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294e jour de l'année — Septième année — N°3255 Samedi 21 Octobre 1897

ÉCHOS DU JOUR


Ce qui se passe


 LA GRÈVE DES BOUCHERS

LA GRÈVE DES BOUCHERS

Ça continue à se compliquer. Voici maintenant que les patrons, désavouant les arbitres qu'ils avaient désignés, refusent de s'exécuter. Dans une affiche apposée hier matin, ils invitent leur personnel à reprendre la travail aux conditions anciennes. A la même heure apparaissait une -affiche du syndicat ouvrier, invitant les abatteurs à continuer la grève et à ne pas se laisser endormir (sic) jusqu'à ce que le préfet ait apposé sa signature.

Les patrons charcutiers le prennent de plus haut; ils déclarent que les ouvriers ne savent pas ce qu'ils veulent que le conseil municipal est incompétent et qu'il faut absolument que le travail de nuit continua pour permettre aux ouvriers charcutiers de devenir patrons à leur tour. Ils menacent en outre les ouvriers de se servir de machines à abattre, grâce auxquelles dix ouvriers au lieu de deux cents suffiront aux besoins de la consommation parisienne. Et comme tout en France se termine par des réunions, tous les charcutiers de Paris en tiendront une demain.

Les arbitres des charcutiers n'ayant pas même pu se mettre d'accord pour désigner un tiers arbitre, ce; n'est donc pas de ce côté qu'on peut espérer la solution de la grève.

Mais voilà bien d'une autre. II parait que la grève réduira au chômage d'abord les boyaudiers, puis les fabriques de saucissons de baudruche, de cordes à violon, etc. Tout ce monde proteste qu'il n'est pour rien dans le conflit actuel, ce dont on n'a jamais, douté. Mais il est permis de se demander comment feraient les violonistes si les cordes leur manquaient ? Que ces derniers ne s'alarment pas à défaut de boyaux de mouton, on en reviendrait aux boyaux de chats. Ces pauvres animaux, exposés déjà il se voir réduire leur ration de mou, ont donc la perspective d'être immolés parce que les charcutiers ne veulent pas travailler la nuit. 0 conséquences des conséquences !

Aux abattoirs, hier samedi, animation un peu plus grande que les jours précédents. Dans soixante et onze échaudoirs, travaillaient deux cent huit patrons ou membres de leurs familles et quelques ouvriers. On signale d'ailleurs l'arrivée de quelques ouvriers suisses et lyonnais.

D'autre part, le comité de la grève cherche à entraîner les ouvriers bouviers et meneurs de viande les efforts ne paraissent pas devoir être couronnés de succès.

Aux Halles. Légère hausse sur les veaux et les moutons, baisse sur les porcs, cours stationnaire sur les bœufs.

Le Gaulois — 7 novembre 1897
 LE CACAO VAN HOUTEN

LE CACAO VAN HOUTEN

Beaucoup de personnes ne peuvent consommer habituellement du chocolat sans éprouver tôt ou tard des troubles digestifs plus ou moins prononcés. Cela tient à ce qu'il renferme un excès de substances grasses.

Elles n'ont qu'à le remplacer par le Cacao van Houten, d'un goût plus fin et d'une digestion plus aisée, et elles verront rapidement disparaître toute trace d'indisposition.

Le Cacao van Houten constitue le breuvage par excellence pour le repas du matin.

Encore un drame


 Un drame montmartrois

Un drame montmartrois.

Ils se connaissaient depuis leur enfance la plus tendre, et les habitants du versant nord de la butte Montmartre se souviennent fort bien de les avoir vu jouer tous deux « au petit mari et à la petite femme » derrière les contreforts de la rue Saint- Vincent.

Ils s'étaient dit « Quand nous aurons l'âge, nous nous marierons pour de vrai. »

Paul Balbien a aujourd'hui seize ans; il habite, 4, rue Leibniz. Sa petite amie, Marie Baillon, a quinze ans ; elle demeure, avec ses parents, au n° 37 de la rue des Saules. Le jeune garçon n'avait pas tardé à se lier avec tous les petits voyous de Montmartre et autres lieux circonvoisins Des Grandes-Carrières à la Goutte-d'Or, on ne le connaissait pas très avantageusement que sous le sobriquet de Paulot.

Bref, l'année dernière, le précoce Paulot devenait l'amant d'une petite gourgandine de Montmartre, Berthe Chapuzot, qu'il rouait de coups matin et soir, histoire de s'entretenir la main, comme ses aînés du boulevard extérieur.

Il y a un mois, fatiguée de l'existence abominable que Paulot lui faisait et ayant appris que Marie Bâillon soupirait toujours tendrement pour son ami d'enfance, Berthe Chapuzot alla trouver la jeune fille et lui proposa de la mettre sur l'heure en possession du cœur de Balbien. Elle-même serait bien débarrassée. Marie accueillait cette proposition avec joie. L'était une jolie fille maintenant. Elle posait chez le peintre Dubufe, avenue de Villiers, et chez plusieurs autres artistes de Montmartre. Eu somme, elle gagnait sa vie comme modèle.

Berthe lui ménagea un rendez-vous avec Paul et lui abandonna gaiement son amant. Le petit modèle ne tarda pas à se repentir de sa folie. Paul Balbien obligea bientôt la jeune Marie à poser l'ensemble pour des messieurs vieux souvent qui n'étaient pas des peintres, et, lorsque la pauvrette refusait, les coups pleuvaient sur ses chétives épaules.

Un soir que la jeune fille et une de ses amies se trouvaient en compagnie d'un monsieur occupant une belle situation, Balbien s'était précipité sur lui en s'écriant Misérable vous accostez mes sœurs pour les déshonorer Vous ne savez donc pas qu'elles sont mineures ?

Et le monsieur, afin d'éviter un scandale, avait été obligé de dénouer les cordons de sa bourse.

Sur le conseil des peintres ses amis, Marie Baillon se décida à quitter le hideux Paulot.

Samedi dernier, elle ne voyait pas Paul Balbien. Ce dernier allait l'attendre, avenue de Clichy, et lui portait un coup de couteau au bras droit.

La victime n'osait déposer une plainte. Le lendemain, Paul rencontrait un de ses-amis, auquel il racontait complaisamment son équipée, comme s'il eût accompli un haut fait !

Tiens, voilà un revolver, lui dit l'ami tue-la Cela servira d'exemple aux autres. Paulot prit l'arme, et, hier soir, vers onze heures et demie, fallait se poster au coin des rues Lamarck et des Saules.

Lorsque la jeune fille parut, rentrant chez elle, il lui tira un coup de revolver presque à bout portant.

Marie Baillon fut atteinte au-dessus du sein gauche. On dut la transporter l'hôpital Bichat. Son état est grave.

Paulot a été arrêté et a été envoyé au Dépôt par M. Dupuy, commissaire de police du quartier des Grandes-Carrières. L'individu qui lui a prêté le revolver est activement recherché.

Le Matin – 14 octobre 1897

En pages intérieures

Echos et nouvelles


 Psychologie du coureur bicycliste - 1897

Psychologie du coureur bicycliste

On s'est souvent demandé à quoi pensent les jeunes filles. Voilà qu'un reporter anglais s'est avisé de savoir à quoi pouvait bien penser le coureur bicycliste pendant ses exercices. Le célèbre Michaël a répondu et, comme tout ce qui est sincère et réellement éprouvé, sa réponse est un enseignement. M. Pierre Valdagne nous la donne telle quelle : le coureur velocipédique ne pense à rien.

Quoi! direz-vous, il ne pense même pas à arriver premier? Non... même pas. Il n'y pense pas parce qu'il ne peut pas : l'effort qu'il est obligé de donner absorbe toutes ses facultés musculaires et toutes ses facultés mentales. Vraiment il ne pense à rien.

Quant à ce qu'il éprouve, c'est tout à fait particulier. Le pédalage à haute pression enlève d'abord le sens de l'ouïe. Michaël déclare qu'après quelques tours de piste, il n'entend plus rien... à peine les avertissements de ses entraîneurs. Les cris de la foule, les hourras, les encouragements de la galerie, il les perçoit lointains, comme venant à lui à travers de considérables distances. Du reste, il ne voit rien. Vers le milieu de la course, il perd conscience de la lumière du jour Il lui semble être environné de nuit ; il avance dans l'obscurité la plus dense. Et enfin l'absence complète de renseignements que nous donne le coureur sur les derniers instants de la course nous permet de croire qu'à ce moment-là il n'y a plus, absolument, que ses pieds qui vivent en lui. Il ne reprend conscience de lui-même que peu à peu et longtemps après être descendu de machine.

Ce témoignage me semble d'une capitale importance. Il établit que la gloire et le succès ne s'attachent pas exclusivement aux travaux de l'esprit, et il y a là de quoi consoler bien des gens. On a dit que lorsqu'un peuple devenait trop intellectuel, il n'était pas loin de sa décadence. Rassurons-nous ! Les sports athlétiques, et la bicyclette en particulier, retarderont cette dégringolade. Les impressions d'un coureur sur piste nous donnent sur ce point toute quiétude.

APL - 19 décembre 1897

 L'escroquerie au trésor caché - 1897

L'escroquerie au trésor caché

La Sûreté générale vient de prendre la peine, une fois de plus, de mettre le public en garde contre une certaine escroquerie devenue légendaire, et que l'on cultive particulièrement en Espagne. De temps en temps vous arrive de ce charmant pays une lettre chargée, fortement timbrée, aux allures pesantes et cossues, qui vous annonce qu'un trésor est caché dans quelque coin d'Andalousie, que l'on connaît l'endroit exact de la cachette, mais qu'on ne peut procéder aux fouilles qu'après des formalités préalables qui nécessitent une certaine somme d'argent.

Vous devinez le reste. Le mystérieux correspondant vous demande la somme d'argent et en échange s'engage à partage le trésor avec vous. C'est tout à fait enfantin, n'est-ce pas? J'oserai même dire parfaitement idiot; Eh bien! le nombre de gens qui s'y laissent prendre est incalculable., La somme qu'on leur demande est; d'ailleurs, minime. Une centaine de francs : pour gagner un trésor! On peut bien risquer 1 aventure. J'ai une vieille tante à qui l'on a soutiré ainsi près de 500 francs qu'elle aurait mieux fait de perdre en me les donnant. Cela n'a pas altéré sa confiance elle attend toujours ses châteaux en Espagne !

Et croyez bien qu'elle n'est pas seule en son genre. La race des gogos s'étend à l'infini. On en trouvera toujours pour toutes les bizarreries, pour toutes, les extravagances, pour toutes les opérations qui se passent dans la lune. Quoi de plus banal, de plus connu que le vol classique à l'américaine ? Il fait chaque jour, cependant, de nouvelles victimes. Le vol à l'espagnole continuera d'avoir le même succès, et toutes les circulaires de police n'y changeront rien. On peut, à la rigueur, garder les gens des sottises d'autrui on ne les garde pas de leur propre sottise !

Le Figaro — 8 sept. 1897

 M. Darlan, ministre des cultes - Fig. 14/01/97

Précisions

Plusieurs de nos confrères ont cru pouvoir annoncer que le gouvernement français était « tombé d'accord avec le Saint-Siège pour offrir l'évêché de Rodez à M. l'abbé Hazera, curé de Là Bastide, à Bordeaux ».
Ce qui est vrai, c'est que M. Darlan, ministre des cultes, a l'intention de nommer à cet évêché M. l'abbé Hazera qui est son cousin.
Le choix du ministre est d'ailleurs excellent à tous égards et il est vraisemblable qu'il lui donnera à bref délai les suites nécessaires.
Mais à l'heure actuelle, il n'y a pas eu à ce sujet ombre de pourparlers entre le ministère des cultes et la nonciature.

Le Figaro - 14 janvier 1897

 La peur des mots - 1897

La peur des mots.

La petite ville de Saint-Etienne-de- Saint-Geoirs (Isère), dont le maire est un député radical répondant au nom parfaitement inconnu à Paris d'Octave Chenavaz, a eu l'autre jour, comme à peu près partout sa petite fête au bénéfice des enfants pauvres.

Seulement radicalisme oblige la petite fête qui, partout ailleurs, s'intitulait « arbre de Noël», fut étiquetée, à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, «arbre du jour de l'an ».

C'est ainsi que, à Paris, les étudiants libres penseurs, et aussi, sans doute, quelques étudiants libres farceurs, baptisent « boul' Mich' » le boulevard Saint- Michel et rue Le la rue Monsieur-le- Prince.

Ces fantaisies rappellent un peu avec beaucoup moins d'esprit la réponse d'un ci-devant gentilhomme cité

en 1793 devant le Tribunal révolutionnaire.

Comme le président d'assassins la définition est de Robespierre lui-même lui demandait son nom et ses qualités, l'accusé répondit :

— Je n'ai pas de nom, je ne suis rien ni personne. Autrefois on m'appelait le comte de Saint-Cyr, mais aujourd'hui il n'y a plus de comte, ni de « de », ni de saint, ni de sire. C'est même assez ennuyeux pour vous, car enfin il vous sera difficile de condamner à mort quelqu'un qui n'existe pas.

Pour en revenir à M. Octave Chenavaz, député radical de l'Isère, qui supprime Noël de son calendrier, cela doit joliment le contrarier d'être maire d'une commune dans le seul nom de laquelle il y a deux saints.

Le Figaro — 10 janvier 1897

 Un nouveau mode de chasse aux perdreaux - nov 1897

Un nouveau mode de chasse aux perdreaux

Un nouveau mode de chasse aux perdreaux vient d'être inauguré dans un département limitrophe de ta Seine. Voici en quoi il .consiste.

On lance un cerf-volant ayant la forme et l'aspect d'un oiseau de proie. Les perdreaux se figurent que c'est un de leurs ennemis redoutables qui plane pour les surprendre. Terrorisés à cette vue, les naïfs volatiles se cachent sous les touffes d'herbe ou au milieu des luzernes, où on peut les tuer au visé les uns après les autres sans qu'ils cherchent à fuir. On peut même parfois les prendre avec la main.

Reste à savoir si le cerf-volant ne sera pas bientôt classé parmi les engins prohibés.

Le Figaro – 2 novembre 1897

 La visite du président de la Rép

La visite du président de la République à l'hospice des vieillards de Boulogne

Le président de la République, accompagné général Tournier, des commandants Humbert et Legrand et de M. Le Gall, a quitté, hier, l'Élysée, à deux heures vingt, pour inaugurer le nouvel hospice des vieillards de Boulogne sur Seine.

Reçu au milieu des fleurs, des drapeaux et des vivats par le ministre de l'intérieur, les présidents du conseil municipal de Paris et du conseil général, les préfets de la Seine, de-police, MM. Poirrier, sénateur; Rigaud, député; Escudier, Peyron, etc., M. Félix Faute a répondu aux allocutions de M. Jochum, maire de Boulogne; Gervais et de Selves, par la remise de la rosette d'officier de l'instruction publique à M. Jochum, des palmes académiques à MM. Chevalier, secrétaire de la mairie de Boulogne, Gionnier professeur à l'Association philotechnique, et de la croix du Mérite agricole à MM.. Vidal-Beaume et Chartier.

Au cours de la distribution des médailles d'honneur, l'un des médaillés, vieux garçon de chantier, comptant plus de trente ans de services, voulait absolument, dans sa joie, embrasser lé président.

― On ne donne l'accolade, lui a fait observer M. Félix Faure, que lorsqu'on remet la Légion d'honneur nous verrons plus tard.

La visite de l'hospice a commencé par les dortoirs des  femmes, s'est poursuivie par les bâtiments réservés aux hommes, les cuisines, la machinerie, et s'est terminée par les réfectoires, dans l'un desquels un lunch avait été servi.

M. Gervais, président du conseil générale a porté un toast à la santé du président de la République, qui s'est  retiré, très acclamé, ainsi que M. Barthou.

Le Matin ― 18 mars 1897

 LE DÉSAGRÉMENT DES MANCHES COURT

LE DÉSAGRÉMENT DES MANCHES COURTES.

La mode des manches courtes cause à la fois joie et ennui, car si les femmes douées de beaux bras et de jolies mains sont enchantées, d’autres, moins heureuses sous ce rapport, prévoient des blessures d’amour-propre. Épargnons-leur ce chagrin en rappelant que la Pâte des Prélats est souveraine pour affiner, blanchir et assouplir l’épiderme le plus rude et donner aux mains un aspect très aristocratique. Ce produit. dont il faut éviter les contrefaçons, appartient à la Parfumerie Exotique. 55 rue du 4-Septembre et vaut 5 francs et 5 fr. 5o franco.

NOUVELLES À LA MAIN
On vient offrir à un marchand un tableau représentant Charlemagne

On vient offrir à un marchand un tableau représentant Charlemagne.

Le brocanteur le regarde dans tous les sens et finit par dire :

— Cette peinture ne me semble pas avoir grande valeur.., excepté pour quelqu’un qui serait de la famille.


Calino a un nouveau valet de chambre

Calino a un nouveau valet de chambre qu'il a fait venir de son pays
— Si quelqu'un vient me demander, lui dit-il, tu diras que je suis sorti.
— Bien, dit l'autre, et s'il ne vient personne ?


Flirt moderne :

Flirt moderne :

LUI. — Voulez-vous que nous fondions, à nous deux, une Société d'admiration mutuelle ?... Ainsi, moi, j'admire vos beaux yeux... et vous, qu'admirez-vous en moi ?...

ELLE. — Votre bon goût !...


Un professionnel de la mendicité

Un professionnel de la mendicité, tantôt aveugle et tantôt manchot n'a pas voulu laisser passer l'occasion de spéculer sur la générosité des Parisiens pendant ces jours de fête. Il s'est installé sur les boulevards avec un (écriteau très apparent sur lequel on lit :

« Aidez-moi les uns les autres ».


Un paysan dans une gare parisienne

Un paysan dans une gare parisienne :

— Combien, vous dites ?

— Trois francs soixante.

— Trois francs, hein ?

— Trois francs soixante. Dépêchez-vous, le monde attend derrière vous.

— C’est trois francs et un fromage. C’est dit ?

— Allez-vous en... circulez ! le monde attend.

— Ah ! ben, vous savez, bonsoir ! Faut pas tant faire le fier ! Y a d’autres gares à Paris !

Et le paysan s’éloigne avec un rire muet.

Le mot d'Alphonse Allais


Je bois pour oublier que je suis un ivrogne.