Dimanche 4 Août 1897


217e jour de l'année


Aujourd'hui,


 collier en celluloïd blanc

CHRONIQUE DE L'ÉLÉGANCE

Mettez à un basset allemand de petite taille, de ceux auxquels leurs courtes pattes et leur corps allongé donnent une allure rampante et serpentine, un collier en celluloïd blanc en forme de faux col à coins cassés. Avec leur poil noir aussi luisant que !e satin, leurs longues oreilles, leurs pattes qui semblent gantées de peau de Suède, et leur grave attitude, vous aurez la tête de chien !a plus amusante que l'on puisse imaginer. Ces colliers en celluloïd sont fort solides et se lavent comme de la porcelaine.

Une recette
de
Mme de Bonnechere

 Bœuf bouilli à la mousquetaire.

Bœuf bouilli à la mousquetaire. Prenez une échalote, du cresson, du cerfeuil et de l’estragon, environ une poignée en tout, et pilez dans un mortier, ajoutez-y une cuillerée de glace de viande, poivre, sel, muscade râpée et une de moutarde. Puis passez au tamis et délayez avec deux cuillerées d’huile d’olive que vous verserez peu à peu en tournant toujours. Quand votre sauce est bien liée, ajoutez-y un jus de citron, un filet de vinaigre ou du verjus au choix. Servez dans votre saucière en même temps que le bœuf froid.

 Conseil aux lecteurs - Magasin Pittoresque—1880

Conseil aux lecteurs

Ne lisez pas des heures entières sans vous reposer ; arrêtez-vous souvent pour regarder au loin à travers une fenêtre, ou portez vos yeux en haut si votre vue est bornée par un mur très rapproché ; prenez des notes en lisant, arrêtez vous pour réfléchir ; mieux encore, abandonnez votre siège et faites quelques pas dans votre appartement. Avant et après une lecture prolongée, prenez de l’exercice au grand air, en ayant le soin de fixer les objets éloignés, le bleu du ciel, le sommet des édifices, et, si l’on est à la campagne, les coteaux à l’horizon, la verdure des prairies.

 La phosphatine Falières

La « Phosphatine Falières », dont l’usage est universellement recommandé et apprécié dans l’alimentation de l’enfance, est l’objet d’une concurrence acharnée. Certains détaillants peu scrupuleux s’ingénient même à offrir à leurs clients la « Phosphatine » au kilo ! Rappelons à lecteurs que la « Phosphatine Falières » ne se vend qu’en boites d’origine portant le cachet, le nom, la signature de l’inventeur E. Falières. Méfions nous donc des imitations et des substitutions, et exigeons la véritable « Phosphatine Falières » en boites : La santé de nos enfants est en jeu.

 Fleurs et bijoux du jour de l'an - Fig 1/01/97

Jour de l'an


Fleurs et bijoux
du jour de l'an

Etes-vous superstitieuse, madame ? Si oui, vous avez à coup sûr éprouvé quelques appréhensions en recevant des bouquets que la politesse commande de vous offrir à cette fin. d'année, et vous ne serez pas sans vous demander si les bijoux qu'on vous donnera ce matin vont être pour vous un présage heureux ou néfaste de cette année 1897 qui va débuter.

Il est bien entendu que je ne discute pas vos idées sur cette matière on croit à l'influence des pierres, on attache de l'importance aux fleurs et aux couleurs, mais on ne raisonne pas ces impressions-là, je n'ose pas dire ces convictions. Toujours est-il que nombreuses sont les Parisiennes qui ont ces idées-là, ces préjugés si vous voulez. Demandez aux bijoutiers et aux grands fleuristes, ils vous diront combien ces menus détails ont de l'importance dans le choix d'un bijou ou d'un bouquet de prix.

Tous connaissent la signification des couleurs et le langage des fleurs.

Ainsi voici le dictionnaire de quelques nuances que ces spécialistes connaissent bien

Rouge : signifie ardeur, lutte.

Violet : puissance, consolation.

Bleu : confiancgjftendresse.

Vert : mauvaise chance.

Jaune : joie, richesse.

Marron : passé, défiance.

 

Les fleurs aussi ont leur langage et leur signification

 

Le chrysanthème c'est la fleur de l'amitié elle est incompatible avec toute idée d'amour.

Dahlia blanc reconnaissance et remerciement.

Gardènia, blanc élégance, plaisir, honneur.

Jacinthe fidélité.

Marguerite blanche Veuillez croire à mon amour.

Marguerite jaune la fleur des tombes; «Je ne vous aime plus. »

Œillet rouge aventure d'amour, intrigue.

Œillet blanc J'ai confiance.

Lilas blanc amour, volupté.

Lilas mauve amitié, souvenir.

Jonquille le désir.

Camélia talent.

Rose beauté.

 

Ce sont là des énonciations fort connues de ceux que ces détails intéressent mais il est d'autres indications minutieuses qui font partie des sciences occultes et que seuls quelques initiés savent. Afin de ne pas errer sur ce sujet frivole mais d'une importance réelle pour les esprits prévenus, je suis allé demander des détails précis, certains, à Mme de-Thèbes, la chiromancienne qu'Alexandre Dumas fils, qui croyait fort à tous ces à-côté de l'invisible, à lancée dans la voie tracée par Desbarolles. Détail curieux: quand Alexandre Dumas fils est mort, il a laissé inachevé un article sur Mme de Thèbes et sur la science des mains. Je voudrais que cela paraisse dans- le Figaro, disait-il à un intime.

La mort ne lui a pas permis d'achever cette étude il serait peut-être intéressant de retrouver les feuillets commencés.

Mme de Thèbes a hérité du moulage des deux mains du célèbre écrivain, et de la plume avec laquelle il écrivit Frartcillon. Je lui montre les énonciations que je viens de transcrire et elle me donne ma petite consultation, sachant que je n'en abuserai ni pour la raillerie ni pour la médisance.

— Aux couleurs, me dit.elle, vous pouvez ajouter que le vert est l'indice de la mauvaise chance, du manque d'argent; le jaune, celle de l'infidélité. Pour les fleurs, ajoutez aussi que la bruyère est la fleur triste, la pensée la fleur de deuil et la tulipe la fleur souvent fatale.

J'interroge étonné.

— Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien, mais on a remarqué qu'en Hollande presque tous les fleuristes qui se livrent à la culture des tulipes meurent de mort violente ou éprouvent des désastres. Cela est facile à vérifier; je pourrais vous citer vingt exemples. Les occultistes vous diront que si vous voulez porter malheur à un ennemi, vous pouvez lui envoyer des tulipes.

— Nous supprimons donc les tulipes ?

— Absolument. Par exemple je.vous recommande les roses, les lilas et les violettes; la corbeille qui les contiendra devra toujours avoir un ruban rouge, couleur de chance. Voulez-vous qu'il arrive un. événement heureux à une dame ? envoyez-lui un bouquet à un moment où elle ne s'y attend pas, c'est immanquable. Pourquoi? Je ne sais pas exactement, c'est encore le produit de l'observation.

— Et les bijoux, madame, les bijoux, n'ont-ils pas aussi leurs avantages et leurs défaveurs ?

— Je crois bien; tout dépend.du reste de la couleur de la personne qui offre le bijou.

— Vous n'enverrez pas à une brune les même pierres qu'à une blonde le métal lui-même a une influence, c'est un conducteur de la joie et des maléfices. A une brune vous enverrez des bijoux ou l'argent dominera; l'argent est le métal qui donne l'inspiration, la fantaisie les brunes étant d'habitude plus positives, l'argent leur donnera ce qui leur manque l'amour, de l'idéal et de la poésie.

— Et les blondes ?

— C'est tout le contraire,; les blondes sont des impulsives elles sont, sous ll'influence de la lune, des «lunatiques», comme on dit; elles n'ont pas besoin d'être poussées vers l'idéal : à celles-là envoyez des bijoux où l'or domine; l'or les pondérera, calmera-leurs fantaisies et au besoin arrêtera leurs écarts.

— Voici pour les montures; mais pour les pierres ?

— Aux blondes, donnez des rubis ou des grenats, pierres de sagesse qui sont comme des serre-freins de l'instinct. Aux brunes offrez l'améthyste, la pierre de l'espérance, l'émeraude qui est un porte-veine la topaze est excellente pour les blondes, de même la turquoise et le saphir.

— Et les diamants ?

— Tout le monde peut en porter, c'est la pierre de l'élégance sans propriétés et sans dangers.

— Alors, vous croyez à l'influence des pierres sur les personnes qui les portent ?

— Mais oui; les pointes attirent bien la foudre, pourquoi des pierres n'attireraient-elles pas les sensations et les sentiments gais, tristes, mélancoliques ou folâtres ?

Mme de Thêbes me fait là-dessus une longue théorie fort originale.

Sans prendre parti entre les incrédules qui raillent par principe et les croyants qui admettent tout les yeux fermés, il était curieux de résumer ces données qui reposent sur des légendes anciennes, des superstitions parfois, des expériences souvent et des traditions conservées avec respect. Pourquoi les Italiens, même les plus graves, portent-ils une branche de corail à leur chaîne de montre, croyant annihiler l'influence des gens qui ont le mauvais œil ?

Mais, favorables ou funestes, vraies ou erronées, ces croyances étaient bonnes à résumer, comme fantaisie mondaine, au matin du jour de l'an.

Jean-Bernard.
Le Figaro — 1er janvier 1897
 DISTINCTION - APENTA

DISTINCTION

II y a fagots et fagots. Il y a de même eaux purgatives et eaux purgatives. Mais pour ces dernières le choix est plus délicat, car de leur emploi dépend la santé, notre bien le plus précieux. C'est se tromper grossièrement que de croire qu'il suffit à une eau du purger pour être bonne. Il lui faut évidemment débarrasser l'intestin, mais elle doit, de plus, éliminer et neutraliser les principes morbides que celui-ci peut contenir. C'est le cas de l'Eau Apenta qui, la plus riche en sulfate de magnésie, est la seule où se trouvent aussi en solution les sels de lithine, de fer, etc., composés qui produisent une influence très heureuse sur nos organes.

Le rapport de l'éminent professeur Pouchet prouve surabondamment la supériorité de l’Apenta sur les autres eaux purgatives.

Voici du reste en quels termes il s'explique

« C'est une eau constante dans sa composition. La prédominance du sulfate de magnésie, la présence du fer, du lithium, du bicarbonate  de soude, les traces de brome, de bore, de fluor et de thallium sont autant d'avantages qui appellent sur cette eau purgative l'attention des thérapeutes et la recommandent aux médecins. »

Il y a des poudres de riz à tous les prix, mais les personnes soucieuses de leur santé ont adopté la Poudre Simon, dont le suave parfum obtient partout le plus vif succès.

N°11 ― Le feuilleton du journal

 Un jour qu

Un jour qu'il revenait songeur, il sentit une main se poser sur son épaule. Il se retourna vivement et poussa une exclamation de surprise en se trouvant nez à nez avec son ami Letourneur.

— Où vas-tu ainsi, le dos courbé ? demanda Bernard, comme s'il avait quitté Daniel la veille. Tu as l'air de porter le diable en terre !

— Je ne suis pas gai, dit Paul. J'ai des ennuis.

— Pour quoi faire ?

— Ah ! parce que je ne peux pas faire autrement. Ce n'est pas pour mon plaisir.

— Conte-moi ça.

Ils se prirent par le bras, comme au temps de leur plus grande familiarité, et sans penser une seconde à se cacher de celui qu'il avait toujours eu l'habitude de traiter comme un frère, le jeune professeur expliqua à Bernard ce qui lui arrivait. Le grand garçon avait écouté avec une gravité émue le récit de son ami. Il le voyait malheureux et le plaignait sincèrement. Beaucoup moins naïf que Paul, il entrevoyait déjà les causes du changement de front de la famille Guépin, il devinait une ingérence étrangère, des propositions nouvelles, une éviction problabe du fiancé, en présence d'un parti plus avantageux. Toute la politique à la fois naïve et canaille de Guépin se découvrait à lui, et il pensait : Ce pauvre Daniel est roulé par ces gens-là. Il va être la victime d'un marchandage dont il n'a pas la plus légère idée. Peut-être serait- il encore temps d'arrêter les choses, si la fille a du goût pour lui. Il est clair qu'on l'a chambrée pour l'empêcher de dire ou de faire des confidences. Elle est chez la tante, il faudrait que Paul allât l'y rejoindre pour causer avec elle, profiter d'un instant de surprise, d'émotion, et obtenir une nouvelle confi.rmation des promesses échangées. Mais y aller, lui, jamais il ne saura s'y décider. Et s'il se décide il ne sortira pas des difficultés de son entreprise. Il faut que je l'y conduise. Déjà Daniel, inquiet du silence de son ami, le regardait avec des yeux troublés.

— Eh bien ! mon vieux Paul, dit rondement Bernard, il ne s'agit pas de rester ici à tirer la langue, Il faut aller retrouver ta bonne amie, car n'espère pas qu'on te la ramène. On t'a parlé de huit jours, mettons quinze. Ce sont des délais de menuisier. Ils ne sont jamais exacts. Si tu veux un bon conseil, prends le train et va chez la tante relancer Mlle Guépin.

— Mais que dira la tante ?

— Elle dira ce qu'elle voudra.

— Et Florence ?

— Si elle est contente, tant mieux pour toi. Si elle se fâche, eh bien ! tu sauras au moins à quoi t'en tenir. Mais tout est préférable à l'indécision dans laquelle tu vis.

Daniel n'avait besoin que d'être entraîné pour marcher. Il suivit le conseil de Bernard, mais il pria son ami de l'accompagner. Celui-ci curieux de connaître la belle qui jetait tant de désordre dans les pensées du sage Paul, consentit à partir avec lui, et vers les quatre heures, ils descendirent à une petite station de la ligne de Beauvais et en un temps de marche gagnèrent la maison de la tante. C'était une rentière de village, vivant entre ses chats et sa bonne, qui ne désirait en aucune façon recevoir la visite de sa nièce, et ne manifestait que par politesse, et pour dire quelque chose, dans ses lettres de bonne année, le regret de ne pas embrasser Florence. Elle avait été ahurie d'abord, gênée ensuite, puis pas mécontente enfin d'avoir à loger la jeune fille pendant huit jours. Elle l'avait trouvée charmante, après l'avoir examinée, et s'était amusée de l'émoi que l'arrivée de cette petite Guépin avait causé dans le pays. On était venu la voir, comme une curiosité, on avait fait force politesses à la vieille tante qui tout à coup se voyait tourner au personnage. Quelle ne fut pas son agitation, quand sa bonne entra comme un coup de vent, un bel après-midi, en criant :  

— Madame, c'est deux messieurs de la ville pour Mademoiselle !

Florence n'était pas loin et elle avait l'oreille fine car elle apparut instantanément dans la salle, juste à point pour recevoir Paul et Bernard qui faisaient leur entrée.

Il ne faudrait pas jurer que c'était son fiancé qu'elle attendait. Elle croyait plutôt à l'arrivée d'un prince Charmant conduit vers elle par M. Lefrançois. Car depuis les confidences du père Guépin, elle avait rêvé à son aventure, et s'attendait à des surprises extraordinaires. Celle qui lui était ménagée la saisit un peu et, en présence des deux jeunes gens, elle resta interdite. Elle se laissa cependant prendre la main par le jeune professeur et attendit qu'il lui présentât Bernard Letourneur, dont elle admirait, au même moment, l'air de force, la belle tournure et l'air assuré.

— Mademoiselle, dit l'ami de Daniel, je vous amène un pauvre garçon que votre départ avait jeté dans la désolation. En vous voyant, je m'explique son chagrin.

Florence rougit, en souriant à Daniel, et elle répondit évasivement :  

— Il ne faut pas m'en vouloir, je n'ai fait qu'obéir à mon père.

GEORGES OHNET