CONTE DU JOUR DE L'AN - APRÈS LES VISITES

CONTE DU JOUR DE L'AN

APRÈS LES VISITES

Ganté de blanc, rasé de frais, la tête au supplice sous le poids du casque, le capitaine Dureau se hâtait dans la grande avenue. « Réunion de MM. les officiers, à une heure, devant l'hôtel de la Préfecture. Grande tenue de service. » Cette phrase l'obsédait depuis cinq minutes. En passant devant l'église Saint-Xavier, il leva les yeux. Une heure trois.

« Le diable emporte les épaulettes neuves ! » Les siennes avaient fait craquer une des pattes de sa tunique. Le temps de chercher des aiguilles, du fil, et que son ordonnance, de ses grosses mains rouges malhabiles, rajustât la mince patte d'argent, il avait perdu un bon quart d'heure. « Brr!... Mauvaise invention, décidément, ces épaulettes !-Deux degrés au-dessous de zéro... On gèle... Pas moyen de garder la pelisse ou le manteau avec ces ornements-là. C'est qu'il fait froid sous la pèlerine. Brr !... Quel torse, par exemple ! Voilà des épaules carrées ou je ne m'y connais pas ! »

La devanture d'un magasin de modes offrait justement sa glace. Le capitaine Dureau y jeta en passant un coup d'œil satisfait. Grand, mince, la figure volontaire avec la moustache brune et retroussée, des yeux assez intelligents, il se trouva jolie tournure, sous le casque nickelé et doré, le plumet rouge et la crinière flottante. Les plis droits de la grande pèlerine, tombant sur le satin luisant du garance à bandes noires, lui parurent fiers, ainsi que le sabre clair et la dragonne d'or. Il pensa alors à son escadron, non pas à l'écrasante responsabilité, aux multiples devoirs de la paix, à l’inconnu formidable de la guerre. Il eut seulement le sentiment vif de son autorité, le petit plaisir vaniteux du commandement. Flac ! le pied dans un tas de boue et de neige durcie !« « C'est la mort des bottes vernies, ça ! A-t-on idée de faire des visites par un temps pareil !»

Et quelles visites Il la connaissait bien l'invariable tournée. Depuis quinze ans, de garnison en garnison, chaque 31 décembre, la même corvée recommençait. Le préfet ! le général !l'évêque et quelquefois, par-dessus le marché, le président du tribunal et le maire !

« Une heure cinq ! je suis en retard ! »

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Le capitaine croisa quelques groupes officiers d'artillerie, officiers du train, un général et son état-major, une délégation en habits noirs. On sortait d'un hôtel pour courir à l'autre. Les rues étaient pleines de gens en grand uniforme, de magistrats, d'employés. On avait tiré des armoires les vêtements précieux, les uns neufs, aux plis raides, les autres usés, brossés, reprisés, fripés. On avait arboré les képis de gala, les hauts de formes rares, depuis le tube luisant jusqu'au claque antédiluvien. La société toute entière était sur pied, afin de se rendre visite et de se congratuler.

« M'y voilà tout de même », grommela-t-il en tournant le coin de l'avenue Gambetta. Il traversa la large chaussée, en évitant les flaques à demi-gelées. Devant l'hôtel, une foule de députations stationnait. Chaque corps, chaque administration achevait de se compter et de se réunir. Les plumets rouges et les pantalons noirs des artilleurs, les dolmans bleu foncé des officiers du train, les casques brillants des dragons, autant de groupes distincts; On voisinait; on ne fusionnait pas. Un brouhaha s'élevait de tout ce monde en rumeur petits potins, petites nouvelles.

Le capitaine Dureau rejoignit ses camarades de régiment, juste au moment où le colonel disait « Approchons-nous, Messieurs. » Dureau le salua, alla s'informer de la santé du commandant, gros homme souffrant de l'asthme, puis serra quelques mains. La grille d'entrée franchie, il déposa sa pèlerine sur l'appui d'une fenêtre, dans la cour. On prenait la file. Les artilleurs emplissaient déjà le vestibule. Il fallut piétiner un instant sur les marches du perron.

On avançait pas à pas, pris entre des dos et des poitrines. Le grand escalier était noir de monde. Bureau ne voyait devant lui qu'une houle de têtes dans un remuement de shakos, de plumets, de pompons et d'aigrettes. La longue queue s'impatientait, dans le demi-silence de l'attente. Enfin l'escalier, marche à marche, se trouve gravi. On était maintenant dans une grande galerie, aux parquets luisants, aux murs de marbre officiels. D'horribles vases de Sèvres déshonoraient des consoles dorées. Les artilleurs venaient de pénétrer dans le salon de réception. Le tour des officiers du 35e dragons approchait. On assura les jugulaires. La porte s'ouvrit. L'huissier annonça :

— Le colonel et les officiers du 35« dragons.

Dureau pénétra, à son rang, dans l'immense pièce. Il eut le temps de voir sortir par une autre porte le dernier des artilleurs, et le préfet, tourné vers celui-ci, pivoter brusquement sur lui-même comme une marionnette, pour faire face aux nouveaux arrivants.

Le cercle des officiers formé vis-à-vis du cercle des fonctionnaires, le colonel fit quelques pas en avant, salua.

— Monsieur le préfet, les officiers du 35e régiment de dragons ont l’honneur de vous présenter leurs vœux pour 97, avec l'expression respectueuse de leurs meilleurs sentiments.

Un silence. Dureau remarqua que la soie des fauteuils rangés contre les murs était d'un rouge fané, et qu'un jeune conseiller étouffait, dans le dos de son voisin, un bâillement interminable. Face au colonel, M. le préfet de la Haute-Seine, se détachant du groupe des habits noirs, salua à son tour. Petit, rouge comme un homard, de courts cheveux noirs frisés, il avait l'air, avec son frac brodé et son pantalon galonné d'argent, d'un dentiste forain. Il dit :

— Mon colonel, j'accepte avec plaisir les vœux que vous m'apportez. Grâce au précieux concours de votre beau régiment, toute tâche devient facile. C'est par l'union de ses serviteurs, et de serviteurs tels que vous, Messieurs, que se justifie la confiance d'un gouvernement. Je vous prie d'agréer, mon colonel, mes remerciements les meilleurs.

Dureau sourit à les voir s'incliner tous deux très bas, du même mouvement, et se relever ensemble, avec précision. Un salut général et le 35è dragons s'écoula, sous l'œil atone du préfet, guettant la sortie du dernier sous-lieutenant, pour pivoter à nouveau vers la délégation suivante.

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En route pour l'évêché ! Brr !… Le froid pique. Diable d'épaulettes ! Dureau s'entortilla dans sa pèlerine et maudit toutes ces simagrées. Ah ! si les murs pouvaient parler ! Ceux du salon de la Préfecture en avaient-ils entendu de ces discours et de ces protestations, des mots et des mots ! Témoins blancs et dorés encore du siècle dernier, ils avaient vu passer les préfets et les colonels de l'Empire et de la Restauration, ceux de Louis-Philippe et de Napoléon III, sans parler de ceux des trois Républiques. Dureau ne s'en indigna point. « Brr ! on gèle vraiment. » Il se mit à songer à l'avantage de la pelisse, où l'on a chaud. Il avait un grand fonds de philosophie.

« Nous sommes tous là ? » demanda le colonel, devant la porte de l'évêché. On se compta. « Manque personne ! » Même attente, sur le perron, dans les longs couloirs nus, peints en vert d'eau, dans l'escalier, où par moments se répandait, venue des cuisines lointaines, une odeur suave de sauces parfumées. Même entrée dans un austère salon tendu de papier vert et orné de crucifix et d'images de sainteté. Même présentation.

Debout devant la cheminée et soutenu par son premier vicaire, à cause de son grand âge, Sa Grandeur, vêtue de la robe violette où brillait une croix pectorale, inclina la tête avec bienveillance. Le crâne apparut, tout rosé, sous la couronne des rares cheveux blancs. La face ruinée du vénérable prélat conservait un grand air de bonté, éclairé par de vifs petits yeux noirs intelligents. Mgr Grandier crut devoir prononcer quelques paroles : l'Église, les vœux, l'Armée, l'espérance. Mais déjà l'huissier annonçait « MM. les officiers du train des équipages… »

Restait le général. On reprit le chemin de la préfecture, l'hôtel du commandant d'armes se trouvant tout à côté. Dureau se dit qu'il eût mieux valu en finir, tout d'abord, avec cette visite-là. Mais les préséances avant tout ! Il réfléchit que l'ordre public n'eût pas résisté à une pareille atteinte. L'Église et l'Armée se fussent brouillées du coup.

Au bout de vingt minutes, le 35e dragons pénétra, avec un respect marqué, dans le salon du général Bruscar.

Très grand, d'une maigreur excessive, sec comme un coup de trique et pâle comme un mort, le général paraissait ce jour-là de plus mauvaise humeur que de coutume. Ses grosses moustaches blanches se hérissaient. Il fixa sur les officiers un regard sévère. Le képi à feuilles d'or dans une main, l'autre main passée dans la ceinture tricolore, il tendit en avant sa jambe droite, toujours agitée d'un tremblement nerveux.

— Messieurs, j'accepte vos compliments. Je ne suis pas satisfait. Nous avons des progrès à réaliser. La discipline se relâche. Les ordonnances en ville ont une mauvaise tenue. Il dépend des officiers que la troupe soit irréprochable. J'espère que vous tiendrez compte de mes observations. Au revoir, messieurs.

Il salua d'un geste brusque, et laissant les dragons fuir en silence, il tourna, vers la porte où les officiers du train apparaissaient déjà, ses yeux chargés de nouvelles foudres.

— Vous êtes libres, messieurs

La main au casque, on prenait congé du colonel.

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Le capitaine Dureau, tout pensif, reprit le chemin de son appartement. Soudain il avait quelquefois de ces bons mouvements, et puis l'admonestation du général le stimulait — il murmura :

« Si j'allais faire un tour au quartier ! Les classes à pied ne doivent pas être finies. »

Deux heures et demie. Pluvieux le matin, le temps se remettait au froid sec. Le thermomètre, à une devanture, marquait trois degrés au-dessous. Le bloc rouge du soleil, visible a peine, allait s'éteindre. Un peu de brume glaciale flottait dans l'air, et le ciel, lourd de neige, était d'un gris pesant.

Le capitaine pressa le pas. Quelle journée stupide ! Il sentit toute la vanité, toute l'inutilité de ce qu'il venait de faire. Ces personnages officiels, autant d'égoïstes enfermés dans un cercle étroit d'ambitions ou de désirs. Il n'y avait pas jusqu'au bon évêque, qui ne se fût bien passé de tout cela. La société, un théâtre où des acteurs, convaincus ou non, jouent leur rôle hiérarchique. Lui-même un figurant quelconque.

La vue de son escadron, dont il reconnut de loin les pelotons au travail, disséminés dans l'avenue Gambetta, le rappela au sentiment de son importance. Il traversa l'avenue, salua le lieutenant chargé des classes, inspecta les hommes.

Arrivées au mois de novembre, les recrues commençaient à s'assouplir. Bleus de froid, les uns restaient immobiles, les doigts allongés sur la crosse, figés au milieu de l'exécution d'un mouvement, pendant que le sous-officier rectifiait quelques positions défectueuses. Les autres couraient au pas gymnastique, essoufflés et rouges.

Le capitaine se frotta les mains la machine fonctionnait les hommes gesticulaient en cadence. Est-ce qu'autant d'âmes différentes animaient tous ces cœurs ? Dureau, pour l'instant, n'y songeait guère.

Tout d'un coup, arrivé devant le troisième peloton, il entendit le maréchal des logis invectiver un maladroit « Idiot ! Toujours le même ! Vous serez consigné quatre jours ! »

Il l'entendait pour la centième fois, cette phrase. Comment se fit-il qu'elle le frappait, aujourd'hui, comme éclairée d'un sens nouveau? Fut-ce l'idée que Luret, le maladroit, allait être privé de permission pour une faute insignifiante, à cette époque où chacun, en somme, avait droit à sa liberté ? Fût-ce le regard de haine qu'il surprit dans les yeux de l’idiot en question? Le capitaine Dureau poursuivit son chemin en songeant à l'abîme qui sépare les officiers de la troupe, abîme creusé chaque jour plus profond, et qu'un mot, souvent, suffirait à combler.

Tout dégoûté encore des visites de tout à l'heure, il songea aux hommes, aux cent cinquante hommes de son escadron. Il songea à la dure servitude aux malentendus irréparables.

Plongé dans ces réflexions inaccoutumées, il faillit dépasser, sans le voir, le bureau de tabac où il avait coutume de choisir, souvent, un cigare, avant de rentrer chez lui. Il revint sur ses pas, poussa la porte vitrée et sourit à la marchande. Liés d'une faveur jaune, les havanes s'alignaient dans la boîte neuve. Il en choisit un, bien sec, le fit craquer, l'alluma, et, tirant avec plaisir une longue bouffée, il se dit enfin : «La vie est mal faite. »

Paul et Victor Margueritte
Le Gaulois - 1er janvier 1897

CHRONIQUE SCIENTIFIQUE

UN DINER AMÉRICAIN - 1897

UN DINER AMÉRICAIN

On s'amuse en Amérique. Les physiciens les plus renommés ne dédaignent pas par aventure de mystifier leur prochain. L'histoire nous est parvenue par le dernier courrier. Plusieurs professeurs de Philadelphie et d'ailleurs, y compris M. Elihu Thomson, l'ingénieux électricien, avait convié à un dîner un certain nombre d'amis, dans un restaurant célèbre de Lynn (Massachusetts). On se met à table. Le potage arrive brûlant. Une seconde après : « Mais il est glacé votre potage ! » objecte-t-on. Et, en effet, ces derniers mots étaient à peine prononcés que le potage était transformé en un bloc de glace. Stupéfaction du maître d'hôtel.

Premier service. A peine les garçons avaient-ils le dos tourné que l'on entend encore les convives se récrier : « Mais, vous vous moquez ! Regardez votre poisson ; il est en bois ! » Et, en effet, la fourchette ne pouvait l'entamer, et l'on tapait sur le poisson comme sur un morceau de chêne. ? « Cependant, Messieurs, il sort du fourneau. ? Remportez votre poisson. »

Second service; troisième service. Les entrées, les rôtis gelaient instantanément sur la table aussitôt servis. Le pain était dur comme de l'acier et s'émiettait en poussière quand on essayait de le couper. Le vin se solidifiait dans les verres. Les carafes pleines d'eau se brisaient et il en sortait un bloc de glace opaque. On changeait les bouteilles ; une minute plus tard, on entendait un petit bruit et le vin, poussant le bouchon, s'échappait sous la forme d'un gros cylindre rosé. Tout se solidifiait en un clin d'oeil.

Les garçons appelèrent le maître d'hôtel qui appela le propriétaire du restaurant, qui prit à témoins tous les convives, jurant bien que tous ses fourneaux étaient rouges de feu, que le thermomètre marquait 18 degrés dans la pièce et que tout cela ne pouvait être que surnaturel. Il fallut refaire un dîner. On en jasa dans tout Lynn un mois durant jusqu'à ce que l'on eût enfin, par une indiscrétion, découvert le mot de l'énigme.

M. Thomson avait emporté du laboratoire un petit réservoir plein d'air solidifié par la méthode de M. Dewar, de Londres. Or, cet air, en se liquéfiant et en reprenant la forme gazeuze, produit une température inférieure à 200 degrés au-dessous de zéro. Pendant que les gens de service n'y prenaient garde, il saupoudrait les plats et les liquides d'un peu d'air solidifié. Et aussitôt les viandes et les vins prenaient la température du pôle Nord et se refroidissaient à la grande stupéfaction de l'assistance. On a beaucoup ri au second dîner. Mais, quinze jours après, le restaurateur renseigné réclama deux dîners pour un. C'est égal, on avait bien ri pour son argent. On s'amuse en Amérique !

HENRI DE PARVILLE.
APL - 12/12/1897
 UN BON EXEMPLE - Fig 12/01/97

UN BON EXEMPLE

Comme tous les ans, après l'inventaire, M. Maurice Schwob, propriétaire des maisons des 100,000 Chemises, a réuni hier soir son nombreux personnel en un banquet chez Bonvalet.

Au dessert, M. Schwob a annoncé à ses collaborateurs que les affaires de l'exercice clos lui permettaient, comme les années précédentes, de distribuer des gratifications d'après le système habituel créé par la maison.

Cette fête commerciale, d'un aspect vraiment familial, a été des plus gaies et ne s'est terminée que fort tard dans la soirée.

On voudrait voir se propager des réunions semblables appelées à resserrer les liens entre les chefs de maison et leur personnel. C'est il y a sept ans que M. Schwob a commencé à distribuer à ses employés des gratifications basées sur les bénéfices et à les réunir dans une fête ; depuis, gratifications et réunions ont toujours eu lieu et il est bien probable qu'il en sera ainsi longtemps encore.

Le Figaro – 12 janvier 1897
 Les médecins recommandent Boboeufé

Les médecins recommandent le Phénol Boboeuf comme le désinfectant le plus puissant et le plus hygiénique. Répandu dans l’atmosphère, il assainit et purifie l’air. Ce précieux antiseptique est aussi le préservatif le plus efficace contre les épidémies et les épizooties.

 Toutes les ménagères économes de

Toutes les ménagères économes devraient blanchir elles-mêmes leur linge; elles réaliseraient ainsi une économie sérieuse.

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Dans l'actualité du...

 22 janvier

Vendredi
22 janvier 1897

LE DÉPUTÉ MUSULMAN

Du Matin

La sous-commission du premier bureau de la Chambre chargé de vérifier l'élection de M. le docteur Grenier, à Pontarlier, s'est réunie hier.

Aucune protestation n'ayant été formulée contre l'élection, et les opérations du scrutin paraissant régulières, rien ne semble s'opposer à la validation du nouveau député du Doubs.

Cependant, le dossier ne contenant pas une seule pièce d'identité, la sous-commission a demandé à M. Grenier de lui en fournir le représentant de Pontarlier aura, notamment, à produire son acte de naissance.

Ajoutons, à ce propos, que le député musulman continue de procéder à ses ablutions de l'après-midi dans l'eau glacée de la Seine. Hier encore, une foule de plusieurs centaines de personnes ont assisté, du haut du pont de la Concorde et du quai d'Orsay, au lavage des pieds du disciple d'Allah.


Du Temps

Rome, 21 janvier, 21h. 40.

Le pape a reçu aujourd'hui, à midi, les membres de la noblesse romaine restés fidèles au Saint-Siège, qui sont allés présenter à Léon XIII leurs souhaits et félicitations à l'occasion du nouvel an. La réception a eu lieu dans la salle du Consistoire. Le prince Colonna étant indisposé, l'adresse a été lue par le prince Ruspoli. Le pape avait très bonne mine, mais, par suite d'un léger enrouement, il a fait lire sa réponse par Mgr Misciatolli. Cette réponse ne contient aucune allusion à la situation faite au Saint-Siège, mais simplement des remerciements et une invitation à la noblesse à rester fidèle à la chaire de saint Pierre.


On n'est pratique à l'étranger, et on s'y entend à tirer bon parti de ce que la fantaisie de Paris imagine et oublie tout aussitôt, après s'en être un instant amusée.

Il y a beau temps psychologue du boulevard avait trouvé une solution à l'irritante question du chapeau féminin au théâtre. Il s'agissait simplement de placarder, dans les couloirs et les foyers, ce tout petit avis : « Les dames sont priées de ne pas garder leurs chapeaux dans la salle. Exception est faite toutefois en faveur des dames âgées. »

Or, un de nos correspondants nous écrit que le truc vient d'être employé dans plusieurs grandes villes des pays voisins, et que l'effet en a été immédiat autant qu'absolu. Si, maintenant, on se décidait à en tâter chez nous)

Prendre les femmes par la coquetterie, ce n'est pas méconnaitre les justes lois de la galanterie...


Une nouvelle à sensation.

Le consulat du grand-duché de Luxembourg a transféré ses bureaux rue Saint-Lazare, no 50.


Ce pauvre docteur Grenier n'a pas de chance. Jusqu'au monde musulman qui le désavoue ! Il parait que les personnalités les plus marquantes d'Algérie lui reprochent ses « mascarades burlesques » et ses « manifestations intempestives ».

Bien intempestifs, en effet, des bains de Seine en plein mois de janvier.


Blessé par un bicycliste.

Un jeune homme de dix-neuf ans, M. Pierre Lobersky, traversait, hier matin, la place Saint-Michel, lorsque, eu voulant se garer d'un omnibus, il fut renversé par un bicycliste qui venait en sens inverse. M. Lobersky fit une chute si malheureuse qu'il se fractura la jambe. On a dû le transporter à l'Hôtel-Dieu.

Le procès-verbal d'usage a été dressé contre l'auteur de l'accident.


Une émouvante entrevue en perspective.

Du Gaulois

M. Félix Faure a reçu, hier, les représentants de l'Isère et leur a promis d'aller visiter leur département dans le courant du mois d'août prochain.

Cette visite durera deux jours; elle comprendra une ascension en chemin de fer à La Mure, un des points les plus culminants de la région. On sait que le maire de La Mure est l'illustre Chion-Ducollet. M. Félix Faure chez M. Chion-Ducollet voilà qui nous promet une entrevue émouvante.


Royales fumeuses.

Du Gaulois

Un curieux incident qui vient de se produire à Londres nous révèle inopinément les noms des Reines qui ont l'habitude, chaque jour, de « griller » quelques cigarettes.

Un marchand de tabac de la Cité a été invité par la police à enlever de sa vitrine l'inscription en lettres d'or qu'il venait d'y faire placer et qui était ainsi rédigée « Fournisseur de S. M. la reine d'Italie. »

Cet ingénieux commerçant n'a pu produire le brevet qui lui conférait ce titre. C'est pourquoi il. a dû enlever son inscription. Néanmoins, il a affirmé devant la cour de police qu'il avait eu l'honneur d'expédier à Rome d'excellentes cigarettes dont la reine Marguerite fait, parait-il, une assez grande consommation.

Il a également cité les noms des Reines qui suivent l'exemple de la femme du roi Humbert. C'est ainsi que l'impératrice d'Autriche ne fume pas ° moins de vingt à trente cigarettes, grosses et serrées, par jour. L'impératrice douairière de Russie, la sœur de la princesse de Galles, fume également des cigarettes parfumées et faites à la main qu'on lui expédie d'Angleterre. Il en est de même de la princesse de Galles, de la reine-régente d'Espagne, de la reine de Roumanie et de la reine Amélie de Portugal.


Le Président de la République a beaucoup admiré, on le sait, l'aquarelle de M. Édouard Detaille sur la Revue de Châlons, lorsqu'elle lui fut présentée à l'Élysée avant d'être expédiée à Saint-Pétersbourg.

Très sensible à l'admiration présidentielle, M. Édouard Detaille a voulu que M. Félix Faure possédât un souvenir de lui, et il lui a fait parvenir un magnifique « chasseur ».

Mais ce chasseur-là ne fera pas concurrence au Président de la République dans les tirés de Marly c'est un chasseur alpin, bien campé, martial, comme Detaille les sait faire.


Lutter contre la dépression des forces et la mollesse des fonctions, voilà le labeur ordinaire de l'art médical, surtout pendant la saison froide et humide. Les corps savants ont, actuellement, en grande faveur l'emploi du Vin Bravais, parce que ce vin n'est point un stimulant banal, à action fugace et transitoire mais un tonique à longue portée, dont le pouvoir reconstituant s'exerce à la fois sur le sang, sur la nutrition, sur les muscles et sur les nerfs.


De Nice

Grâce au Riviera-Palace, voilà Cimiez définitivement classé non seulement comme station climatérique, mais aussi comme station élégante. Et cette fois la mode est complètement d'accord avec la raison et l'hygiène. La situation du Riviera-Palace ni trop près de la ville ni trop avant dans la montagne et les innombrables ressources hospitalières dont il dispose font rechercher ce magnifique établissement de tous les hiverneurs intransigeants sur le chapitre du confortable.


Les services de luxe organisés par la Compagnie internationale des Wagons-Lits avec le concours du Nord, du P.-L.-M. ou des Compagnies étrangères tels le Calais-Méditerranée-Express, le Méditerranée-Express et le Vienne-Nice -Express sont dans leur pleine saison. A ajouter à cette liste le Marseille-Nice-Express, qui fonctionne depuis quelques jours pour la plus grande commodité des amis du littoral.


Il n'est pas actuellement de cabaret parisien plus couru, à la sortie des théâtres, que le restaurant Larue.

Est-ce l'excellence des bavaroises F. Marquis servies au Minuit-Choco!at; est-ce le goût délicat qui préside à l'ordonnance du menu des soupers ? Toujours est-il que, chaque soir, les grands salons, aussi bien que les cabinets particuliers du cabaret de la rue Royale, sont archibondés et du monde le plus élégant.

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Le Chien Noir, l'artistique cabaret du Nouveau Cirque, offre, tous les soirs, à son élégante clientèle, un choix de talents les plus divers et les plus remarquables : les poètes Émile Goudeau et Thomas Chesnay, les compositeurs Georges Fragerolle et Paul Delmet, les chansonniers Botrel, Lemercier, Joyeux, Fabri Monis et les exquises artistes Mlles Deschamps, Balfa, Delpierre, etc.