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Samedi 18 décembre 1897

Samedi
18 décembre 1897

LA MORT
D'ALPHONSE DAUDET

Du Gaulois

La nouvelle de la mort d'Alphonse Daudet, connue par les journaux du matin, a produit la plus profonde émotion. Dès huit heures, tout ce que Paris compte de notabilités littéraires, artistiques et politiques venaient s'inscrire au domicile du défunt. C'est ainsi que nous avons relevé les noms de MM. Brunetière, Jules Lemaitre, Émile Zola, Henri Roujon, Clemenceau, Octave Mirbeau, Gustave Geffroy, Adrien Hébrard, Édouard Drumont, François Coppée, Maurice Barrés, Georges Leygues, P. de Nolhac, Daniel Lesueur, Massenet, Henri Rochefort, J. de Selves, André Yervoort, Ed. Rod, Eugène Manuel, etc.

M. Félix Faure s'est fait inscrire par un de ses officiers d'ordonnance, le capitaine Serpette, ainsi que MM. Méline, ministre de l'agriculture, président du conseil; Hanotaux, ministre des affaires étrangères ; Rambaud, ministre de l'instruction publique Barthou, ministre de l'intérieur.

Le corps de M. Alphonse Daudet, revêtu de l'habit noir, repose, dans la chambre à coucher du défunt, sur son lit recouvert d'un drap blanc et tout jonché de fleurs fraîches. Dans les mains croisées du romancier, on a placé un petit crucifix d'ivoire et un chapelet noir aux mailles d'argent qui avait appartenu à Mme Daudet mère. Le corps est veillé par des religieuses.

Dans le salon attenant à la chambre à coucher, sont réunis les membres de la famille, Mme Alphonse Daudet et Mme Allard, sa mère, M. Ernest Daudet, MM. Léon et Lucien Daudet, M. et Mme Léon Allard et leurs filles.

Les intimes de la famille, MM. Léon Hennique, Gustave Geffroy, Lucien Descaves, Paul et Victor Margueritte, Frantz Jourdain, Gustave Toudouze, etc., sont restés longtemps dans le salon voisin de la chambre mortuaire leur affliction se manifeste d'une manière vraiment très émouvante, l’ami qui s'en est allé est pleuré par tous ceux qui sont là.

M. Antonio de La Gandara a pris un dessin au crayon d'Alphonse Daudet sur son lit de mort.

La mise en bière sera faite aujourd'hui à quatre heures de l'après-midi.

Jusqu'à lundi, le corps restera exposé dans le salon qui ne sera pas transformé en chapelle ardente seules des fleurs entoureront le cercueil. Lundi, à onze heures du matin, le corps du célèbre romancier sera descendu dans la cour de la maison, tendue de noir et ornée de candélabres et de cierges.

 

Voici le texte de la lettre de faire-part :

Vous êtes prié d'assister aux convoi, service et enterrement de Monsieur Alphonse Daudet, Officier de la Légion d'honneur, décédé le 16 décembre 1897, muni des sacrements de l'Église, en son domicile, rue de l'Université, n°41, à l'âge de cinquante-sept ans, Qui se feront le lundi 20 courant, à midi très précis, en la basilique Sainte-Clotilde, sa paroisse.

De profondis !

On se réunira à la maison mortuaire.

De la part de Mme Alphonse Daudet, sa veuve ; de M. Léon Daudet, de M. Lucien Daudet, ses fils ; de Mlle Edmée Daudet, sa fille de M. Charles Daudet, son petit-fils; de Mme veuve Allard, sa belle-mère; de M. et Mme Ernest Daudet, de M. et Mme Léon Allard, ses frère, sœur, beau-frère et belle-sœur de M. Georges Daudet, de M. et Mme Maurice Fere, de Mlle Thérèse Daudet, de Mlles Adeline, Renée et Marthe Allard, de MM. Jacques et Pierre Allard, ses neveux et nièces.

 

L'inhumation aura lieu au cimetière du Père-Lachaise.

Ajoutons que M. Massenet se préoccupe de la cérémonie religieuse qui sera particulièrement solennelle. On croit que Mlle Calvé y prendra part.


Petites nouvelles

Du Matin

Aujourd'hui, à l'occasion de la fête de saint Nicolas, patron de la Russie, du tsar et des grands-ducs Nicolas Constantinovitch et Nicolas Nicolaiévitch, un service solennel sera célébré, à onze heures, en l'église de la rue Daru.

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L'impératrice d'Autriche, interrompant son séjour à Biarritz, est attendue, demain, dimanche, à Paris, où elle passera quelques jours.

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Une statistique bien d'actualité au moment où, le jour de l'an approchant, les rêves d'un certain nombre de Français s'enguirlandent de rubans rouges.

D'après le dernier tableau dressé par le conseil de l'ordre de la Légion d'honneur, il s'est produit, au cours du semestre allant du 1er juin au 30 novembre, tant par promotions que par radiations, les vacances suivantes

Croix avec traitement grands-croix, 2 grands-officiers, 8; commandeurs, officiers, 109; chevaliers, 596.

Croix sans traitement grand-officier, 1 commandeurs, 10 officiers, 36 chevaliers,

Encore une fois, hélas ! plus d'appelés que d'élus.

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Le comte de Montebello, ambassadeur à Saint-Pétersbourg, est parti rejoindre son poste, hier matin, par l'express de huit heures vingt-cinq.

Il a été accompagné sur le quai de la gare par MM. Le Gall et Blondel, de la maison civile de l'Élysée.

Autre départ celui de la princesse de Hohenlohe, femme du chancelier de l'empire d'Allemagne, qui pris, à la gare du Nord, express de Cologne.

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Hier a été promulguée la loi portant renouvellement du privilège de la Banque de France. On sait que ce privilège, qui devait expirer le 31 décembre prochain, est prorogé de vingt-trois ans et prendra fin le 31 décembre 1930.

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Une élection aura lieu, aujourd'hui, dans la section de philosophie de l'Académie des sciences morales et politiques pour pouvoir au remplacement de M. Vacherot, décédé.

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L'Association des gambettistes vient de procéder au renouvellement de son bureau pour 1898.

M. Delpeuch, député, a été réélu président, à l'unanimité; MM. Poirrier, sénateur, et le docteur Midrin, maire de Sèvres, ont été nommés vice-présidents, et M. Félix Roussel, secrétaire. Le président et les vice-présidents du comité central chargé de la direction politique sont MM. Gazot, Dusolier et Waldeck-Rousseau, sénateurs.


Boulevards de fin d'année.

Du Gaulois

C'est aujourd'hui, 18 décembre, qu'officiellement et aux termes des arrêtés du préfet de la Seine et du préfet de police les ordinaires baraques du jour de l'An pourront commencer à encombrer le boulevard. Elles y demeureront jusqu'au lundi 3 janvier 1898.

Déjà hier, d'ailleurs, sur la ligne des trottoirs, au long de la chaussée, les petits édicules gris et bleus s'élevaient de toutes parts, semblant sortir du sol comme par enchantement.

La place leur est un peu plus limitée qu'à l'ordinaire, conséquence de la discussion entre les cafetiers et les marchands de journaux, et les étalages et les auvents levés des baraques seront cette année très réduits.

D'autre part, les arrêtés préfectoraux interdisent « les jeux de hasard », les «tirs », les « jeux bruyants » (?), les « baraques où l'on entre ». Bref, les petites boutiques doivent être de simples lieux de « vente publique », et non pas des établissements de foire.

Voilà donc les pauvres piétons réduits, pour quinze jours, à se faire écraser les pieds et meurtrir les hanches dans le minuscule petit couloir qui restera libre sur les trottoirs. Mais quoi, il faut bien que tout le monde vive !


Les conséquences de l'automobilisme.

Du Gaulois

L'automobilisme aura entre autres conséquences de mettre une quantité de chevaux sur le pavé au figuré pour une fois. Qu'en ferat-on ?

Parbleu, il restera un moyen de les utiliser les faire servir à la nourriture de ceux qu'ils traînaient ou portaient.

Les chevaux ont été employés comme aliment dès la plus haute antiquité. L'homme préhistorique, comme en témoignent les gisements bien connus de Solutré, avait coutume de se nourrir de cheval, et peut-être même l'avait-il domestiqué à cet effet. Actuellement, les chevaux sont encore employés comme aliment en Asie et en Chine, tandis qu'en Europe ils ne servent guère que comme moteurs. Cependant, depuis quelques années, l'hippophagie est plus pratiquée. II y a en France, en Allemagne, des boucheries de cheval spécialement consacrées à la préparation, au débit et à la vente de cet animal. Aussi, n'est-il pas sans intérêt de faire remarquer que la viande de cheval possède une valeur nutritive sérieuse; presque égale à celle du bœuf, et que cet aliment est aussi avantageux que la viande de boucherie actuelle. La plus noble côtelette que l'homme ait jamais faite.


Nouvelle du Siam

Du Journal

Le roi Chulalongkorn vient de rentrer dans sa capitale. Bangkok s’était splendidement décorée pour lui faire accueil et des fêtes seront célébrées en son honneur dans tout le royaume de Siam, pendant un mois.

Un mois de réjouissances ! Chulalongkorn est, on le voit, un monarque populaire, le véritable père dc ses sujets, et si parfois il lui arrive d’en faire empaler ou décapiter quelques-uns, c’est par pure affection. Qui aime bien châtie bien !...


Montmartre se transforme et s'amende tous les jours ; la naissance successive de nombreux concerts a nécessité la création de nouveaux restaurants et, fait bizarre, les vieux cabarets, tel le Rat-Mort, ont encore vu leur clientèle s'accroitre. Que sera-ce après l'ouverture de l'Hippodrome !


Pour se guérir et se préserver des rhumes, toux, bronchites, catarrhes, grippe, asthme, pour se fortifier les bronches, l'estomac et la poitrine, il suffit de prendre à chaque repas deux gouttes Livoniennes de Trouette-Perret.