homme-momie est venu à Paris pour se montrer à la Faculté de médecine.

Le Petit Parisien - 25 fébvrier 1897

 LE CHAT ARTIFICIEL - Parville - 1897

Le chat artificiel

Toujours l'imagination des inventeurs. Il en est un qui vient d'imaginer un chat artificiel. Parce que le chat naturel a des inconvénients et que l'on peut, en le faisant artificiel, ne lui conserver que ses qualités, celles de faire la guerre aux rats et aux souris. Le chat en chair et en os laisse quelquefois, dans les appartements, un souvenir superflu de son passage ; il est cruel pour les oiseaux et les détruit sans pitié, il vole la cuisinière et enfin... il peut devenir enragé. Ce n'est plus le cas pour le chat artificiel. Il ne dérobe rien, il ne miaule jamais, il ne mange pas les petits oiseaux ; il est fort propre et ne court jamais chez le voisin et cependant il est tout aussi efficace que son congénère pour débarrasser une maison des souris. Qu'est, ce donc que le chat artificiel ?

C'est un animal en plâtre ou en terre glaise que l'on recouvre de la peau d'un chat et qu'on laisse en société de chats pendant un certain temps. Après quoi on barbouille ses faux yeux avec du sulfure de calcium pour les rendre phosphorescents la nuit. Alors, il suffit de déposer ce félin inerte à la cave ou au grenier, partout où l'on redoute la venue des souris. L'inventeur affirme que les rongeurs, en apercevant les yeux flamboyants de leur ennemi héréditaire, en sentant la présence du chat, détalent au plus vite et que, après quelques jours de ce manège, toutes les souris changent de demeure et émigrent au loin. Ce chat industriel est vraiment un chef-d'œuvre d'ingéniosité. Il figurera sans doute à la prochaine exposition du jardin d'Acclimatation. Mais j' aurais aimé connaitre aussi l'opinion des souris sur le nouveau chat de 1897.

HENRI DE PARVILLE.
Les annales politiques et littéraires
17 janvier 1897

 LA GUERRE SANS EFFUSION DE SANG - 1897

LA GUERRE
SANS EFFUSION DE SANG

De nombreux romanciers écrivant spécialement ad usum juventutis ont souvent fait intervenir, dans le récit d'héroïques combats très invraisemblables, l'usage de gaz soporifiques qui réduisent à l'impuissance l'un ou l'autre des belligérants. Ce rêve serait-il sur le point de devenir une réalité ?

On annonce, en effet, qu'un humble chimiste de Varsovie, nommé Simon Pavlowski, a découvert un nouvel anesthésique jouissant des plus merveilleuses propriétés. L'inventeur assure que lorsque ses obus inoffensifs, à enveloppe de gélatine et chargés de gaz, feront explosion sur un champ de bataille, les combattants tomberont doucement et instantanément sur le sol, en proie , à une profonde léthargie d'où ils ne sortiront qu'au bout de quinze heures, sains et saufs, mais sans armes, sans drapeaux, sans bagages, et prisonniers de leurs adversaires.

Cela ne vaudrait-il pas mieux que la future charcuterie à la mélinite ?

APL - 28 novembre 1897

 Psychologie du coureur bicycliste - 1897

Psychologie du coureur bicycliste

On s'est souvent demandé à quoi pensent les jeunes filles. Voilà qu'un reporter anglais s'est avisé de savoir à quoi pouvait bien penser le coureur bicycliste pendant ses exercices. Le célèbre Michaël a répondu et, comme tout ce qui est sincère et réellement éprouvé, sa réponse est un enseignement. M. Pierre Valdagne nous la donne telle quelle : le coureur velocipédique ne pense à rien.

Quoi! direz-vous, il ne pense même pas à arriver premier? Non... même pas. Il n'y pense pas parce qu'il ne peut pas : l'effort qu'il est obligé de donner absorbe toutes ses facultés musculaires et toutes ses facultés mentales. Vraiment il ne pense à rien.

Quant à ce qu'il éprouve, c'est tout à fait particulier. Le pédalage à haute pression enlève d'abord le sens de l'ouïe. Michaël déclare qu'après quelques tours de piste, il n'entend plus rien... à peine les avertissements de ses entraîneurs. Les cris de la foule, les hourras, les encouragements de la galerie, il les perçoit lointains, comme venant à lui à travers de considérables distances. Du reste, il ne voit rien. Vers le milieu de la course, il perd conscience de la lumière du jour Il lui semble être environné de nuit ; il avance dans l'obscurité la plus dense. Et enfin l'absence complète de renseignements que nous donne le coureur sur les derniers instants de la course nous permet de croire qu'à ce moment-là il n'y a plus, absolument, que ses pieds qui vivent en lui. Il ne reprend conscience de lui-même que peu à peu et longtemps après être descendu de machine.

Ce témoignage me semble d'une capitale importance. Il établit que la gloire et le succès ne s'attachent pas exclusivement aux travaux de l'esprit, et il y a là de quoi consoler bien des gens. On a dit que lorsqu'un peuple devenait trop intellectuel, il n'était pas loin de sa décadence. Rassurons-nous ! Les sports athlétiques, et la bicyclette en particulier, retarderont cette dégringolade. Les impressions d'un coureur sur piste nous donnent sur ce point toute quiétude.

APL - 19 décembre 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 DISTINCTION - APENTA

DISTINCTION

II y a fagots et fagots. Il y a de même eaux purgatives et eaux purgatives. Mais pour ces dernières le choix est plus délicat, car de leur emploi dépend la santé, notre bien le plus précieux. C'est se tromper grossièrement que de croire qu'il suffit à une eau du purger pour être bonne. Il lui faut évidemment débarrasser l'intestin, mais elle doit, de plus, éliminer et neutraliser les principes morbides que celui-ci peut contenir. C'est le cas de l'Eau Apenta qui, la plus riche en sulfate de magnésie, est la seule où se trouvent aussi en solution les sels de lithine, de fer, etc., composés qui produisent une influence très heureuse sur nos organes.

Le rapport de l'éminent professeur Pouchet prouve surabondamment la supériorité de l’Apenta sur les autres eaux purgatives.

Voici du reste en quels termes il s'explique

« C'est une eau constante dans sa composition. La prédominance du sulfate de magnésie, la présence du fer, du lithium, du bicarbonate  de soude, les traces de brome, de bore, de fluor et de thallium sont autant d'avantages qui appellent sur cette eau purgative l'attention des thérapeutes et la recommandent aux médecins. »

NOUVELLES À LA MAIN
Mme de B. fait mander le nouveau précepteur de son fils

Mme de B... fait mander le nouveau précepteur de son fils, frais émoulu du baccalauréat -.pas le précepteur et lui reproche avec une véhémente, indignation d'avoir été rencontré, avec son élève dans un établissement aussi chorégraphique que peu édifiant.

Le précepteur, faisant bonne contenance :

— Cela entre, madame, dans mon système d'éducation, Je commence par montrer à votre fils le monde qu'il ne faut pas fréquenter !


Dans les Pyrénées :

Dans les Pyrénées :

Un guide fait admirer à une bande de touristes le merveilleux écho qui se prolonge au delà de la frontière espagnole.
— Et vous remarquerez, messieurs et mesdames, fait-il avec conviction, qu'au delà de la frontière il répète les mots avec l'accent espagnol !


Un monsieur qu'un fiacre désespérément lent

Un monsieur qu'un fiacre désespérément lent transporte à la gare consulte anxieusement sa montre. Tout à coup, il lui vient une idée.

— Tenez, dit-il au cocher, voici les trente sous de la course. Pour le pourboire, il faudra que je change cent francs mais je n'en aurai pas le temps si nous allons de ce train-là.

Instantanément, le cocher prend une allure fantastique. Et, en mettant pied à terre, le voyageur tire cinq sous de sa poche et les donne à l'automédon.


Un brave homme de paysan, venu à Paris

Un brave homme de paysan, venu à Paris pour la première fois, visite le Salon des Champs-Élysées, piloté par son fils, vieux Parisien, qui lui donner les explications nécessaires.

Arrivé à la sculpture, on s'arrête devant les bustes, alignés en rang sur leurs socles. Le paysan en regarde un, puis deux, puis trois, et à la fin, très intrigué :

— Ah çà ! dit-il mais ils sont donc tous culs-de-jatte, à Paris ?


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


La calomnie, ce n'est pas mauvais... contre l'hypocrisie.